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Alain Delon

Alain Delon est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands acteurs français, récompensé notamment par un César en 1985. Sa carrière exemplaire est inséparable du polar, genre dans lequel il a connu ses plus belles réussites, de Borsalino à Flic Story, en passant par Le Cercle Rouge. C’est aussi  en interprétant des policiers qu’il  a connu ses derniers grands succès.

Quand Alain Delon naît le 8 novembre 1935, il a déjà un pied dans le cinéma. Son père, Fabrice Delon, tenait un petit cinéma de quartier. L’autre pied, il l’a dans le milieu judiciaire. Lorsqu’en 1939, ses parents divorcent, il est placé dans une famille d’accueil, dont le père est gardien de prison. Alors qu’il se tourne vers un CAP de charcutier, le cinéma, et plus spécialement, le polar le rattrape. A quatorze ans, il obtient son tout premier rôle dans un court-métrage tourné par un ami de son père. Le film s’intitule Le Rapt. Et déjà, Alain Delon y incarne un gangster.

Mais son avenir proche, c’est l’armée. A dix-sept ans, il s’engage dans la marine.  Il participe à la guerre d’Indochine en 1956. Mais de retour en France, il n’a toujours pas de métier. Il finit toutefois par rencontrer Jean-Claude Brialy, qui remarque son physique et son potentiel exceptionnel. Il convainc peu après un recruteur américain, qui lui propose un contrat aux Etats-Unis. Contrat qu’Alain Delon refuse, ayant fait la connaissance d’Yves Allégret. Le réalisateur des Sept Péchés Capitaux décide de donner sa chance au jeune homme. Il lui offre son premier rôle dans Quand la femme s’en mêle, sorti en 1957. Il s’agit d’un polar sur fond de règlements de compte dans la pègre. Alain Delon n’y est pas un policier, bien au contraire. Il interprète un jeune tueur embauché par un caïd pour tuer sa femme.

Personne ne se doute alors que cet inconnu est voué à une carrière incroyable.

 

Le truand du grand écran

Les débuts d’Alain Delon sont marqués par l’omniprésence de rôles de criminels. Son premier grand succès, Plein Soleil, sort en 1960. Il est alors Mr Ripley, homme à tout-faire d’un héritier fortuné qui finit par le tuer pour prendre sa place. Cette adaptation d’un roman de Patricia Highsmith donne à Delon le statut de star du cinéma. Son ascension ne connaît alors pas de limites. Trois ans plus tard, il donne la réplique à Jean Gabin dans Mélodie en sous-sol. Il y incarne Francis Verlot, un jeune malfrat embauché par un voleur de haut vol pour son dernier coup. Le film est un tel succès qu’il reçoit le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère. Alain Delon recroisera Jean Gabin six ans plus tard pour un autre film mythique: Le Clan des Siciliens, d’Henri Verneuil.

Alain Delon

Peu après, il retrouve un rôle de tueur professionnel, Jeff Costello dans Le Samouraï, de Jean-Pierre Melville. Il partage la vedette avec Nathalie Delon, sa compagne de l’époque, qui joue sa maîtresse à l’écran. C’est aussi le début d’une longue collaboration avec le cinéaste qui se poursuivra jusque dans le milieu des années 1970. Melville lui offre en effet  l’affiche de Borsalino, en compagnie de Jean-Paul Belmondo. Le film raconte l’histoire d’un jeune malfrat de Marseille, Roch Siffredi, interprété par Alain Delon, que prend sous son aile Francis Cappella, un voyou notoire.  Enfin, il devient Corey, chef d’un gang dans Le Cercle Rouge. C’est l’occasion pour Alain Delon de croiser un autre géant du cinéma français, Bourvil, ici dans l’un de ses rares rôles tragiques.

Pendant ce temps, Alain Delon a étendu ses activités. Il est aussi devenu producteur. Le premier film de sa société, Adel, sort en 1968. Il s’agit de Jeff qui relate un règlement de comptes entre bandits, dont Alain Delon tient le rôle principal. C’est au cours du tournage qu’il rencontre Mireille Darc, dont il tombe amoureux.

Si la carrière professionnelle du «Brigitte Bardot masculin» est indissociable du polar, sa vie privée semble donc l’être aussi.

 

Quand Alain Delon change de camp

L’année 1972 est un tournant dans la carrière d’Alain Delon. Après ses multiples personnages de grand bandit qui ont fait sa célébrité, Jean-Pierre Melville lui propose son premier rôle marquant de policier. Certes, Edouard Colemann, héros d’Un Flic, est un inspecteur blasé, aux liens troubles avec les trafiquants de drogue. Mais il appartient quand même aux forces de l’ordre. Un an plus tard, dans Les Granges Brûlées qu’il a produit, Alain Delon confirme ce changement. Il y est en effet un juge d’instruction déterminé à éclaircir les circonstances de la mort d’une jeune femme.

Pour la peau d'un flic

Mais sa prestation la plus intéressante en la matière reste celle de Flic Story. Le film est une adaptation du premier roman de Roger Borniche, policier responsable de plus de 475 arrestations. Alain Delon interprète ce superflic. Son dernier grand rôle de bandit, Robert Le Dingue, est d’ailleurs dans une histoire tirée d’un autre ouvrage de Borniche, Le Gang.  La première réalisation d’Alain Delon est elle aussi un polar. Pour la peau d’un flic relate le combat d’un ancien flic devenu privé, Choucas, poursuivi par la police et une bande de malfrats. Alain Delon est derrière la caméra, au scénario et aussi le personnage principal de ce long-métrage qui révèlera Anne Parillaud, future égérie de Luc Besson dans Nikita.

En 1985, l’année où il reçoit le César du meilleur acteur pour Notre Histoire de Bertrand Blier, il est aussi dans Parole de Flic. Il y joue encore un ancien policier, vivant en Afrique, et déterminé à venger sa fille assassinée.  Son partenaire dans ce film est Jacques Perrin. Il tourne également en 1988 Ne réveillez pas un flic qui dort de José Pinheiro, avec Michel Serrault. Il y est le commissaire divisionnaire Eugène Grindel  qui fait face à Roger Scotti, un policier qui a décidé de faire justice soi-même.

Mais la fin des années 1980 et les années 1990 sont aussi une période difficile pour Alain Delon. L’acteur enchaîne les échecs commerciaux, comme Une chance sur deux, où il retrouvait pourtant Jean-Paul Belmondo.

Cependant, celui qu’on compare sans hésiter à James Dean va bientôt revenir sur le devant de la scène, encore grâce à des polars.

 

Un grand flic du petit écran

Après plusieurs années difficiles, Alain Delon accepte finalement de travailler pour la télévision. Pour une grande chaîne hertzienne, il devient Fabio Montale, héros marseillais de Jean-Claude Izzo. Le succès de son personnage d’ancien policier torturé et maniaque est un succès immédiat. En 2001, les trois épisodes réunissent 12 millions de téléspectateurs en moyenne.  Il en profite pour offrir sa première apparition à son fils Alain-Fabien, sept ans. Le jeune garçon campe son fils adoptif dans la série.

Une fois finie l’adaptation des trois romans de Jean-Claude Izzo, Alain Delon se voit offrir un rôle sur mesure, sur une chaîne concurrente. Il s’implique totalement dans ce projet. Cette fois, il incarne Franck Riva, un ancien policier infiltré qui a réussi à démanteler un grand réseau mafieux. 25 ans après, Franck Riva décide d’enquêter sur la mort suspecte d’un vieil ami commissaire de police.  A la distribution on retrouve deux célèbres partenaires de l’acteur, Jacques Perrin, et surtout Mireille Darc qui retrouve près de 20 ans après l’homme qu’elle a aimé. Des épisodes sont diffusés pendant deux ans en 2003 et en 2004.

 A propos de ce dernier rôle de policier, Alain Delon dit alors: «j'excelle dans ce rôle de flic depuis de nombreuses années. Cela n'a pas l'air de déplaire aux spectateurs. C'est pour ça que je continue.»  Comme un symbole, une des scènes de la série est tournée dans la maison où se déroulait le final du Cercle Rouge.  A ce jour, il s’agit de la dernière apparition d’Alain Delon dans une série télévisée.

Mais pas de son dernier succès. En 2008, à la surprise générale, Alain Delon accepte le rôle de César dans la superproduction Astérix aux Jeux Olympiques, réalisé par Thomas Langmann.  Il s’y donne à cœur joie dans un registre comique inhabituel pour lui. Mais pas pour rien, puisque le film s’avère finalement  l’un des plus gros succès de cette année là, avec plus de dix millions de spectateurs.

Tout cela incite à croire que même s’il est d’ores et déjà entré dans la légende du cinéma français, notamment par ses rôles de policier, Alain Delon n’a peut-être pas encore dit son dernier mot.

 

Alain Delon an quelques dates

  • 1935 : Naissance à Sceaux dans les Hauts-De-Seine.
  • 1957 : Quand la femme s’en mêle, d’Yves Allégret. Alain Delon y est un jeune tueur.
  • 1958 : Christine, au cours duquel il rencontre Romy Schneider, qui devient sa femme un an plus tard, sous les projecteurs de la presse.
  • 1960 : Premier rôle dans Plein Soleil, adapté d’un roman de Patricia Highsmith qui inspirera aussi Le Talentueux Monsieur Ripley, sorti en 1999, avec Matt Damon dans le rôle-titre.
  • 1963 : Mélodie en sous-sol, l’occasion de son face à face avec Jean Gabin, qu’il retrouvera dans Le Clan des Siciliens.
  • 1964 : Mariage avec Nathalie Canovas, avec qui il jouera dans Le Samouraï, et dont il aura un fils, Anthony.
  • 1968 : Jeff, durant le tournage duquel il rencontre Mireille Darc.
  • 1985 : César du meilleur acteur, pour Notre Histoire, de Bertrand Blier. La même année, Parole de flic, de José Pinheiro.
  • 2001 : Fabio Montale, adaptation des romans de Jean-Claude Izzo, pour la télévision.
  • 2008 : Dernier grand succès en date avec Astérix et Obélix aux Jeux Olympiques, quatre ans après la diffusion du dernier épisode de Franck Riva sur une chaîne publique.

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