Heavy Rain

David Ridel

David RidelDavid Ridel, journaliste spécialisé dans la SF et le gaming depuis de nombreuses années, anime le blog Interactif consacré à l'actualité des jeux vidéo.
Il collabore également à la rédaction des dossiers de Syfy Universal, à L'Écran fantastique, ainsi qu'au magazine Geek.

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Heavy Rain

Polar noir, mais quel média ?

04/03/2010 : Le cinéma et le monde des jeux vidéo se tutoient depuis belle lurette, l'un adaptant l'autre à tour de rôle, avec des résultats que l'on sait souvent mauvais. Mélange audacieux, Heavy Rain est à mi-chemin entre les deux médias, si bien qu'il est difficile de le confiner dans une case.

L'ambiance du jeu est étroitement liée à son titre, lui-même hérité de cette pluie qui ne cesse de tomber. Une pluie lourde qui rend maussade, n'incite pas au sourire, pousse à rester chez soi. Pourtant, les héros de l'histoire vont devoir affronter les éléments. Après plusieurs meurtres d'enfants, le tueur en série connu comme le « tueur aux origamis » a de nouveau kidnappé une victime, qui devrait mourir noyée si elle n'est pas retrouvée à temps. La course contre la montre macabre est engagée. Le père de l'enfant enlevé, un agent du FBI, une journaliste et un détective privé vont alors enquêter pour tente de résoudre le mystère à temps, chacun de leur côté.
 

Et toi, à quoi t'as joué ?


Le joueur vit l'histoire par l'intermédiaire de quatre personnages qu'il interprète à tour de rôle, au gré des chapitres, le vécu du scénario selon plusieurs point de vues octroyant ainsi une profondeur convaincante. Ce qui relève vraiment le niveau toutefois, c'est l'impact qu'auront certaines décisions prises dans certaines séquences, sur les autres héros.

En effet, l'histoire n'est pas constituée comme un monolithe narratif, mais peut varier de bien des manières. Prise directe avec l'effet papillon, la mort d'un personnage peut changer complètement certains chapitres, en supprimer d'autres, et par le biais de rencontres qui n'ont pas lieu, des événements prennent une tournure diamétralement opposée. Récit interactif, Heavy Rain permet quasiment d'avoir un scénario différent par joueur, et c'est là une singularité remarquable pour une production vidéo-ludique.
 

T'appuies or not t'appuies.

Le gameplay porte également la marque d'une innovation appréciable. Sur la base de QTE, les réflexes et la dextérité du joueur sont testés, au moins autant que sa connaissance de la manette PS3. Les boutons à solliciter rapidement par saccade, en appuis ponctuels, les analogiques à tourner dans un sens ou un autre, plus ou moins rapidement, Heavy Rain exploite le système au maximum pour varier et surprendre. Le résultat est au rendez-vous : le jeu est rendu très immersif, les combats sont dynamiques et crédibles, d'autant que manquer une touche ne signifie pas l'échec de la scène. Le personnage se blessera peut-être davantage, il portera probablement les stigmates de son imperfection plus longtemps, ou peut-être succombera-t-il après trop d'infortunes, mais le principe de la barre de vie est complètement exclu, au profit d'un système rafraichissant.

Les prises de position verbales sont également laissées aux choix du joueur, qui sélectionne  ses réparties grâce aux 4 touches principales. C'est ici que commence la liste courte mais néanmoins présente de points négatifs. Les propositions ne sont effectivement pas toujours suffisamment claires. Sur la base d'un simple verbe, difficile d'estimer si le personnage impliqué va proposer à son interlocuteur d'effectuer une action, s'il va s'en charger lui-même, ni de quelle manière il va s'y prendre. Cela conduit parfois à prendre une orientation incongrue, voire impertinente, sans aucune réelle motivation à le faire.

La liste étant débutée, difficile d'omettre la raideur des mouvements de l'avatar dirigé, qui a des airs de robot dès qu'il doit s'écarter de la simple ligne droite. Le manque d'expression sur les visages et le déficit de synchronisation labiale en version française n'infléchit pas la tendance. Heavy Rain montre donc quelques lacunes techniques, et le rendu en dent de scie des graphismes, parfois d'une rare beauté, parfois médiocre à d'autres séquences, peut laisser dubitatif.
 

La fortune sourit aux audacieux.

Globalement, Heavy Rain est un bon titre malgré quelques défauts. Le principe de son script variable, son gameplay innovateur, son ambiance polar unique et enfin son scénario captivant confèrent au jeu de Quantic Dream une identité suffisamment marquée pour en faire une bonne exclusivité de la console Sony, éditeur du jeu pour l'occasion. Le mélange audacieux, que l'on estimera « récit interactif » par la place qu'il occupe au croisement de médias, est incontestablement une réussite, bien qu'on l'attendait à un autre niveau. Reste à espérer que la prochaine tentative du genre, s'il elle vient à poindre, soignera davantage les aspects techniques, à présent que la question du gameplay est maitrisée.
 

David Ridel

TAGS : david ridel, interactif, Heavy Rain, mmorpg, gaming, game, jeu

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