Bruno Sulak

Bruno Sulak est un voyou au grand cœur. D’abord légionnaire, puis voleur multirécidiviste, il a toujours réussi à ne pas utiliser la violence comme fait d’arme, même durant ses évasions spectaculaires. Ce véritable gentleman cambrioleur est décédé dans des conditions obscures à Fleury-Mérogis le 29 mars 1985.

Suivant la tradition paternelle, Bruno Sulak s’engage dans la légion étrangère. On est en 1975, il a 20 ans. Comme tous les légionnaires, il change d’identité et devient donc Bernard Suchon.
Quelques mois après, le jeune homme part à Djibouti avec le 2e REP. 3 ans de légion, pas un seul jour de trou pour cet «excité» et un record du monde de chute libre.

C’est ce record qui va bouleverser la vie de Bruno Sulak. On ne veut pas lui accorder l’homologation… à moins qu’il ne s’engage dans la légion pour 5 années supplémentaires. Révolte, incompréhension, colère. Il part voir sa famille pour le week-end sans en avoir demandé la permission.
Malheureusement pour lui, le 2e REP part en Afrique, en mission secrète. Il est donc déclaré déserteur.

1979. Il se marie sous son vrai nom mais quelques jours après, les gendarmes viennent l’interpeller pour sa désertion. Surprise pour les forces de l’ordre, le coffre de la voiture de Bruno Sulak est plein de billets de banque, de chèques à l’ordre d’un supermarché et d’armes. Il est alors incarcéré.

Mais pas pour longtemps. Il s’évade le 24 juin 1980 de la prison d’Albi et proclame «Je fais un pari, le jour où la culture intellectuelle, physique, l’éducation véritable, les sentiments, la musique auront cours en prison, je suis disposé à y retourner, à y rester. Mais en attendant, assez d’hypocrisie. La vérité, c’est que l’individu en prison est brisé, déséquilibré, rendu hargneux, haineux et violent».

Braqueur, déserteur, évadé, certes, mais Bruno Sulak est aussi un homme qui prône la non-violence, qui veut combattre l’inégalité. Un Robin des Bois des temps modernes en somme.

Mais son destin sera tragique.
 

Bruno Sulak devient Christophe Debourges

Bruno prend une nouvelle identité et s’appelle désormais Christophe Debourges. Et c’est sous cette fausse identité que ce faux photographe rencontre Steve. Ils vont devenir amis avant de devenir complices, liés jusqu’à la mort.

Septembre 1980. Avec Steve, ils décident de recommencer les braquages de supermarchés. Le scénario est simple: 2 hommes à moto avec casque intégral, une arme chargée à blanc et des menottes.

Sulak légionnaire

Mais tous les cambriolages ne fonctionnent pas. Et ce n’est pas le scénario qui est en cause, mais la «grandeur d’âme» de Bruno Sulak. Prenons pour exemple un supermarché où ils sont repartis les mains vides parce qu’une femme faisait une crise de nerf et qu’il ne voulait pas la brusquer pour la choquer davantage. «On ne réussit pas tous les coups, pas à n’importe quel prix», a-t-il affirmé à propos de cet incident.

Et puis il  y aussi cette histoire de bouquet de violettes qu’il achète à une vieille femme. Il lui offre une liasse de billets. 10.000 francs au total, en lui disant de rentrer chez elle, qu’il fait trop froid pour une femme de cet âge.

Malgré cette sensibilité déconcertante, Bruno, toujours accompagné de Steve, continue allègrement de piller les supermarchés et les sociétés de billetterie. En accumulant les larcins, les hommes prennent le large et décident d’opérer à Genève et au Maroc.
 

La mort tragique de Steve

25 janvier 1982. Sulak est arrêté par le commissaire Moréas et incarcéré à Lyon. 6 mois après, il s’évade une nouvelle fois.

21 janvier 1983. Il veut jouer avec la police et décide de frapper un grand coup. Il profite d’une visite d’Helmut Kohl au président François Mitterrand pour dévaliser une bijouterie qui

Ce n’est qu’un an après, à la frontière espagnole, pour une banale histoire de papiers, que Bruno Sulak est arrêté par la police et incarcéré à la maison d’arrêt de Bayonne. Nouveau transfert et nouveau projet d’évasion. Il envoie ses instructions à Steve.

Bruno Sulak

Le 9 mars 1984, la tentative commence, Steve loue un hélicoptère, mais les forces de l’ordre l’attendent et font feu sur lui. Il meurt.

Cette nouvelle atteint profondément Bruno. «L’ami, le frère, tué, abattu par des flics qui savent que nous avons choisi de ne pas tirer, de ne pas tuer. Que nous avons toujours évité la violence, que l’arrêter était possible…Sauf, sauf si l’on voulait par la même occasion m’annihiler. C’est réussi, je n’existe plus. Ma vie n’est plus qu’un cri.»

15 jours après, se déroule le procès d’Albi. En cause, un braquage de supermarché qui date de 1978. Verdict: 9 ans de prison.
 

Une mort très suspecte

Après son procès, il est transféré à Fleury-Mérogis. C’est le 17 mars 1985 qu’il va tenter une nouvelle fois de s’évader. Dans la nuit de son évasion, il est repéré par une ronde. Il saute alors du deuxième étage et se blesse très grièvement. Il décède le 29 mars de la suite de ses blessures.

A cette même époque, le directeur adjoint et un gardien sont arrêtés pour complicité. On aurait découvert dans la cellule de Bruno Sulak des explosifs. Voilà ce que l’on sait de sa mort.

Pourtant, quelques semaines après, des détenus signent un appel: «Aujourd’hui on tue Bruno Sulak à coups de barres de fer qui servent à sonder les barreaux et dont s’arment les surveillants pour les rondes de nuit. Puis on félicite chaudement les matons. Le maton joueur de rugby ferait mieux d’avoir honte, plutôt que de narrer au mess de Fleury son exploit à coup de barres de fer sur Bruno. (…) Sulak est mort assassiné, lapidé de coups. » 
 

Bruno Sulak en quelques dates

  • 6 novembre 1955: naissance de Bruno Sulak en Algérie.
  • Août 1957: la famille Sulak quitte l’Algérie
  • 1971: il s’engage dans l’infanterie de marine de Fréjus.
  • Fin 1973: il est envoyé chez les « diables rouges »
  • Début 1975: ne s’engage pas dans l’armée et travaille avec son père dans la peinture
  • 1976: il s’engage dans la légion où il s’appellera Bernard Suchon
  • mai 1976: il est envoyé à Djibouti avec le 2e REP
  • 1978: rentre sans permission dans sa famille et devient déserteur à son insu
  • 24 février 1979: mariage de Bruno Sulak
  • 28 février 1979: les gendarmes l’arrêtent
  • 24 juin 1980: il s’évade de la prison d’Albi
  • juillet 1980: il prend une nouvelle identité, Christophe Debourges
  • août 1980: il libère J.L. Segreto
  • septembre 1980: braquages de supermarchés
  • 1981: il passe son brevet de pilote d’hélicoptère
  • 25 janvier 1982: il est arrêté et incarcéré à Lyon
  • 21 juillet 1982: il s’évade lors d’un transfert
  • 21 janvier 1983: braquage d’une bijouterie
  • février 1984: arrêté à la frontière espagnole pour une histoire de faux papiers
  • 9 mars 1984: tentative d’évasion ratée. Son complice meurt dans la fusillade
  • 18-21 mars 1984: procès du braquage d’un supermarché albigeois en 1978.
  • Verdict: 9 ans de prison
  • 1984: il est transféré à Fleury-Mérogis
  • 17 mars 1985: il tente sa troisième évasion et se blesse.
  • 29 mars 1985: mort de Bruno Sulak dans des circonstances inconnues
     

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