Al Capone

Nous sommes en 1930 aux Etats-Unis, c'est le règne de la pègre. C'est le règne d'Al Capone. De puissants syndicats du crime se constituent. Une de leurs principales activités, la contrebande d'alcool, est particulièrement rentable depuis la loi sur la prohibition de 1929. A l'issue de véritables guerres des gangs, certains trafiquants règnent sur des villes entières. Chicago n'échappe pas à la règle.  Alfonso Caponi dit Scarface semble en être le maître absolu.

Il ne se voyait pas comme un criminel, mais plutôt comme un homme d'affaires, à la tête d'un empire clandestin de 400 employés et de 120 millions de dollars de chiffre d'affaires. ''Je me contente de satisfaire la demande'' se moquait-il devant les journalistes.

De 1925 à 1930, Capone devient le symbole de la pègre et de la corruption. Pendant ces années, il acquiert une fortune considérable grâce à une quantité d'activités illégales: revente d'alcool, trafic de stupéfiants, ouverture de bars clandestins, de maisons closes et de salles de jeu.

Ses méthodes d'intimidation étaient telles que, faute de témoins à charge, il ne fut jamais poursuivi pour aucun de ses crimes, pourtant de notoriété publique. L'élimination de la majorité de ses rivaux lors de règlements de compte sanglants -le plus célèbre étant le massacre de la Saint-Valentin- lui donne un pouvoir quasi exclusif qui lui permet de contrôler l'ensemble de la mafia à Chicago.

Pour confondre Al Capone, qui achète policiers, juges locaux et conseillers municipaux, il faudra toute l'astuce des hommes de la police fédérale.

 

Eliot Ness, l'homme que l'on n'achète pas

Il faudra attendre l'arrivée d'un homme pour que Capone soit enfin confondu. Cet homme, c'est Eliot Ness, un agent du département du Trésor qui collabore étroitement avec le Bureau de la prohibition à Chicago. Il se voit confier l'enquête sur Capone. Ness est alors chargé de démanteler les distilleries clandestines et les routes d'approvisionnement du chef mafieux.

Capone adolescent - DR

Face à la corruption des forces de l'ordre, il monte un groupe d'hommes de confiance issu des services du Trésor. Ils sont prêts à tout pour confondre le gangster. Ce moment va arriver de manière inattendue, car c'est pour fraude fiscale que la brigade va réussir à faire tomber Capone. Le gouvernement fédéral ayant en effet renforcé la répression en matière fiscale, Eliot Ness, secondé de ses Incorruptibles, ainsi que Franck Wilson, agent du service des Impôts, peuvent enfin entrer en action.

 

Le procès

C'est le 6 octobre 1931 qu'Al Capone est forcé de comparaître devant les juges, pour de multiples fraudes fiscales. Il plaide d'abord non coupable, espérant se tirer d'affaire grâce au paiement d'une caution et de la subordination du jury.

Mais c'est sans compter sur le juge Wilkerson chargé de l'instruction qui a su déjouer ses projets de corruption au sein même de son procès. A partir du 7 octobre, l'audition des témoins de l'accusation permet de préciser le délit pour lequel Capone est poursuivi. On constate que celui-ci n'a fait aucune déclaration fiscale entre 1924 et 1929, alors qu'il menait un train de vie fastueux, révélateur d'importants revenus.

Al Capone

Cependant, les faits remontant à plus de 3 ans, ils tombent apparemment sous le coup de la prescription. La jurisprudence a en effet prononcé quelques temps auparavant l'amnistie de délits semblables après 3 années. Une terrible bataille est engagée entre le procureur et les avocats.  Au terme de cette bataille, la défense ne gagne que trop partiellement pour permettre l'acquittement de Capone. Le verdict  prononcé le 17 octobre reconnaît Capone coupable, sans délai de prescription,  pour les délits commis entre 1925 et 1929.

 

Le piège se referme

Capone qui a mobilisé la presse depuis le début de son affaire, clame encore et toujours son innocence. Il se pose en défenseur de la veuve et de l'orphelin, assurant qu'il a toujours protégés les pauvres citoyens...Il se prétend victime de la jalousie de la bonne société, lui l'immigré italien qui a su arriver au sommet de la puissance.

Cependant, malgré leur acharnement, les avocats de Capone se voient rejeter leur recours en appel.

La sentence condamnant Capone tombe aussitôt, extrêmement lourde. Son train de vie exagérément supérieur à ses revenus officiels l'a finalement trahi. En ajoutant les différentes peines et amendes, Capone est en effet condamné, en tout, à 11 années de réclusion criminelle, assorties de 50.000 dollars d'amende et de la mise sous séquestre de tous ses biens. Les frais de justice qui s'élèvent à quelques 30.000 dollars sont naturellement rajoutés à son ardoise... Jamais une fraude fiscale n'a donné lieu à pareille condamnation.

La cellule de capone- copyright CC Thesab

Après une dernière tentative d'appel avortée et le rejet de son recours devant la Cour suprême en mai, Capone est envoyé au pénitencier d'Atlanta.

Al Capone n'est parvenu cette fois, ni à soudoyer, ni à intimider. Il sera libéré 8 ans plus tard pour bonne conduite. Lorsqu'il retrouve la vie publique, la prohibition n'est plus. Il se retire en Floride où il décèdera le 25 janvier 1947, mal soigné de sa syphilis.

 

Al Capone, génie du capitalisme américain

Né sur le sol américain, Alfonse Caponi grandit dans le Brooklyn du début du XXème siècle. Son parcours est assez classique dans le monde du gangstérisme, il quitte l’école à 14 ans et apprend dans la rue le code de l’illégalité. Engagé par Frankie Yale dans le gang des Five Points, c’est Johnny Torrio qui vient le chercher pour développer son influence sur Chicago en 1920. L’empire de Torrio est déjà impressionnant, il considère Chicago comme un terrain à conquérir et c’est lui qui fait passer le trafic d’alcool de l’amateurisme à une production industrielle qui n’a rien à envier aux entreprises légales. Ses méthodes sont «propres», lorsqu’il veut s’approprier un quartier, il envoie d’abord ses hommes rendre visite à chaque famille. Bien habillés et très polis, ces derniers se proposent de racheter les hypothèques, de rembourser les prêts ou de payer pour les travaux, en échange d’un silence que personne ne veut trahir. Les plus récalcitrants reçoivent la visite d’une 2nde équipe, moins affable mais plus musclée.

Les méthodes musclées de Capone

​​​​​​​Capone gravit les échelons rapidement et devient en 1922 le bras droit de Torrio. Génie des affaires, Capone voit grand et sa formation auprès de Torrio est des plus riches. L’un des grands coups de Capone est son acquisition de Cicero, petite commune aux abords de Chicago mais hors de sa juridiction. Le gang Torrio/Capone devait impérativement installer ses quartiers à cet endroit pour échapper au maire de Chicago qui entravait leur expansion. Capone chapeaute toute l’opération, il fabrique un candidat et organise le jour de l’élection un déploiement de violence qui fait plier toutes les opinions politiques. Lorsque les plaintes arrivent jusqu’à la direction de la police locale, 70 policiers sont envoyés en renfort après avoir prêté serment. Ils ouvrent le feu dès leur arrivée, les hommes du syndicat aussi. Résultat 40 blessés et 4 morts dont Franck Capone, l’un des frères d’Al qui a placé presque toute sa famille dans le syndicat. Mais l’élection est remportée et les maisons closes fleurissent dans cette banale banlieue dont les façades se couvrent d’insignes lumineuses et de publicités tapageuses en quelques mois.

Lorsque Torrio se retire en 1925, Capone prend en main l’empire au bénéfice annuel brut de 70 millions de dollars. L’un des principaux obstacles à l’extension de son pouvoir est la concurrence. Il faut à chaque gang autant de ressources pour développer son commerce que pour le protéger des autres bandes. Considérant la situation comme a-productive, Capone convoque tous les chefs de clan qui pèsent sur la balance économique en 1926 et leur propose une trêve, au nom de l’expansion. Passé maître dans l’art de la négociation, Capone impose rapidement les règles du syndicat et règne dès lors en despote sur Chicago. S’appuyant sur Guzik son conseiller et comptable, il modernise toute l’administration de son empire de 700 hommes, crée un service de renseignement qui place des espions dans toutes les institutions importantes de l’État, centralise son quartier général à l’Hôtel Métropole, y installe une salle d’entraînement pour ses sections de défense. Au-delà du trafic d’alcool, Capone répond aux besoins de la population comme il le disait lui-même, en ouvrant des casinos et des maisons closes.

Al Capone

​​​​​​​Véritable figure d’autorité, plébiscité par les habitants, Capone dirige également la police de la ville. Entièrement acquis à sa cause, la plupart des agents sont directement payés par  le syndicat, tout comme la plupart des juges et une bonne partie de l’administration. En 1930 et à 31 ans, Capone règne en dictateur sur sa ville. Il a érigé son empire sur les lois du capitalisme, développé un modèle économique selon la sainte règle de l’offre et de la demande. Précurseur et visionnaire, il sait gagner la loyauté de ses collaborateurs, paie bien ses employés et reconnaît la valeur d’un contrat. En cela, Al Capone a totalement assimilé le fonctionnement américain et avec lui la mafia toute entière entre dans une phase d’intégration définitive dans la culture du billet vert. 

 

Al Capone en quelques dates

  • 17 janvier 1899: naissance d'Al Capone
  • 1925: Al Capone succède à Johnny Torrio, ancien patron de la pègre, devenant ainsi le symbole de la corruption                       
  • 14 février 1929: massacre de la Saint-Valentin au cours duquel les hommes de Capone éliminent 7 hommes d'un gang rival à Chicago
  • 6 octobre 1931: Elliot Ness et ses Incorruptibles parviennent à mener Capone devant les juges.
  • 17 octobre 1931: Capone est reconnu coupable de fraude fiscale durant les années 1925 à 1929, les délits les plus anciens étant prescrits. Il est enfermé durant 8 années, à l'issue desquelles il est libéré pour bonne conduite.
  • 25 janvier 1947 : Al Capone décède à l'âge de 48 ans des suites d'une longue maladie

Bibliographie et filmographie

Bibliographie

  • Al Capone et la guerre des gangs
    par Roger Delorme,
    Ed. Tallandier, 1986
     
  • Gangsters de Chicago 
    par Robert Nippoldt,
    Ed. La Joie de lire, 2005
     
  • Al Capone – le crime organisé  
    par Jean-François Ménard,
    Ed. Hachette Jeunesse, 1983

Filmographie

  • Les Incorruptibles de Brian de Palma
    Avec Robert de Niro, Kevin Costner, Sean Connery et Andy Garcia
    Sorti le 21 octobre 1987
     
  • Capone de Steve Carver
    Avec Ben Gazzara, Sylvester Stallone, Harry Guardino, John Cassavetes
    Sorti en 1975
     
  • Al Capone de Richard Wilson
    Avec Rod Steiger
    Sorti en 1958