Albert Fish

Albert Fish fut un célèbre tueur en série et cannibale américain ayant sévi durant les années 1920. Outre son atrocité et son cannibalisme, qui lui valurent les surnoms d’Ogre de Wysteria ou encore du Vampire de Brooklyn, Albert Fish semble avoir entièrement dévoué sa vie aux perversions sexuelles de toutes formes. Retour sur un serial-killer qui a fait couler beaucoup d’encre.

Albert Fish est né Albert Hamilton Fish le 19 mai 1870, à Washington D.C. Dernier d’une famille de quatre enfants, Albert sera, à l’âge de 5 ans, placé dans un orphelinat après la mort de son père, sa mère ne pouvant plus s’occuper de lui.

À l’orphelinat, Albert sera la tête de turc de ses camarades. Fréquemment puni, battu et fouetté, il y découvrira, selon ses propres dires,  les plaisirs de la douleur physique, qui lui provoquait des érections. A l’âge de 7 ans, lorsqu’il quitte l’orphelinat pour retourner chez sa mère, Albert est déjà traumatisé par les sévices qu’il a subis, et est d’ores et déjà attiré par le sadomasochisme.

Albert Fish

Il dira d’ailleurs plus tard qu’il a toujours eu envie «d’infliger de la douleur aux autres et que les autres [me] fassent aussi souffrir».

De retour dans sa famille, Albert, qui est désormais en proie à un bégaiement tenace, est encore plus le souffre-douleur de ses camarades. Il trouve refuge dans les histoires et les dessins érotiques que lui montre très tôt son grand frère Walter, à qui il voue un culte sans pareil. À peine sait-il lire qu’Albert s’enferme dans la lecture des rubriques criminelles des journaux qui lui tombent sous la main, entretenant cette bulle d’isolement dans laquelle il s’enfonce de plus en plus.

 

Expérimentations sexuelles

Ondinisme

Sa seule ouverture vers autrui viendra à l’âge de 12 ans. Albert rencontre un jeune télégraphiste qu’il porte immédiatement aux nues, ce dernier lui racontant ses expériences dans les maisons closes. A peine adolescent, Albert Fish vivra avec cet homme, qui devient vite son amant, ses premières aventures sexuelles déviantes, où ondinisme et coprophagie se mélangent.

En 1890, Albert désormais âgé de 20 ans, part s’installer à New York où il deviendra prostitué, fréquentant avec assiduité les bains publics pour regarder les jeunes garçons. Il avouera plus tard que c’est à cette époque qu’il a commis ses premiers viols sur de jeunes enfants, crimes qu’il continuera à commettre même après son mariage arrangé par sa mère, en 1898, avec Anna, qui lui donnera 6 enfants.

Quelques temps plus tard, Albert en visite dans un musée avec son amant, tombe en admiration devant un pénis disséqué. Chose qui développera instantanément chez lui un intérêt morbide pour la castration. Qu’il tentera de réaliser chez un de ses partenaires, attardé mental. Mais face aux cris de douleur de l’homme alors qu’Albert était sur le point de trancher son pénis, Fish décida d’arrêter et s’enfuit.

Les bordels deviennent alors partie intégrante de sa vie ; ce seront en réalité les seuls endroits où Albert pourra assouvir son sadomasochisme.

En 1902, Albert Fish est arrêté pour détournement de fonds et escroquerie, et détenu à la prison de Sing Sing. Puis, Fish rentre dans les rangs et déserte les milieux qu’il fréquentait auparavant, probablement pour subvenir aux besoins de sa famille qui s’agrandit.

Prison de Sing Sing

En 1917, la femme de Fish, Anna, le quitte, lui laissant la garde de ses 6 enfants. C’est l’élément qui déclenchera la folie meurtrière d’Albert Fish.
 

La rupture psychotique d'Albert Fish

À partir de ce moment-là, la conduite d’Albert Fish devint incontrôlable, comme le dira son fils, Albert Junior. L’homme a des hallucinations auditives et est persuadé d’être l’envoyé de Dieu sur Terre, présent pour torturer et castrer les enfants, comme le lui aurait ordonné le Divin.

C’est à cette époque également que Fish se mit à s’enfoncer des aiguilles dans l’aine, si profondément qu’il fut impossible de les lui retirer. Les rayons X pratiqués sur lui plus tard montreront la présence de 27 aiguilles dans son périnée (photo).

Toujours subjugué par la douleur physique, Fish aurait même demandé à ses propres enfants de le torturer, mais devant leurs refus répétés, il s’automutilera de façon récurrente. Lorsqu’Albert Junior, son fils, le suppliera d’arrêter, Fish lui confessera «j’adore me torturer».

Après plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, où il fut à chaque fois relâché car jugé «non dangereux pour autrui», Fish entama une nouvelle phase psychotique, dans laquelle il se mit à collectionner tout ce qui avait attrait au cannibalisme.

Enfin, Albert Fish se découvrit une passion pour l’envoi de lettres à caractère obscène, dans lesquelles, Fish avouait à ses correspondantes sa volonté d’être frappé. Les policiers retrouveront plus tard pas moins de 40 lettres envoyées à différentes femmes, si choquantes qu’elles ne purent même pas être citées lors de son procès.

Bien qu’on ne puisse dire avec certitude quand Fish a commencé à tuer, et combien de victimes il a eu à son actif, il avouera avoir débuté sa carrière de meurtrier en 1924. Et avoir tué en tout et pour tout une quinzaine d’enfants. 

Grace Budd

Cependant, c’est bel et bien le crime de Grace Budd âgée de 10 ans au moment des faits en 1928, qui permettra aux enquêteurs de compromettre Fish 6 ans plus tard.

En 1928, après avoir lu l’annonce du frère de Grace Budd dans un journal, Fish se présente au domicile parental sous un pseudonyme, Franck Howard, et se fait passer pour un propriétaire terrien intéressé par le profil du grand frère. Une fois sur place, Fish parvient à obtenir la sympathie des parents, et voyant que Grace est présente, se propose de l’emmener à une soit disant fête d’anniversaire. Les parents Budd, ayant vraiment besoin d’argent et croyant qu’un refus de leur part empêcherait leur fils d’être employé par ce propriétaire terrien, acceptent. Ils ne reverront jamais leur fillette.

Wisteria Cottage

Albert Fish prit donc le train avec la jeune Grace, âgée de 10 ans, et l’emmena à Wisteria Cottage. Il fallut peu de temps pour qu’Albert cède à ses pulsions malsaines, et étrangle la jeune fille. Puis, selon ses dires, il la découpa, et la mangea en ragoût pendant une semaine.

La police suivra une fausse piste pendant quelques temps et abandonnera les recherches en 1930. Cependant, ce sera Fish lui-même qui mettra les enquêteurs sur sa trace, puisque, ne pouvant résister à sa folie grandissante, Albert enverra une lettre à la mère de Grace Budd, en 1934, dans laquelle il expliquera en détails le meurtre de leur fille. Ce sera cette lettre qui le perdra, les policiers ayant réussi à remonter jusqu’à lui.
 

La fin de l'Ogre de Wysteria

Albert Fish lors de son procès

Lorsqu’au matin du 13 décembre 1934, Albert Fish est arrêté pour le meurtre de Grace Budd, il ne lui faut pas longtemps pour passer aux aveux. Et pour se libérer des autres meurtres et actes cannibales qu’il aurait commis sur près de 400 jeunes enfants.

Avant son procès, Albert Fish confiera aux différents psychiatres venus l’interroger, ses expériences sadomasochistes, de l’aiguille enfoncée dans son scrotum aux boules de coton imbibées d’essence qu’il plaçait dans son rectum avant d’y mettre le feu. Il relatera aussi en détails ses pulsions cannibales, avouant sans vergogne apprécier la chair, le sang et les excréments de ses victimes.

Son procès s’ouvrit le 11 mars 1935, à New York. Au bout de 10 jours, le verdict fut rendu.

Malgré les efforts acharnés des avocats de la défense, malgré le passage à la barre de plusieurs psychiatres qui attestèrent de son fétichisme sexuel aux ramifications diverses (coprophagie, ondinisme, sadomasochisme), malgré de multiples témoignages, dont celui de sa belle-fille, qui étayèrent la thèse de sa folie, le jury refusa d’admettre le caractère maladif d’Albert Fish, avançant le fait qu’il savait déterminer le bien du mal.

Albert Fish fut condamné à mort par chaise électrique. En attendant son exécution, il avoua aux autorités qu’il avait hâte d’être électrocuté, arguant que ce serait pour lui l’extase suprême, puisque douleur non encore expérimentée par ses soins.

Les journaux de l’époque se déchaînèrent sur le cas d’Albert Fish, accusant la police et les psychiatres d’avoir manqué de discernement alors que cet homme, surnommé Le Maniaque de la Pleine Lune, ou encore l’Ogre de Wysteria, torturait, tuait, et mangeait des enfants.\

La mort de Fish fut atroce. Les aiguilles qu’il s’était introduites dans le bassin provoquèrent un court-circuit qui obligea les exécutants à s’y reprendre à deux fois avant de déclarer la mort, le 16 janvier 1936, d’Albert Hamilton Fish, celui qui restera Le Vampire de Brooklyn aux yeux des américains.
 

Les victimes d’Albert Fish

Connues

  • Francis X. McDonnell, 8 ans, 15 juillet 1924
  • Emma Richardson, 5 ans, 3 octobre 1926
  • Billy Gaffney, 8 ans, 11 février 1927
  • Grace Budd, 10 ans, 3 juin 1928

Probables

  • Yetta Abramowitz, 12 ans, en 1927
  • Mary Ellen O’Connor, 16 ans, 15 février 1932
  • Benjamin Collings, 17 ans, 15 décembre 1932
     

Annexe: lettre d'Albert Fish à la mère de Grace Budd

Lettre anonyme envoyée à la mère Grace Budd par Albert Fish en novembre 1934. La lettre originale en anglais présente de nombreuses erreurs de syntaxe et fautes d'orthographe. La lettre fut remise à Edward, le grand frère de Grace, Mme Budd ne sachant lire.

«Chère Mrs Budd.

En 1894, un de mes amis s'est embarqué sur le vapeur Tacoma du capitaine John Davis, allant de San Francisco à Hong Kong. En arrivant, il partit s'enivrer en compagnie de deux amis. À leur retour, le bateau était parti. La famine sévissait à cette époque. La viande coûtait $1-3 par livre. La famine était telle que les pauvres vendaient leurs enfants de moins de 12 ans comme viande de boucherie.
Un jeune de 14 ans n'était pas en sécurité dans la rue. Toutes les boutiques vendaient cette viande grillée ou bouillie. Des membres de l'enfant étaient apportés et vous pouviez choisir la partie qui vous convenait. Les fesses étaient les parties les plus prisées et vendues en escalopes coûtaient le plus cher. John est resté en ces lieux tellement longtemps qu'il développa un goût pour la chair humaine.
À son retour à New York, il kidnappa deux jeunes garçons de 7 et 11 ans. Il les attacha chez lui en les enfermant dans un placard. Puis il brûla tous leurs vêtements. Plusieurs fois par jour, il les torturait afin d'attendrir leur chair. Il tua le garçon de 11 ans, car il avait les fesses les plus charnues. Il cuisina et mangea toutes les parties à l'exception des os du crâne et des entrailles. Il a été rôti au four (les fesses), bouilli, grillé, frit, et préparé en soupe. Le même sort attendait le plus jeune. À cette période, je vivais au 409 Est de la 100e rue. Il me vantait tellement souvent les délices de la chair humaine que je me décidai à en goûter.
Le dimanche 3 juin 1928, je vous ai appelée au 406 Ouest de la 15e rue. Je vous ai apporté un pot de fraise à la crème. Nous avons déjeuné ensemble. Grace s'est assise sur mes genoux et m'embrassa. Je fixai mon choix sur elle. Au prétexte de l'emmener à une fête, vous avez dit qu'elle pouvait y aller. Je l'emmenai dans une maison à Westchester que je venais de louer. Je lui demandai de rester à l'extérieur. Elle cueillit des fleurs. Je suis monté à l'étage et ai enlevé mes vêtements. Si je ne le faisais pas, je savais que le sang allait les tacher.
Quand tout fut prêt, je l'appelai par la fenêtre. Puis je me suis caché dans le placard jusqu'à ce qu'elle entre dans la chambre. Lorsqu'elle me vit nu, elle se mit à pleurer et essaya de fuir par l'escalier. Je l'ai attrapée, elle dit qu'elle se plaindrait à sa maman.
D'abord, je l'ai déshabillée. Comme elle donnait des coups de pied, mordait et griffait, je l'ai étranglée, puis découpée en petits morceaux afin que je puisse emmener la viande dans mes chambres. Je l'ai cuisinée et mangée. Ses petites fesses étaient tendres après avoir été rôties. Ça m'a pris neuf jours pour la manger en entier. Je ne l'ai pas baisée, même si je l'ai regretté. Elle est morte vierge».
 

Bibliographie et filmographie

Bibliographie :

Serial Killers, enquête sur les tueurs en série (chap. Albert Fish, le grand père tranquille)
Stéphane Bourgoin
Éd. Grasset & Fasquelle, 2004

Tueurs en série, les nouveaux monstres
Etienne Jallieu
Éd. Scènes de Crime, 2005

Filmographie :

Serial Killers, les vrais Hannibal Lecters
Reportage réalisé par Sean Buckley en 2001

L'Échange
Clint Eastwood, 2008
Sur violence faite aux enfants dans l'entre-deux-guerres, et plus particulièrement sur l'affaire dite des meurtres du poulailler de Wineville.

 


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