Alexandre Pitchouchkine

Alexandre Pitchouchkine, 33 ans, est l'un des plus grands tueurs en série de la Russie lorsqu'il est arrêté en 2006. IL revendique 63 assassinats, tous commis selon un rituel précis, dans le parc de Bitsevsky à Moscou. Sur son échiquier personnel, chaque victime représente une case, il était à un coup de réussir. Durant 14 années, Sacha le monstre de Bitsa comme le surnomme la presse russe, tue en moyenne une personne par mois. Lors de son procès, Pitchouchkine ne montre aucun signe de repentir. Chronique d'un vrai tueur en série.

Alexandre Pitchouchkine naît le 9 avril 1974 à Moscou. Son père déserte le domicile familial alors que Sacha n'a que 9 mois. Éduqué par des femmes, il vénère son grand père durant toute son enfance mais ce dernier finit par se remarier et abandonne lui aussi son petit fils. Décrit par sa mère Natalia Pitchouchkine, comme calme et sans histoire, Alexandre est discret mais sociable. Lors d'un entretien avec un grand quotidien de la presse russe, sa mère évoque un accident de balançoire qu'il aurait subi à l'âge de 4 ans alors qu'il était au parc avec sa grand mère. Hospitalisé avec un traumatisme crânien durant toute une semaine, Alexandre a ensuite eu des difficultés à parler ce qui justifie son passage par un centre éducatif spécialisé. La mère de Sacha accorde beaucoup d'importance à cet accident. Natalia confie à la presse russe que son fils a été Pionnier (les groupes de la jeunesse communiste), qu'il aime le sport, fait du vélo et attire les filles. Elle laisse entendre qu'il aimerait peut être aussi les garçons mais n'affirme rien.

Lorsqu'arrive sa convocation pour le service militaire, Sacha décide qu'il préfère être enfermé en hôpital psychiatrique que d'aller s'entraîner au combat. Sa mère déclare l'avoir trouvé «changé» à son retour. Il reprend néanmoins ses études là où il les avaient arrêtées et alternent les périodes sportives et saines, avec des plongées de plusieurs jours dans l'alcool. Sa consommation augmente en quelques mois, sa mère le remarque. Mais en Russie le problème est tellement courant qu'on y prête plus attention.

En 1992, Alexandre Pitchouchkine commet son 1er meurtre sur la personne de Mikhaïl Odiytchouk. Aussi lugubre que cela puisse paraître, les 2 hommes étaient amis ou du moins camarades et ils avaient élaboré ensemble le projet de tuer plusieurs de leurs congénères. Sauf que Pitchouchkine prend son complice au dépourvu lorsqu'il l'étrangle avec une corde apportée par la victime alors que les 2 macabres amis cherchaient un moyen de faire disparaître les corps par les égouts. "Il ne savait pas qu'il cherchait sa propre tombe" lâche Pitchouchkine lors de son procès sans la moindre trace de repentir. Une enquête est tout de même ouverte à l'époque, elle remonte jusqu'à Pitchouchkine qui est interrogé par la police mais nullement inquiété.

Cet épisode calmera sans doute sa folie meurtrière puisqu'il attendra 9 années avant de tuer à nouveau.
 

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Alexandre Pitchouchkine, le goût de tuer

Pitchouchkine enchaîne les petits boulots dans une Russie dévastée par les restes des dictatures et les pénuries. Manutentionnaire, vendeur, il tente de survivre en alternant travail et vodka. Son penchant pour l'alcool n'a rien d'exceptionnel dans le contexte russe et il a autour de lui tout un réseau d'anonymes alcoolisés qui devient dès 2001 la cible de ses pulsions. Il avoue lors de son procès avoir établi cette année là une liste des personnes de sa connaissance qu'il a envie de faire disparaître. L'histoire nous raconte qu'il est ensuite passé à l'acte.

Pitchouchkine commence alors à tuer, selon un rituel bien établi. Il connaît les personnes, les invite à boire de la vodka sur la tombe de son chien dans le parc de Bitsa, puis lorsqu'ils sont affaiblis par l'alcool, il les tue avec ses coups. Il se débarrasse ensuite des corps en les jetant dans les canalisations du parc mais il s'avère que 3 de ses victimes reprennent connaissance et s'en sortent.

Il décide alors de signer ses crimes, un geste classique chez les tueurs en série, non seulement pour ritualiser son macabre manège mais également pour s'assurer du décès de ses victimes. Ainsi un fois assommées et inconscientes, les otages du maniaques reçoivent des coups de marteau sur le crâne et le tueur plante dans leur cerveau des tessons de bouteille ou des branches.

Il choisit ses victimes en fonction de leur penchant pour l'alcool, prenant pour cible indifféremment des hommes ou des femmes, souvent isolés, toujours un peu perdus. Il les accoste généralement à la sortie du métro Kakhovskaya, leur parle de son chien, les invite à le rejoindre pour boire dans le parc Bitsevsky.

Pendant toute cette période, Pitchouchkine habite chez sa mère avec sa sœur et sa famille. Ses proches assurent n'avoir rien vu, rien suspecté. Natalia, sa mère s'inquiète plus de son penchant pour l'alcool que de ses assassinats. La police de son côté classe ces meurtres infâmes et signés en accident ou en suicide durant des années pour garder ses quotas d'élucidation dans les affaires criminelles (plus de 80%). L'institution s'arrange et lorsqu'un tueur est arrêté il n'est pas rare qu'il soit accusé de quelques assassinats en plus histoire de faire baisser le nombre de cas irrésolus. Les enquêteurs qui sont également connus pour leur corruptibilité doivent tout de même se rendre à l'évidence de la présence d'un tueur en série dans le parc de Bitsa.

La presse s'empare de l'affaire et le maniaque de Bitsa fait la une des journaux durant quelques semaines, grâce à un portrait robot largement diffusé. Pitchouchkine raconte à quel point il se délecte de cette célébrité en collectionnant les articles sur lui.

Jusqu'au jour où il apprend que la police a arrêté quelqu'un. A sa place.
 

Le procès Pitchouchkine

Très énervé par l'arrestation de la mauvaise personne, Pitchouchkine entend rétablir la vérité et secouer les forces de police. Il tue donc 2 fois plus. Toujours au même endroit, toujours avec les mêmes procédés. Et c'est grâce à un enfant qu'il sera arrêté.

En effet, sa dernière victime avait laissé le nom et le numéro de la personne avec qui elle devait sortir le soir à son fils. Lorsqu'elle est identifiée et sa famille interrogée, le garçon remet les coordonnées de Pitchouchkine aux enquêteurs qui mettent fin à la folie meurtrière de Sacha.La Russie s'enflamme pour le sujet, l'interrogatoire est filmé et retransmis à la télévision. La police veut affirmer publiquement qu'elle tient le tueur et qu'elle ne lui arrache pas des aveux, mais qu'il se dénonce lui-même.

Le procès s'ouvre le 13 août 2007 pour 49 meurtres et 3 tentatives d'homicide. Sacha en décrit 62 ou 63 mais l'accusation n'en retient que 49. Il explique le plaisir qu'il prenait à tuer, le feu qui brûlait en lui lorsqu'il croisait une de ses prochaines victimes: «Chaque fois, je sentais que c'était une personne à moi, un feu brûlait en moi, et ne s'arrêtait pas tant que je ne les tuais pas. Comme un drogué en manque.» Il raconte également qu'il pensait libérer ses victimes d'un certain état pour les faire passer dans un autre, il ne prenait d'ailleurs aucun plaisir à les voir souffrir: «Ce qui m'intéressait c'était de collectionner les âmes».

Les enquêteurs trouvent dans sa chambre un échiquier dessiné à la main avec des croix sur la plupart des emplacement. Pitchouchkine explique que chaque croix correspond à une victime et qu'il comptait remplir toutes les cases, il avait d'ailleurs presque atteint son objectif. Il confesse 62 meurtres et il y a 64 cases sur un échiquier. 

Dans sa chambre également, les policiers trouvent de nombreuses coupures de presse sur sa propre histoire. Les experts psychiatriques qui le voient, constatent ses dysfonctionnement mais ne le déclarent pas irresponsable. L'homme ne montre aucun signe de repentir. A 33 ans, Alexandre Pitchouchkine a tué en moyenne une personne par mois pendant 5 ans, dans le centre de Moscou sans prendre de grandes précautions et sans être inquiété. La police moscovite tente de redorer son blason mais les faits sont écrasants. Pitchouchkine écope d'un emprisonnement à vie avec obligation d'un suivi psychiatrique.

La Russie observe un moratoire strict sur la peine de mort.

Juste avant son incarcération, Pitchouchkine a déclaré: «J’étais presque Dieu. J'étais le procureur, le juge et le bourreau. Je décidais qui avait le droit de vivre et qui devait mourir. Les notions de bien et de mal sont des choses toutes relatives. Je ne me serais jamais arrêté, jamais. Les policiers ont sauvé beaucoup de vies en me capturant».
 

Alexandre Pitchouchine en quelques dates

 

  • 9 avril 1974: Naissance d'Alexandre Pitchouchkine dans la banlieue de Moscou.
  • 1975: Le père d'Alexandre quitte le domicile familial pour une autre femme.
  • 1978: Alexandre a un accident de balançoire qui lui vaut une semaine d'hospitalisation et des séquelles selon les dires de sa mère, Natalia.
  • 1987: Sacha comme on le surnomme, rejoint les jeunesses communistes et commence à faire beaucoup de sport.
  • 1990: Convocation d'Alexandre pour le service militaire, il préfère se laisser interner dans un hôpital psychiatrique.
  • 1992: Sacha tue pour la 1ère fois, c'est un camarade de classe qui aurait du être son complice, Mikhaïl Odiytchouk. Interrogé par la police, Sacha n'est néanmoins pas inquiété.
  • 1992-2001: Pas de meurtre durant ces 9 années, Sacha travaille et boit.
  • 2001: La folie meurtrière de Pitchouchkine le reprend, il commence à assassiner en moyenne une personne par mois durant 5 ans. Il signe désormais ses crimes.
  • Février 2006: Son portrait robot est diffusé sur les télévisions russes, mais la police arrête un autre homme. Sacha réagit et double le nombre de ses victimes.
  • 16 juin 2006: Alexandre Pitchouchkine est arrêté à son domicile, grâce au fils de sa dernière victime qui communique ses coordonnées à la police.
  • 13 août 2007: Ouverture du procès de Sacha pour 49 meurtres et 3 tentatives d'homicide.
  • 29 octobre 2007: Déclaré responsable de ses actes par les experts psychiatriques, Alexandre Pitchouchkine est condamné à la prison à perpétuité.

 


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