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Arnold Rothstein

Affublé d’une dizaine de surnoms, Arnold Rothstein reste dans les mémoires lié au scandale des Black Sox de 1919.  Mais le personnage dépasse largement cette histoire. Génie des affaires, il dirige des casinos très jeune, se place dans un nombre impressionnant de business, et obtient un quasi monopole sur l’importation d’alcool à New York durant la Prohibition. Maître à penser de toute une génération de mafieux, il est également à l’origine du projet de syndicat national du crime dirigé ensuite par Lansky et Luciano. Haut en couleurs, c’est un flambeur qui finit par se brûler à sa passion du jeu.

Né à Manhattan en 1882, dans une famille juive ashkénaze aisée, Arnold Rothstein s’éloigne très vite des aspirations que ses parents nourrissent pour lui. Doué en mathématiques, il s’intéresse très tôt à de sombres business pour son âge, tandis que son frère aîné étudie à l’école rabbinique. Formé par Monk Eastman, Arnold Rothstein devient un des plus jeunes joueurs professionnels de cartes, de dés et de billard.

Profitant des connexions de son mentor, il se rapproche ensuite de Big Tim Sullivan un politicien de Tammany Hall, qui l’initie à toutes formes de paris tant sur les courses de chevaux que sur les matchs de base-ball ou les élections politiques. De Big Tim, il gardera l’art de négocier avec les autorités et d’acheter juges, policiers, avocats et politiques.

Très doué, il possède son 1er casino dès 1909 ainsi qu’une piste pour les courses de chevaux au Havre de Grace dans le Maryland. Il est de notoriété publique qu’il trafiquait la plupart des courses qu’il gagnait. Arnold Rothstein est un fin manipulateur et son réseau s’agrandit chaque jour. Il paie généreusement ses nombreux informateurs avec des billets de 100 dollars et  n’est pas très regardant sur les sources des informations.

Il est vite reconnu comme celui qui peut avoir une influence sur n’importe qui ou régler n’importe quelle affaire à New York. Élégant et raffiné, il fait figure de père et sera d’ailleurs le mentor de plusieurs grands mafieux, tels Frank Costello, Lucky Luciano ou Meyer Lansky. De lui ils apprendront que l’argent n’a qu’une seule couleur et que pour le Dieu profit on peut sans problème former des alliances au-delà des barrières raciales, religieuses et sociales. Cette méthode lui valut d’être millionnaire avant d’avoir 30 ans.

 

Le scandale des Black Sox

En 1919, le championnat de basket du World Series est truqué, et ce sont les Cincinnati Reds qui l’emportent face aux Chicago White Sox qui partaient pourtant grands favoris. Arnold Rothstein soupçonné d’escroquerie, se défend de toute manipulation financière. Son avocat William Follin, le décrit comme «l’homme qui attend à l’embrasure de la porte, une souris, attendant patiemment son fromage».

Approché par 2 groupes de personnes différents pour truquer le World Series en 1919, il choisit de travailler avec Joseph “Sport” Sullivan, car sa réputation dans le monde du pari et du jeu est déjà bien établie. Arnold Rothstein est recherché pour être bailleur de fonds, et permettre d’acheter les 8 joueurs des White Sox, réputés pour être les meilleurs joueurs de tous les Etats-Unis. On ne pourra jamais l’affirmer avec certitude mais beaucoup pensent que Rothstein a parié 270.000 dollars sur la victoire des Cincinnati Reds. Les joueurs des White Sox se laissent volontiers acheter car ils vivent de salaires misérables.

Les White Sox et leurs avovcats

Charles Comiskey, leur manager a souvent été accusé d’avoir indirectement poussé les joueurs à accepter la corruption, vu le traitement qu’il leur infligeait. La victoire des Cincinnati Reds répand vite la rumeur persistante d’un trucage, et plusieurs noms dont celui d’Arnold Rothstein sont cités. Une enquête est lancée et un procès s’ouvre. Les joueurs sont représentés par les plus grands avocats du moment, mais ils seront tous interdits de baseball professionnel à vie. Arnold Rothstein quant à lui, nie toutes les accusations et rejette tout le scandale sur son ancien associé Abe Attel. Le scandale d’échelle nationale qui s’ensuit n’empêche pas Rothstein de sortir libre et blanchi de l’affaire, par manque de preuve.

 

Un businessman calculateur

Mis en lumière par le scandale de 1919, Arnold Rothstein annonce publiquement qu’il quitte le monde du jeu en septembre 1921. Il cède en effet ses parts directes dans les casinos et autres maisons de jeux. Il reste néanmoins dans la partie et se spécialise dans le trafic de drogue, l’alcool de contrebande, et les arnaques sur le dos des travailleurs. Fin stratège, cherche toujours à se positionner le mieux possible dans les différentes affaires qu’il traite.

Rothstein - DR

Ainsi durant la Prohibition, il entend régner en maître sur la contrebande d’alcool. Mais il se rend vite compte que le mouvement le dépasse largement. Il choisit alors intelligemment de régner sur les importations d’alcool, faisant du coup figure de fournisseur et non de concurrent. Il s’assure par là même une protection de fait, puisqu’il est l’un des rouages essentiels de tout le commerce de contrebande. Quels que soient ses clients, ils dépendent de lui. Anticipant les différentes crises, il sait gérer les relations avec les gangs, offre toujours un petit plus qui fait de lui un partenaire de business privilégié.

Il comprend avant les autres que la prohibition va prendre fin et diminue peu à peu ses intérêts dans le commerce d’alcool. Drogues et diamants prennent le relais. Il pense à créer un syndicat national du crime organisé, et en cela il est suivi par Lansky et Luciano. Ambitieux, il voit loin et fait des plans de grande envergure.

 

Emporté par sa passion

Rothstein est un grand adepte du jeu et parie compulsivement. Il gagne beaucoup mais perd plus encore. En 1928, il participe à une légendaire partie de poker à Broadway. Le jeu dure 3 jours, et du 8 au 10 septembre la chance va et vient entre les différents joueurs. Elle finit par quitter Arnold Rothstein dont la dette s’élève à 320.000 dollars à la fin du jeu. Il refuse de payer, clamant que le jeu était truqué.

On lui tire dessus 2 mois plus tard, le 4 novembre 1928, au Manhattan's Park-Central Hotel. Il décède de ses blessures le lendemain au Polyclinic Hospital. Fidèle à l’omerta (la loi du silence), il refuse entre temps d’identifier le tueur, répondant systématiquement «c’est ma mère qui l’a fait». Les premiers suspects sont évidemment les 2 autres joueurs de la fameuse partie, Nigger Nate Raymond et Titanis Thompson.

La tombe de Rothstein

George "Hump" McManus est finalement arrêté pour meurtre mais, faute de preuve, il est relâché et blanchi. On lui attribue généralement l’assassinat d’Arnold Rothstein même s’il y a une autre théorie sur l’identité du tueur. Paul Sann avance dans son livre «Kill the Dutchman», l’idée que Dutch Schultz serait le commanditaire, pour venger le meurtre de son ami Joey Noe, tué par l’un des associés de Rothstein, Jack Diamond.

Quoi qu’il en soit, Arnold Rothstein, l’homme qui disait pouvoir parier sur tout sauf sur le temps, parce qu’il ne pouvait pas le truquer, est enterré au cimetière Ridgewood's Union Field dans le Queens.

 

Arnold Rothstein en quelques dates

  • 1882 : Naissance à Manhattan
  • 1898 : Arnold décide de quitter l’école
  • 1914 : Rothstein se lance dans le monde des paris.
  • 1909 : Achat de son premier casino, mariage avec Carolyn Greene
  • 1919 : Scandale des Black Sox
  • 1921 : Rothstein se retire officiellement du monde du jeu
  • 1928 : Assassinat de Rothstein par McManus probablement.

Bibliographie et filmographie

Livres

  • In the Reign of Rothstein, 
    Donald Henderson Clarke
    The Vanguard Press, 1929
     
  • «Kill the Dutchman», de 
    Paul Sann
    Da Capo Press, 1991
     
  • The Mafia Encyclopedia.  
    Carl Sifakis
    Checkmark Books, 1999 

 

Films

  • The Destruction of America's Last Great Mafia Dynasty, 
    de Volkman Ernest, 
    Avon, 1999.
     
  • The Great Gatsby,
    de F. Scott Fitzgerald, 1974,
    pour le personnage de Meyer Wolfsheim
     
  • Eight Men Out, The Story of Arnold Rothstein, and Michael Lerner, 
    de John Sayles
    1988.