Dossier /

Bertrand Cantat

«Affaire Cantat», «Dossier Trintignant», «Le drame de Vilnius», « L’amour-haine, la guerre des clans, l’amour à mort»… On a tout entendu sur la disparition en 2003 de l’actrice, Marie Trintignant, morte sous les coups de l’homme qui partageait alors sa vie, Bertrand Cantat, leader du plus grand groupe de Rock Français: Noir Désir. 7 ans après, l’affaire est close mais les blessures sont encore vives. Et certaines zones d’ombres, toujours pas éclaircies.   

Le 10 janvier 2010, le suicide de Kristina Rady, a marqué le point d’orgue d’une tragédie qui a commencé bien loin de Bordeaux: à Vilnius, capitale de la Lituanie, un petit pays Balte, entré dans l’Europe il y a peu. La comédienne Marie Trintignant tourne alors un téléfilm sur la vie de Colette et sous la direction de sa mère, Nadine Trintignant.

Marie Trintignant vit un amour éperdu avec Bertrand Cantat, rencontré après un concert de Noir Désir aux arènes de Vaison-la-Romaine quelques mois auparavant. Les 2 amants ne se quittent plus et partagent la même chambre du centre ancien de Vilnius pendant le tournage de Colette: l’hôtel Domina Plaza. Un soir de juillet, à la fin du film, une violente dispute éclate entre eux. Les verres volent et Marie hurle. Elle ne supporte plus les appels de l’ancienne compagne de Bertrand Cantat, Kristina Rady. De son côté, Cantat tique sur un SMS envoyé par l’ex époux de Marie Trintignant, Samuel Benchétrit. La jalousie les ronge à tous les deux.

Bertrand Cantat

Le climat est délétère et, aux insultes, suivent les menaces dans la grande chambre de l’hôtel. Un employé intervient même et tous 2 promettent de faire moins de bruit. Mais, au contraire, la violence va aller croissant. Dans des circonstances encore confuses, les 2 amants s’empoignent. Marie Trintignant fait chuter Bertrand Cantat au sol. Après s’être relevé, il porte plusieurs coups, des «gifles», comme il dira plus tard, au visage de la comédienne qui s’effondre, inanimée.

Cantat l’allonge sur le lit et attend. Il attendra ainsi jusqu’au lendemain matin, 8 heures, pour alerter les secours. C’est ce que lui reprochera toujours la famille Trintignant. Le 29 juillet 2003, Marie Trintignant est opérée une première fois à Vilnius. Elle est dans un état très grave. L’opération est un échec. Elle est alors rapatriée en France, plongée dans un coma irréversible, et décède le 1er août à Paris. 

 

Le procès

Après des mois d’enquête, Cantat est renvoyé devant un tribunal Lituanien le 16 mars 2004 pour «violences ayant entraîné la mort» et, à l’issue de 10 jours d’audience, est reconnu coupable de la mort de Marie Trintignant. Il est condamné à 8 ans de prison. S’ensuit près de six mois de détention à Vilnius puis, en septembre 2004, le détenu Cantat rejoint la France sous escorte policière et purge le reste de sa peine à la prison de Muret, près de Toulouse. Il est qualifié de «détenu modèle» et recouvre finalement la liberté en octobre 2007. Depuis, il vit discrètement à Bordeaux mais ne s’est jamais exprimé sur la mort de celle qu’il aimait le plus au monde.

Bertrand Cantat à son procès

Aujourd’hui, l’ex-leader de Noir Désir est seul, père de 2 enfants, et soumis à un devoir de réserve sur tout ce qui se rapporte à l’affaire. Dans les Landes, où Kristina Rady a été enterrée, plane toujours le mystère de l’incendie de leur maison familiale avant le procès. La solide bâtisse avait pris feu en quelques minutes: «Un travail de professionnels», avaient dit les gendarmes locaux. Le ou les auteurs des faits n’ont jamais été retrouvés.       

«Je ne veux plus revenir sur ce drame et je me suis fixé pour principe de ne plus commenter l’affaire». Pierre Hurmic, avocat «historique» de la famille Cantat et défenseur de Bertrand, avec Me Olivier Metzner, au procès de Vilnius reste très marqué par les tragédies successives qui ont touché la famille Cantat (dont il est un proche). C’est lui le premier que les parents de Bertrand Cantat avaient contacté pour assurer la défense de leur fils: «J’ai immédiatement quitté Bordeaux pour Vilnius». C’était en 2003. Depuis, ce dossier le hante.

 

Bataille d’avocats

Quelques jours plus tard, à Paris, un ténor du barreau se greffe à la défense de Bertrand Cantat: Me Olivier Metzner, jusque-là plus connu dans les dossiers politico-financiers que dans les drames humains. De l’autre côté de la barre, Me Georges Kiejman, ancien garde des sceaux, défend les intérêts de la famille de Marie Trintignant. Et accable d’entrée Cantat dans la presse, laissant entendre que le leader de Noir Désir a littéralement boxé la victime ce soir-là. Qu’il est peut-être un «frappeur d’habitude». Dès lors, entre les deux parties, la guerre sera totale.  

Metzner

«On n’impose malheureusement qu’une vision de la vérité», avait déclaré Me Metzner à propos du dossier. «Non, Bertrand Cantat est un menteur comme les autres, un menteur de droit commun. Vous ne voulez pas entendre le mot meurtrier. Quel terme voulez-vous entendre? Bourreau? Massacreur? Votre mot sera le nôtre», avait renchéri Me Kiejman.  «Je réfute l’image forte que l’on voudrait accréditer d’un méchant rocker drogué qui tue un ange parfait. Les enquêtes menées sur la prétendue violence de Cantat n’ont mené nulle part», rectifie alors Metzner.

Kiejman

Kiejman s’emporte: «La reconstitution a bien montré qu’il la tenait d’une main pendant qu’il la frappait en plein visage de l’autre, comme sur un punching-ball. Ce qui a provoqué un ébranlement cérébral. Chose rare, généralement réservée aux boxeurs». «Non, il ne s’est jamais rendu compte des coups portés», réplique l’avocat de Cantat. «C’est bien ce qu’on lui reproche», conclut le défenseur de la famille Trintignant. Par médias interposés puis à la barre face à des magistrats Lituaniens médusés, les deux ténors s’affrontent publiquement. En tout cas, les experts estiment que l’actrice a reçu 5 coups au visage. 5 de trop. Dont au moins un fatal. 

 

Le verdict

A la barre du tribunal de Vilnius, les parties se jaugent, se scrutent, se défient d’un côté et de l’autre de la salle. Aux interruptions d’audience, l’audience continue. Dehors, dans les couloirs du tribunal voire même devant le palais de justice de Vilnius, ex siège du KGB Russe pendant les années noires de cette ancienne république soviétique. Jusque dans les toilettes du tribunal, les familles se croisent, s’épient, se toisent. Les avocats sont le relais de cette haine sourde qui s’amplifie au fil des jours.

Marie Trintignan

A l’énoncé du verdit – 8 ans de prison ferme – Me Georges Kiejman qualifie la décision d’équitable. «J’espère que chacun trouve cette décision non excessive mais manifestement les conseils de Bertrand Cantat l’incitent à agir de manière inadéquate. Faire appel me paraîtrait souligner l’ambiguïté dont Cantat fait preuve depuis le début». «Nous ne ferons pas appel», annonce Me Metzner, comme pour apaiser les débats et en finir une bonne fois pour toutes avec cette triste affaire. Dans son réquisitoire, le procureur de Vilnius avait ciblé «la jalousie comme le moteur principal du drame». Lors de sa dernière prise de parole, l’accusé Cantat a prononcé ces mots du fond de sa cage de plastique qui lui tenait lieu de box : «Je sais que je ne peux rien y faire. Je sais que je peux seulement demander pardon comme je le fais depuis le début. Demander pardon du plus profond de mon cœur. Car c’est là que se trouvait Marie».  

 

L'affaire Cantat en quelques dates

  • 3 juillet 2002: rencontre de Bertrand Cantat et Nadine Trintignant à Vaison la Romaine
  • 26 juillet 2003: fin du tournage de Colette, le téléfilm où joue Nadine Trintignant et soirée de dispute entre les 2 amants
  • 1er août 2003: mort de Marie Trintignant
  • 8 août 2003 : Cantat est inculpé de meurtre par le parquet de Vilnius
  • 11 septembre 2003: incendie de la maison de Bertand Cantat dans les Landes
  • 30 septembre 2003: publication du livre de Nadine Trintignant, «Ma fille, Marie»
  • 16 mars 2004: début du procès. Après 15 jours d’audience Cantat est condamné à 8 ans de prison
  • 29 septembre 2004: Bertrand Cantat rentre en France pour purger sa peine en France près de Toulouse
  • 15 octobre 2007: libération conditionnelle de Bertrand Cantat
  • 10 janvier 2010 : Suicide de Kristina Rady​​​​​​​

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Bibliographie

  • Mort à Vilnius: l’affaire Trintignant-Cantat
    de S.Bouchet et F.Vézard
    Éditions L’Archipel
     
  • Méfaits divers: journal d’un frère
    de Xavier Cantat
    Éditions Michalon
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  • Ma fille, Marie
    de Nadine Trintignant,
    ​​​​​​​Éditions Fayard