Boileau-Narcejac

Boileau-Narcejac est le nom du tandem de la littérature policière formé par 2 auteurs: Pierre Boileau et Thomas Narcejac. Tous 2 écrivaient de leur côté avant de se rencontrer en 1948 et de décider d’écrire à 4 mains. En 40 ans d’écriture, ils sont devenus les maîtres du roman policier à suspense français, se répartissant les tâches: Boileau pour l’intrigue et Narcejac pour la psychologie des personnages.

Pierre Boileau

Né en 1906 à Paris, Pierre Boileau fait des études de commerce et travaille dans une fabrique de feutres. Passionné de littérature policière et d’écriture, il commence par écrire des articles dans une revue de publicité ainsi que des nouvelles. Dans l’une de ces nouvelles écrites en 1932,  Deux hommes sur une piste, il créé le détective André Brunel. Un personnage que Boileau met ensuite en scène dans La pierre qui tremble en 1934 puis dans 5 de ses romans. André Brunel deviendra aussi le héros d’une série à la radio.

Puis Pierre Boileau se met à écrire  des romans à énigmes comme La promenade de Minuit ou Le repos de Bacchus qui obtient  en 1938 le Grand Prix du roman d’aventures.

Fait prisonnier pendant la guerre, il envoyé dans un stalag pendant 2 ans et libéré pour raisons médicales. Après la guerre, il écrit des feuilletons dans le journal France Soir, qui seront aussi publiés en romans.

Pierre Boileau et Thomas Narcejac

Thomas Narcejac

Thomas Narcejac est le pseudonyme de Robert Ayraud, né en 1908 à Rochefort sur mer. Il poursuit des études de philosophie et devient professeur de Lettres et de philosophie à Vannes et à Aurillac. Narcejac commence par écrire des pastiches d’auteurs très connus comme Arthur Conan Doyle, Agatha Christie ou Maurice Leblanc. Puis il écrit de vrais romans policiers à partir de 1946: L’assassin de minuit, La police dans l’escalier, Faut que ça saigne,… Et en 1948, il obtient lui aussi le Prix du roman d’aventures pour La mort est du voyage.

Dans son essai Esthétique du roman policier, Narcejac analyse l’œuvre de Boileau et c’est ainsi que Boileau prend un premier contact avec Narcejac. Les 2 auteurs se rencontrent lors de la remise du Prix du roman d’aventures de ce dernier. Ils commencent alors à s’écrire et à discuter de leur volonté de changer les règles du roman policier français. Pierre Boileau raconte: 
«Narcejac me dit:  
- Mettons nos théories en pratique.
- C'est à dire?
- Ecrivons  le roman que nous aimerions lire»

 

Le tandem Boileau-Narcejac

​​​​​Ils écrivent ensemble un premier roman en 1951 qui est publié en 1958: L’ombre et la proie, sous le pseudonyme Alain Bouccareje (anagramme de leurs 2 noms). 

Ainsi était né le tandem Boileau-Narcejac, qu’ils justifieront ainsi: «Nous nous sommes rendu compte que le roman anglo-saxon, le crime, l’enquête, le suspect et les fausses pistes, tout cela venait de vieillir et qu’il n’était pas possible de continuer dans cette voie (...). Nous avons voulu faire du roman policier un roman tout court, et comme nous ne voulions pas renoncer au mystère qui est pour nous l’essence même du roman policier, il était presque indispensable de travailler à deux, l’un s’occupant presque uniquement de la mécanique sans beaucoup tenir compte des personnages, l’autre s’occupant surtout des personnages indépendamment du premier».

Les Diaboliques

Le 2ème roman de Boileau-Narcejac, Celle qui n’était plus est refusé par plusieurs éditeurs mais finalement publié par Denoël en 1952. Et très vite il intéresse le réalisateur Henri-Georges Clouzot qui en fait le film Les Diaboliques en 1954. Joué par Paul Meurisse, Simone Signoret et Vera Clouzot, c’est un très grand succès, qui obtient le Prix Louis Delluc.

En 1954, c’est Alfred Hitchcock qui s’empare de leur 3ème roman, D’entre les morts pour réaliser le chef-d’œuvre Vertigo (Sueurs froides en français) avec James Stewart et Kim Novack. D’autres adptations au cinéma suivront: Les louves de Luis Saslavsky, Maldonne de Sergio Gobi (1968).

Sueurs froides

Le duo Boileau-Narceja écrit ainsi jusqu’en 1989, année de la mort de Pierre Boileau. Leur dernier roman écrit à 2 s’intitule Le soleil dans la main (1990). Mais Thomas Narcejac continue ensuite à écrire seul sous le nom Boileau Narcejac, notamment la série pour adolescents Sans Atout qui durera jusqu’en 1997.

Thomas Narcejac meurt à son tour en 1998, après une quarantaine d’œuvres signées du tandem à succès.

 

Boileau-Narcejac - Leur production

Dans leurs romans, les 2 auteurs se répartissent les tâches: Boileau imagine l’intrigue, Narcejac travaille la psychologie des personnages.

Boileau-Narcejac - DR

Comme l’explique Pierre Boileau: «La vérité est que Narcejac est un romancier "tout court" qu'une certaine forme de hasard a orienté vers le roman policier. Je lui propose une intrigue. Il la passe aussitôt au banc d'essai. Cela signifie qu'il éprouve chaque personnage, qu'il le confronte avec le comportement prévu dans le plan initial. Le résultat n'est jamais favorable à 100%. Là commence la lutte.
Au fond ce qui intéresse le plus Narcejac, ce sont les êtres, ce sont les héros plus ou moins malheureux, plus ou mois menacés de nos histoires. Moi, ce qui me passionne, c'est au contraire de construire une intrigue bien insolite, bien mystérieuse, bien inquiétante. Et chacun s'accroche à son os. On lâche du lest. Mais c'est à celui qui en lâchera le moins possible.»

Et Narcejac sur Boileau: «Quel est le premier apport de Boileau? La matière brute à façonner. Son ingéniosité est étonnante et procède d'un curieux état d'esprit: le quotidien ne l'intéresse pas. Mais le non quotidien le fascine, la maladie des apparences. La logique finit toujours par triompher. L'important est qu'elle ne triomphe pas trop tôt, qu'elle n'affleure pas trop vite sous le récit, qu'elle ne dessèche pas les personnages.»

Outre une quarantaine de romans,  le duo a également à son actif de nombreux scénarios pour la télévision: la série Le train bleu s’arrête 13 fois (1965-1966), Les yeux sans visage de Georges Franju, Un témoin dans la ville, Malican père et fils, Jo Gaillard, etc. Ils participent également aux Maîtres du suspense à la radio.

Le secret d'Eunerville

En 1971, les 2 auteurs créent une série dans la collection Folio-Junior dans laquelle enquête François Robion alias Sans-Atout, un jeune détective amateur.

De même, ils vont faire revivre Arsène Lupin dans des feuilletons (dans Télé 7 jours) puis des romans (5 au total) entre 1973 et 1979 aux Éditions Le Masque. Le secret d’Eunerville (1973) obtient le Prix Mystère de la Critique.

En 40 ans les 2 auteurs s’imposent comme les maîtres du roman à suspense, flirtant avec le fantastique. Leur œuvre donne la part belle à la psychologie et à l’angoisse. Ils ont d’ailleurs théorisé dans plusieurs essais  le genre qu’ils ont renouvelé: Le roman policier (1964), Une machine à lire: le roman policier(1975), Tandem (1986). 

 

Boileau-Narcejac en quelques dates

  • 1906 : Naissance de Pierre Boileau
  • 1908 : Naissance de Robert Ayraud alias Thomas Narcejac
  • 1938 : Le repos de Bacchus de Pierre Boileau obtient  le Grand Prix du roman d’aventures.
  • 1948 : Prix du roman d’aventures pour La mort est du voyage de Thomas Narcejac. Rencontre des 2 auteurs
  • 1951 : 1er roman du tandem Boileau Narcejac, L’ombre et la proie
  • 1989 : Mort de Pierre Boileau
  • 1998 : Mort de Thomas Narcejac

Boileau-Narcejac - Bibliographie

  • Celle qui n'était plus1952– Les Diaboliques, Gallimard - 1973
  • Les visages de l'ombre 1953– Gallimard - 1985
  • D'entre les morts, 1954
  • Les Louves, 1955– Gallimard - 1973
  • Le mauvais oeil,1956 – Gallimard - 1972
  • Au bois dormant, 1956 – Gallimard - 2006
  • Les Magiciennes,1957– Gallimard - 1972
  • Sueurs froides, 1958 - D’entre les morts – Gallimard - 1973
  • L'ingénieur aimait trop les chiffres, 1958– Gallimard - 1986
  • A coeur perdu, 1959– Gallimard, 1972
  • Maléfices, 1961– Gallimard - 1985
  • Maldonne, Denoë1962
  • Le Roman policier(essai),1964
  • Les victimes, 1964– J’ai lu - 1983
  • Le train bleu s'arrête treize fois(nouvelles), Denoël, 1965
  • Et mon tout est un homme, 1965– Gallimard - 1993
  • La mort a dit : Peut-être,1967
  • La porte du large, 1969 
  • Delirium, suivi de: L'Île, 1969
  • Les Veufs, 1970 – Livre de poche - 1977
  • Manigances (nouvelles), 1971– Gallimard - 1986
  • Opération Primevère, 1973– Le livre de poche - 1976
  • Carte vermeil,1979– Gallimard - 1980
  • Les Intouchables,1980– Gallimard - 1984
  • Terminus, 1980 – Gallimard - 1982
  • Usurpation d'identité(nouvelles), 1980
  • Les Eaux dormantes, Denoël, 1983
  • Schuss, 1986– Gallimard - 1997
  • Le Contrat, 1988 – Gallimard - 1990
  • Le Soleil dans la main, 1990
  • La Main passe, 1991– Gallimard - 1999
  • La Villa d'en face, 1991
  • Les Nocturnes, 1992– Gallimard - 1994
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Série Sans Atout :

  • Sans Atout contre l'homme à la dague, Éditions Rageot - 1971
  • Sans Atout et le cheval fantôme, Éditions Rageot - 1971
  • Les pistolets de Sans Atout, Éditions Rageot - 1973
  • Sans Atout, l'invisible agresseur, Éditions Rageot - 1984
  • Sans Atout dans la gueule du loup, Éditions Rageot - 1984
  • Sans Atout, une étrange disparition, Éditions Rageot - 1985
  • Sans Atout, le cadavre fait le mort, Éditions Rageot - 1987
  • Sans Atout, La vengeance de la mouche, Éditions Rageot - 1990
     

Série Arsène Lupin :

  • Le secret d'Eunerville, Le Masque - 1973
  • La Poudrière, Le Masque -1974
  • Le Second visage d'Arsène Lupin, Le Masque 1975
  • La Justice d'Arsène Lupin, Le Masque - 1977
  • Le Serment d'Arsène Lupin, 1979
     

Adaptations au cinéma

  • Les Diaboliquesde Henri-Georges  Clouzot, 1955, avec Simone Signoretet Paul Meurisse, adapté de Celle qui n'était plus
  • Diabolique de Jeremiah Chechik, 1996, avec Isabelle Adjaniet Sharon Stones adapté de Celle qui n'était plus
  • Les Visages de l'ombrede David Easy
  • Sueurs froidesd’Alfred Hitchcock,1958, avec James Stewart, Kim Novak, adaptéde D'entre les morts
  • Les Louves de Luis Saslavsky, 1957, avec François Périer, Micheline Presle, Jeanne Moreau,çois>
  • Les Magiciennes de Serge Friedmann, 1960, avec Jacques Riberolles, Alice Kessler
  • Meurtre en 45 tours de Étienne Périer, 1959, avec Danielle Darrieux, Michel Auclair, adapté de À cœur perdu
  • Maléficesde Didier Decoin, 1961, avec Juliette Gréco, Jean-Marc Bory
  • Maldonne de Sergio Gobbi,1968, avec Pierre Vaneck, Elsa Martinelli, Robert Hossein
  • Les victimes, de Patrick Grandperret, 1996, avec Vincent Lindon, Jacques Dutronc, Karin Viard
     

À la télévision

  • L’ingénieur aimait trop les chiffres, téléfilm de Michel Favart, 1989
  • Le train bleu s’arrête treize fois, 1965-1966