Christian Ranucci

L’affaire Christian Ranucci a fait couler beaucoup d’encre depuis les faits en 1974. Sa culpabilité dans le meurtre de Marie-Dolorès Rambla reste une énigme. Après un procès rapide et pleins de contradictions, il est condamné à mort et guillotiné le 28 juillet 1976. Une condamnation qui a été le porte-drapeau de la lutte contre la peine capitale.

Les faits se sont déroulés en juin 1974 à Marseille. Le 3 juin, Marie-Dolorès Rambla, huit ans, est enlevée à la cité Sainte-Agnès, quartier de la cité phocéenne. Alors qu’elle jouait avec Jean, son petit frère de six ans, un homme qui dit chercher son chien la fait monter dans sa voiture, une Simca 1100 grise, selon les dires du petit frère.

Au même moment, Christian Ranucci, jeune niçois de vingt ans, conduit son coupé Peugeot 304 gris et heurte une voiture à vingt kilomètres de Marseille et prend la fuite. Sa voiture s’embourbe quelques heures après dans une champignonnière à un kilomètre de l’accident. Le couple Aubert relève sa plaque d’immatriculation, ce qui permettra de l’identifier. Ils affirment aussi avoir vu un homme sortir de la voiture «chargé d’un paquet assez volumineux».

Christian Ranucci

Les deux affaires n’ont rien à voir. Et pourtant, le corps de la fillette est retrouvé deux jours plus tard à proximité de la champignonnière, tout près d’un pull-over rouge.

C’est à partir de là que le simple accrochage va devenir une véritable descente aux enfers pour Christian Ranucci. Il devient le suspect n°1 du meurtre de la fillette.

 

Christian Ranucci - Des aveux et un pull-over rouge

Il est arrêté le 5 juin et 17 heures plus tard, il craque et avoue le meurtre de Marie-Dolorès. Aveux qu’il réitère devant le juge d’instruction. Il tente d’expliquer son geste, son affolement. Le meurtre n’était pas prémédité, il ne l’a poignardée que lorsqu’elle s’est mise à crier et à se débattre. En revanche, il nie fermement avoir eu en sa possession un pull-over rouge.

Pendant toute l’instruction, Christian Ranucci ne scille pas. Il reconnaît tout et ne montre aucun remord. Bizarrement, il s’attarde sur des faits très « terre à terre», comme sa vitesse en grillant le stop ou ce fameux pull-over rouge.

Lors de la reconstitution du meurtre, Christian devient comme amnésique. Il ne cesse de pleurer et de répéter: «je me souviens de l’accident mais après plus rien».

Christian Ranucci

L’instruction se déroule de manière assez étrange. Certains éléments de l’enquête accablent le jeune Christian comme le témoignage des époux Aubert. Ceux-ci ont changé de version et affirment maintenant que l’homme qu’ils ont vu prendre la fuite après l’accident était accompagné d’un enfant «parlant d’une voix fluette». En revanche d’autres éléments sont plus troublants. Notamment le fait que le frère de la victime ne reconnaît pas Ranucci ni sa voiture; ou encore ce pull-over rouge, qu’on lui demande d’essayer et qui est trois fois trop grand pour lui.

Depuis la reconstitution, Ranucci est revenu sur ses aveux. Il nie tout en bloc et s’apprête à affronter le jury de son procès.

Entre l’instruction et l’ouverture du procès, il s’est passé un fait assez marquant. Lors de l’une des visites de la mère de Christian à la prison, une femme, Madame Mattéi, lui apprend que sa fille aurait été victime de tentative d’enlèvement quelques jours seulement avant celui de Marie-Dolorès. L’homme avait dans les trente ans. Il portait un pull-over rouge et conduisait une Simca 1100.

Cet évènement a été rapporté aux autorités policières, mais les procès verbaux de ses auditions ont mystérieusement disparu.

 

Christian Ranucci - La peine de mort en cause

Le procès s’ouvre le 9 mars 1976. Soit juste après l’affaire Patrick Henry.

Incarcéré aux Baumettes depuis plus d’un an et demi, Christian Ranucci arrive au tribunal rempli de haine à l’égard de la justice. Il se montre insensible, il toise les jurés et ricane même parfois lorsqu’il entend le portrait que l’on dresse de lui. Son attitude choque les jurés et le public, qui, presque deux ans après les faits, n’ont toujours pas oublié le meurtre de Marie-Dolorès Rambla.

Quand le moment est venu pour lui de parler, il essaie en vain d’expliquer pourquoi il a inventé cette histoire d’homicide. Mais la machine judiciaire est en route. Et l’assassinat du petit Philippe Bertrand (par Patrick Henry) n’aidera pas Christian Ranucci à échapper à la peine capitale.

Il est condamné à mort le 10 mars 1976. Il est guillotiné le 28 juillet 1976, soit cinq ans avant l’abolition de la peine capitale en France.

Cette affaire a longtemps fait parler d’elle parce que Christian Ranucci est  l’avant-dernier exécuté français. Mais aussi parce que cette histoire est pleine de contradictions. Jusqu’à la fin, Christian Ranucci a nié être le bourreau de Marie-Dolorès. Sur l’échafaud, il a demandé à ses avocats: «Réhabilitez-moi!»

Le pull-over rouge

Un de ses avocats, Maître Le Forsonney, et l’écrivain Gilles Perrault (auteur du livre Le pull-over rouge) ont analysé l’enquête et ses défauts. Aucun n’a pu faire ré-ouvrir le dossier, malgré de « faux aveux» de Michel Fourniret en 2006.

De toute cette histoire, Michel Foucault (Le Nouvel Observateur, 11 septembre 1978) a dit : «Ranucci, guillotiné le 28 juillet 1976 était-il innocent de l’assassinat d’une fillette, deux ans plus tôt? On ne le sait toujours pas. On ne le saura peut-être jamais. Mais on sait, de façon irréfutable, que la justice est coupable. Coupable de l’avoir, avec cinq séances d’instruction, deux jours d’assises, un pourvoi rejeté et une grâce refusée, mené sans plus hésiter à l’échafaud ».

Son histoire a en tout cas abouti à une profonde remise en cause de la peine de mort en France. Dans son discours plaidant pour l'abolition de la peine de mort du 17 septembre 1981, le Garde des Sceaux Robert Badinter évoque ainsi l’affaire Ranucci: «Christian Ranucci: je n'aurais garde d'insister, il y a trop d'interrogations qui se lèvent à son sujet, et ces seules interrogations suffisent pour toute conscience éprise de justice, à condamner la peine de mort. »

Michel Foucault avait raison. Aujourd’hui encore, personne ne sait si Christian Ranucci était le meurtrier de Marie-Dolorès Rambla ou si c’est la justice qui a assassiné le jeune Christian Ranucci.

Christian Ranucci - l'affaire en quelques dates

  • 3 juin 1974: enlèvement de Marie-Dolorès Rambla
  • 3 juin 1974: accident de la route de Christian Ranucci
  • 5 juin 1974: arrestation de Christian Ranucci
  • 6 juin 1974: aveux de Christian Ranucci
  • 9 mars 1976 : ouverture du procès de Christian Ranucci
  • 10 mars 1976 : condamnation à la peine capitale
  • 17 juillet 1976 : rejet du pourvoi en cassation
  • 27 juillet 1976 : refus de la demande de grâce par le Président Valéry Giscard d’Estaing
  • 28 juillet 1976 : Christian Ranucci est guillotiné.

Christian Ranucci - Bibliographie et filmographie

Bibliographie 

  • Le Pull-Over rouge de Gilles Perrault, aux éditions Ramsay, 1978
  • Jusqu’au 28 juillet 1976 : Ecrits d’un condamné de Christian Ranucci, textes réunis par sa mère, Héloïse Mathon, aux éditions Hachette, 1980.
  • L’énigme Christian Ranucci de Maurice Périsset, aux éditions Fleuve Noir, collection «  Crime Story, 1994.
  • L’affaire Ranucci de Karin Osswald aux éditions J’ai lu, collection «  crimes et enquêtes » 1994
  • Christian Ranucci : 20 ans après signé par un collectif, aux éditions Julliard, 1995
  • L’affaire du pull-over rouge, Ranucci coupable !de Gérard Bouladou, aux éditions France Europe, 2005
  • Le fantôme de Ranucci de Jean-François Le Forsonney, aux éditions Michel Lafon, 2006
  • L’ombre de Christian Ranuccide Gilles Perrault aux éditions fayard, 2006

Filmographie

  • Le Pull-over rouge, film sorti en 1979 et adapté du livre de Gilles Perrault, réalisé par Michel Drach, avec Serge Avedikian.
  • L’affaire Christian Ranucci : Le combat d’une mère, téléfilm de 2007 avec Alexandre Hamidi et Catherine Frot

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