Commissaire Broussard

Connu pour sa participation au dénouement polémique de la cavale de Jacques Mesrine en 1979, le commissaire Broussard fut surtout une figure de la PJ des années 70 et 80, où grand banditisme rimait avec violence. Reconnu pour ses qualités de négociateur hors-pair, il fut sollicité dans les affaires de prises d'otages, de terrorrisme ou d'enlèvement. Fondateur de l'unité d'élite RAID, il dédia sa vie à la police.

Le commissaire Robert Broussard est entré dans la police par la petite porte. Né en 1936 en Charente-Maritime, il est engagé en 1960 au commissariat d'Argenteuil, en région parisienne, comme commis aux écritures. Son ascension dans la police est rapide puisqu'en 1969, il est nommé officier de police judiciaire, c'est-à-dire commissaire. Il devient alors un des policiers les plus connus de France durant les années 70 et 80. Affecté à l'antigang, il est chargé de lutter contre le grand banditisme, les enlèvements, nombreux à l'époque, les prises d'otages, les assassinats. En 1983, il est nommé en Corse, où il est chargé de lutter contre le terrorisme. Sur la demande du Ministre de l'Intérieur de l'époque, il fonde en 1984 le RAID, unité d'élite de Recherche, Assistance, Intervention, Discussion, qui intervient lors des prises d'otages, d'évènements graves. Puis, il s'attaque à la lutte contre le trafic de stupéfiants. Il prend sa retraite en 1997 après 38 années dans la police française, avec le grade de préfet.

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Broussard

Les années 70 sont ponctuées d'affaires d'enlèvements et de prises d'otages. Les affaires de terrorisme commencent. La violence est extrême. Les tués sont nombreux dans le grand banditisme. Les policiers sont exposés. Aux commandes de l'antigang, le commissaire Broussard est aux premières loges dans de nombreuses affaires. Parmi les plus connues, citons la lutte contre la French Connection au début des années 70, l'affaire café du Thélème en 1975, où les policiers se sont faits manipuler par le clan des Siciliens pour éliminer la bande de Zemour, l'enlèvement du baron Empain en 1978, la prise d'otage de l'ambassade d'Irak à Paris en 1978, la traque de Jacques Mesrine en 1979 et la prise d'otages du palais de justice de Nantes en 1985. Mais les affaires qui ont le plus marqué le commissaire Broussard ne sont pas forcément les plus connues, au contraire.

 

La Méthode Broussard

Certes l'enlèvement du baron Empain en 1978 l'a marqué. La fortune et les relations de l'homme d'affaire belge, le montant de la rançon exigée (85 millions de francs, soit 12 millions d'euros de l'époque), l'absence totale de piste au départ de l'enquête, la phalange coupée de la victime retrouvée dans une consigne de la gare de Lyon, et pour finir la médiatisation de l'affaire ont contribué à mettre de la pression sur l'équipe de Broussard. Pendant 2 mois, les ravisseurs ont lancé la police sur de fausses pistes, organisant des rendez-vous bidon, exposant les policiers. Dans cette affaire, tout a été mis en place: surveillance jour et nuit, filatures. C'est finalement 2 mois après l'enlèvement, lors de la remise de la rançon qu'un des ravisseurs est arrêté, un autre tué. Devant l'échec de l'affaire, la tête pensante du groupe relâche le baron Empain sur un terrain vague à Ivry-sur-seine. L'issue heureuse de cet enlèvement est une victoire pour l'équipe de Broussard.

Pour le commissaire Broussard, la police c'est une équipe, un groupe. C'est l'équipe qui réussit, jamais un homme seul. Pas une semaine ne se passe encore aujourd'hui sans qu'il reçoive un coup de fil de l'un des  gars, comme il le dit lui-même.

Si Robert Broussard est entrée dans la police sans faire l'école des commissaires, il a développé une méthode mettant en avant la négociation. Formé à la psychologie sur le tas, par goût et par choix, il a toujours privilégié la négociation dans le règlement des affaires. Pour lui, en effet, la négociation est une arme d'intervention comme une autre. Les armes à feu ne doivent intervenir qu'en dernier recours. Se faisant passer soit pour un pompier, soit pour un émissaire du Président de la République de l'époque, le commissaire Broussard a ainsi réussi à neutraliser des preneurs d'otages ou des tueurs. Mais au prix d'une grande fatigue et d'un certain malaise à manipuler ainsi des hommes, fussent-ils de dangereux criminels.... Aux dires de Broussard, la négociation est une arme épuisante psychiquement et physiquement, le commissaire naviguant en permanence entre la confiance qu'il devait afficher et l'appréhension qu'il ressentait.

 

Le Flagrant délit, la récompense suprême

Pour Broussard, il y a deux façons d'arrêter les malfaiteurs. La première méthode consiste à enquêter après coup, recherchant des indices, des pistes, des témoins, arrêtant des complices. Mais dans le grand banditisme, le silence est de rigueur parmi les complices et les aveux sont rares. La deuxième méthode consiste à prendre les malfaiteurs en flagrant délit. C'est la récompense suprême. L'enlèvement "accompagné" du banquier Bernard Mallet en 1977 en est la parfaite illustration.

L'équipe du commissaire était en planque à Montmartre un soir, surveillant des malfaiteurs suspectés d'agressions à domicile la nuit, dans les beaux quartiers de Paris. Tout à coup, devant les policiers, sort du bistrot voisin un homme totalement ivre. C'est un belge bien connu des services du commissaire Broussard. L'équipe de sépare en deux et le belge est pris en filature jusqu'à son domicile près du parc des Princes à Paris. Si le belge est à Paris, un coup se prépare, c'est sûr. C'est le début d'une des plus belles filatures de la police française. Pendant 4 mois, les équipes de l'antigang vont suivre le belge, et identifier une équipe de 12 personnes, dont certains étaient soupçonnés d'avoir déjà participé à des enlèvements. L'équipe des malfaiteurs est partagée en trois: les têtes pensantes, la logistique (ceux qui volent et maquillent des véhicules) et les ouvriers (qui aménagent de faux magasins d'antiquités, font du trafic de meubles).

Après près de 4 mois de filatures, les malfaiteurs ne sont toujours pas passés à l'action. Les policiers sont traversés par le doute. Sont-ils vraiment sur une piste sérieuse? Mais un jour, les choses bougent, les policiers sentent que le coup approche. Direction le bois de Boulogne, où l'équipe est là en tenue de jogging. Idem pour les policiers : en joggeurs, en promeneurs de chien... Les malfaiteurs chronomètrent des itinéraires, repèrent les rues les moins encombrées. 2 jours plus tard, ils passent à l'action. Leur cible: un promeneur, aspergé de gaz lacrymogène et enlevé dans une voiture, puis mis dans une malle en bois. Toujours suivie par la police, la malle est amenée dans un pavillon du Plessis-Robinson, en banlieue parisienne. Les policiers sont là en embuscade. Au bout de quelque temps, petit à petit les malfaiteurs sortent du pavillon. Les équipes du commissaire Broussard les prennent en filature et les arrêtent les uns après les autres à quelques kilomètres du fameux pavillon. Finalement, après négociations, ils retournent au pavillon avec le chef de la bande. Le pavillon était piégé par une grenade, reliée à un fil. Sur ordre de son chef, le gardien de la victime se rend. Les policiers retrouvent la victime à la cave, enchaînée sur un matelas. L'enlèvement du banquier Bernard Mallet prend fin au bout de quelques heures. Pour le commissaire Broussard et ses équipe, c'est la fin de 4 mois d'enquête et un flagrant délit indiscutable.

 

Un flic comme on n'en fait plus

Toute sa vie fidèle serviteur de la République, le commissaire Broussard est demeuré pendant 38 ans loyal envers ses supérieurs. Comment ce grand policier a-t-il pu garder ses illusions sur le pouvoir après avoir traversé tant d'épreuves, servi tant de ministres, dénoué tant d'affaires?

Que ce soit à l'antigang, en Corse ou plus tard, fondant le RAID, le commissaire Broussard a toujours évité les embrouilles, inhérentes à la fréquentation des hautes sphères de l'Etat.... Car l'important pour lui est ailleurs: il défend les citoyens, du plus puissant au plus vulnérable. D'ailleurs, jamais il n'a voulu quitter la police, l'action. Mystère et charme du personnage. Français toujours, cocardier souvent, Broussard persiste et signe aujourd'hui dans ses diatribes contre la thèse de la mort de Jacques Mesrine défendue par le film Mesrine ennemi public n°1. Celui-ci laisse entendre que Mesrine a été «assassiné» en 1979 par des policiers qu'il dirigeait alors. La justice lui a pourtant donné raison en 2006: la Cour de cassation a alors clairement affirmé qu'il y avait eu des sommations et que les policiers étaient en situation de légitime défense.

Le commissaire Broussard, un policier d'une autre époque, qui luttait contre des bandits aujourd'hui disparus...

 

Le commissaire Broussard en quelques dates

  • 1936: Naissance en Charente-Maritime
  • 1960: Commissariat d'Argenteuil, commis aux écritures
  • 1961: Officier de police adjoint
  • 1969: Officier de police judiciaire (commissaire)
  • 1982: Commissaire divisionnaire
  • 1983: Commissaire de la République, délégué pour la police en Corse
  • 1984: Fonde le RAID
  • 1986: Directeur central des polices urbaines, chargé de la lutte contre l'usage et le trafic de stupéfiants
  • 1992: Direction du service central de la lutte conter l'immigration
  • 1997: Retraite
     

Bibliographie

  • Mémoires, de Robert Broussard édition revue et augmentée, éditions Stock, 2005