Ed Gein

Edward Theodore Gein est un tueur en série américain du milieu du 20ème siècle. Si, officiellement, il n’a été reconnu coupable que deux meurtres, beaucoup d’autres lui sont visiblement imputables. Sa particularité: il se servait de la peau de ses victimes pour fabriquer des objets aussi divers que variés.

Edward Theodore Gein nait en aout 1906 à La Crosse, petite bourgade du Wisconsin, dans le nord des Etats-Unis. Dans la famille Gein, on trouve George, le père, Augusta, la mère, Henry, l’ainé et Ed, le cadet. George, fermier, est alcoolique. Augusta élève ses enfants dans un fanatisme religieux, qui consiste à ne leur enseigner que les préceptes de la bible et à les couper du reste d’un monde en perdition, rongé par le vice. Augusta est une femme forte et n’a pas de mal à imposer ses idées à ses enfants et son mari, plus faible de caractère, qu’elle méprise au plus au point. Elle consent, bien obligée, à laisser ses enfants aller à l’école, mais les en retire au plus vite, lorsqu’ils atteignent l’âge de treize ans. Mis à bout par les réprimandes constantes de sa femme, George commence à la battre, et sombre davantage dans l’alcool.

C’est dans ce contexte que grandit Ed Gein, endoctriné à vouer un véritable culte à sa mère. En 1914, la famille emménage dans une ferme isolée, pour, selon Augusta, s’éloigner des influences néfastes de la ville. De cette ferme située aux abords de Plainfield, Ed Gain ne déménagera jamais. En grandissant, les liens entre Edward et Augusta se resserrent. Henry, de son côté, prend de la distance vis à vis de l’autorité maternelle. Les deux garçons deviennent vite des jeunes hommes dont le travail au village est apprécié. Ils travaillent comme «hommes à tout faire», Ed Gein fait même souvent du baby sitting.
 

Les débuts de la folie

En 1940, George meurt d’une crise cardiaque. Père absent et effacé, il ne manque pas à ses enfants. Augusta voit là ses prières enfin exaucées. Mais, dégagé de l’image du père, Henry prend de plus de plus de liberté vis à vis de sa mère. Il la critique ouvertement et cherche son indépendance, ce qui déplait vivement à Edward.

Le 16 mai 1944, un feu de broussaille se déclare et menace de se rapprocher de la ferme des Gein. Henry et Edward partent tenter de l’éteindre. Quand ils y parviennent enfin, Edward rentre seul à la maison et déclare à la police la disparition de son frère. Quand les officiers arrivent pour fouiller les environs de la ferme, Ed les conduit directement au corps sans vie du soi-disant «disparu». Henry est allongé sur un bout de terre qui n’a pas brûlé et porte à la tête des marques de coups. Mais au village, on connaît Ed Gein comme un garçon timide, gentil, serviable, incapable de faire du mal à une mouche, et encore moins à son frère. Le coroner déclare qu’Henry est mort d’asphyxie suite aux fumées de l’incendie.

Mais tout bascule vraiment pour Edward à la fin de l’année 1945. En effet, le 29 décembre, Augusta meurt à la suite d’une série d’attaques qui l’ont fortement affaiblie. Ed Gein a 39 ans, il se retrouve seul, abandonné dans un monde qu’on lui a inculqué comme terriblement hostile.

Dans la ferme, il condamne toutes les pièces utilisées par Augusta pour les garder en état, telles des reliques, et n’utilise plus que la cuisine et une petite chambre attenante. L’État lui verse une allocation pour laisser ses terres en jachère, et il complète ses revenus par des petits boulots. Mais petit à petit, il sombre dans la folie. Il commence à se passionner pour le morbide, lit tout ce qu’il trouve sur les rites mortuaires, et n’achète les journaux locaux que pour les nécrologies.

Aussi, il commence à s’intéresser à l’interdit absolu de sa mère: les femmes. Très vite, le sexe et la mort deviennent ses deux seuls préoccupations. Un jour, il lit dans le journal qu’une jeune femme vient d’être enterrée. A la nuit tombée, il part au cimetière, déterre le cadavre et le viole. Bien qu’Ed Gein n’ait jamais reconnu avoir eu de rapports sexuels avec les cadavres qu’il déterrait, beaucoup d’éléments semblent le prouver. Commence alors sa carrière de nécrophile. Mais plus encore, c’est ce soir là qu’Ed Gein commence à dépecer nombre de cadavres. Il récupère les peaux, les traite et s’en fait des vêtements. De même, il en garde des morceaux, surtout des têtes. 

Si plusieurs témoins affirment avoir vu des choses étranges chez Ed Gein, personne ne réagit dans le petit village et ne prend vraiment ces histoires au sérieux. 
 

Des disparitions inexpliquées

A partir de 1947, les alentours de Plainfield sont secoués par une série de disparitions. Tout d’abord, le 1er mai, à Jefferson, une ville voisine, la petite Georgia Weckler, 8 ans, disparaît sur le chemin entre sa maison et son école. Personne ne la reverra, et les seuls indices dont dispose la police sont des traces de pneus appartenant à une Ford. En novembre 1952, Victor Travis et Ray Burgees s’arrêtent dans une taverne de Plainfield avant de partir à la chasse. Il ne réapparaitront plus jamais une fois le bar quitté. En octobre 1953, Evelyn Hartley, 15 ans, disparaît à La Crosse, lors d’un baby sitting. On retrouvera de nombreuses traces de sang et ses vêtements, mais jamais le corps.

En décembre 1954, c’est au tour de Mary Hogan, tenancière de bar à Plainfield, de disparaître. On retrouve son sang sur le sol du bar et du parking, ainsi qu’une cartouche de fusil vide. Sachant que Gein avait un penchant pour la jeune femme, un voisin plaisante de la disparition de Mary avec Edward. Timidement, il aurait répondu «Elle n’a pas disparu, elle est à la ferme». Le voisin, pensant qu’il plaisante, ne donne pas suite.

Fin 1957, c’est maintenant Bernice Worden, commerçante de Plainfield qui disparaît. Comme dans le cas de Mary Hogan, on retrouve son sang et une cartouche de fusil vide sur le sol du magasin. Le fils de Bernice Worden déclare qu’Ed Gein avait fait des avances à sa mère. Avances qui on été rejetées. Le soir du meurtre, un témoin affirme avoir vu Edward aux abords de la boutique. Dans le magasin, une facture est retrouvée au nom d’Edward Gein.

Le silence des agneaux, inspiré de l'affaire

Il n’en faut pas plus au shérif pour débarquer à la ferme de Gein. Ce qu’il trouve alors dépasse l’imagination. Un cadavre décapité et éviscéré pend dans la cuisine. Des têtes réduites ornent la cuisine et la chambre de Gein. La moitié d’un crane humain sert de bol, un fauteuil est tapissé de peaux humaines, tout comme un abat jour et des corbeilles à papier. Sur la table de la cuisine, emballé dans du papier, un cœur et des trippes. Des organes humains baignent dans des bocaux, d’autres sèchent dans des boites, des ossements jonchent le sol, d’autres sont retrouvés enterrés dans le jardin. Les policiers finissent par découvrir un costume entier fait en peau humaine, muni de vrais seins et d’un vagin séché.

Edward Gein est arrêté. Il avouera le meurtre de Bernice Worden. Il faudra plusieurs heures avant qu’il n’avoue également celui Mary Hogan. Pour chacun des meurtres, il dira avoir été dans un état second.

La police n’arrive pas à lui faire avouer les meurtres de Georgia Weckler, Victor Travis, Ray Burgees et Evelyn Hartley. Bien que les preuves soient nombreuses, comme la trouvaille d’une Ford lui appartenant et ayant, selon Gein, servi à transporter les cadavres de Worden et Hogan, elles ne suffisent pas l’inculper pour ces meurtres. La plupart des morceaux de corps et ossements trouvés chez lui correspondent à des tombes qu’il a profané, et il reviendrait trop cher au comté de les faire tous expertiser. Faute de moyens, l’enquête s’arrête.
 

Ed Gein face à la justice

Dans un premier temps, Edward Gein est déclaré mentalement incompétent et ne pu être jugé pour ses crimes. Enfermé en hôpital psychiatrique, il attendra dix ans son procès, lorsque la justice finit par le déclarer saint d’esprit. Ed Gein est donc jugé en novembre 1968.

Lors de son procès, il s’explique en disant avoir rêvé d’être une femme, avoir voulu savoir ce que cela fait d’avoir des seins et un vagin, et être fasciné par le pouvoir de séduction que les femmes ont sur les hommes. Il est jugé coupable de meurtres avec préméditation sur les personnes de Bernice Worden et Mary Hogan. Mais étant considéré mentalement incompétent lors de son arrestation, il est finalement déclaré irresponsable et non coupable. Ed Gein est acquitté.


Psychose

Renvoyé en hôpital psychiatrique, il y finira ses jours le 26 juillet 1984 des suites d’une embolie pulmonaire à l’âge de 78 ans. Selon les médecins, il était un patient modèle, courtois, serviable et intelligent. Il est enterré à Plainfield, aux cotés de sa mère.

Devenue une  véritable légende urbaine aux Etats-Unis, le cas du tueur en série Ed Gein inspira des films tel que Psychose d’Alfred Hitchcock, Le silence des agneaux de Jonathan Demne ou encore Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper.
 

Ed Gein en quelques dates

  • 27 Aout 1906 : Naissance à La Crosse, Wisconsin (EU)
  • 1914 : Installation dans une ferme reculée proche de Plainfield (Wisconsin, EU)
  • 16 mai 1944 : Mort mystérieuse de son frère ainé, Henry
  • 29 décembre 1945 : Mort de sa mère, Augusta Gein
  • 1946 : Premières profanations de tombes
  • Décembre 1954 : Meurtre de Mary Hogan
  • Novembre 1957 : Meurtre de Bernice Worden, arrestation par la police et internement en hôpital psychiatrique.
  • 1968 : Procès, condamnation pour le double meurtre de Mary Hogan et Bernice Worden, puis acquittement pour incompétence mentale.
  • 26 juillet 1984 : Mort d’une embolie pulmonaire à l’hôpital psychiatrique.