Ed Kemper

Il mesure 2 mètres 10 et pèse 130 kilos. Il parait sensible, voire débonnaire. Il fréquente régulièrement les bars et rêve d’intégrer la police. Pourtant, Edmund Emil Kemper III est aujourd’hui plus connu sous les noms de «l’Ogre de Santa Cruz» ou de «co-ed killer». Tueur en série cannibale et nécrophile, Ed Kemper a tué, mutilé et violé 8 victimes. Toujours vivant et incarcéré en Californie, c’est avec lui que l’on utilisera pour la 1ère fois et le terme de tueur en série, et les méthodes du profiling.

Les tueurs en série ont pour la plupart mené une vie difficile. Le cadre familial dans lequel ils évoluent est très souvent bancal, entre rejet, instabilité et violence. Ed Kemper en est un exemple probant.

Tout commence en 1948, le 18 décembre, dans le Montana, Edmund Emil Kemper III fils de Clarnell et d’Edmund Kemper Jr. voit le jour. Il a 2 sœurs, Susan et Allyn, un père ancien combattant du Pacifique devenu électricien et une mère considérée comme alcoolique par son mari.

En 1957, alors qu’Ed n’a que 9 ans, ses parents se séparent. À partir de ce jour sa mère le maltraitera constamment et sa sœur passera son temps à le frapper, allant même jusqu'à tenter de le pousser sous un train en marche. S’en suit une succession d’humiliations et de violences verbales à l’encontre du garçon. Quelques années plus tard, en 1963, Clarnell cède devant l’insistance de son fils et le laisse retrouver son père à Los Angeles. Fou de joie, les premiers temps furent parfaits aux yeux du jeune Ed, il avait enfin retrouvé la seule personne qu’il admirait et respectait réellement, son père. Mais, même lui, face à l’étrangeté de son fils devenu austère et sinistre depuis le divorce de ses parents, ne tarde pas à le rejeter.

Abandonné, trahi par son héros, Edmund ira vivre chez ses grands-parents. Tout commence par sa grand-mère. Cette femme lui rappelle son insupportable mère, il va donc la tuer de 2 balles dans la tête, assouvissant ainsi les pulsions violentes accumulées jusque là.
 

La naissance de l'Ogre de Santa Cruz

Selon Stéphane Bourgoin on ne naît pas serial killer, on le devient. Ed Kemper est devenu un tueur en 1964 lorsqu’il tue sa grand-mère d’un coup de fusil dans la tête. Il deviendra un tueur en série après son passage à l’hôpital d’Etat d’Atascadero, 5 ans plus tard.

En effet, après le meurtre de sa grand-mère, puis de son grand père quelques minutes plus tard, selon lui, pour éviter qu’il ne souffre, Ed Kemper se rend à la police. Encore mineur, il est placé sous l’autorité de la Californian Youth Autority, attendant que le juge pour enfant ne prenne une décision quant à son avenir. Il subira une batterie d’analyses psychologiques et sera déclaré schizophrène paranoïde, donc irresponsable de ses actes.

L'hôpital d'Etat d'Atascadero

Il est envoyé à l’hôpital d’Etat d’Atascadero et n’en sort que 5 ans plus tard, après avoir y avoir croisé un grand nombre de violeurs lui racontant leurs «exploits». Alors adolescent, l’éducation sexuelle du jeune homme sera inextricablement liée à la violence et à la domination. Ses fantasmes violents murissent en lui durant ces 5 années.

Il réussit à convaincre ses psychiatres de sa complète guérison et ressort de l’établissement sans trop de contraintes. Malgré les recommandations expresses de l’hôpital d’Atascadero, Ed Kemper est renvoyé chez sa mère. Le monde est alors passé d’une rigueur et d’un nationalisme triomphant aux révoltes de mai 68. Ed est plutôt conservateur, il se sent étranger à ces jeunes contestataires. Il se sent rejeté. Sa vie oscille entre dispute maternelle et bars à flics, notamment leur repère, le «jury room». Il rêve de devenir policier mais dépasse largement la taille limite. Les agents le connaissent bien, ils le surnomment Big Ed. Ils ne savent pas encore qu’ils seront amenés à le rechercher.

Les fantasmes d’Ed Kemper ne sont retenus que par un fil. Une dispute de trop avec sa mère rompra ce fil.

L'auto-stop, le must du tueur en série

« Cela m’a toujours étonné qu’elles aient continué à faire de l’auto-stop, même après la découverte des premiers corps. Elles me narguent du fait qu’elles s’octroient le droit d’agir comme bon leur semble. Cela me démontre que la société est aussi tordue que je le pense. C’est quelque chose qui me dérange: elles se sentent en sécurité dans une société où moi je ne le suis pas. » — Ed Kemper

Alors qu’il est embauché par les autoroutes californiennes, Kemper quitte enfin sa mère pour habiter à Alameda avec un ami. Il pense ainsi pouvoir s’éloigner de son tyran, en vain. Sa mère continue de l’appeler pour lui reprocher toujours plus.

En parallèle, Ed s’achète une voiture, une de celles qui ressemble le plus aux voitures banalisées de la police. Une de celles qui n’ont que 2 portes. Il se fournit en couteaux, quelques armes à feu aussi, les empruntant à des collègues. Durant cette période, il sombre aussi de plus en plus dans l’alcool.

Pendant un an, il arpente les autoroutes de Californie, prend des auto-stoppeuses et se prépare. Il teste leurs réactions, étudie ce qui les effraie et ce qui les rassure. Il observe leurs rapports à son physique, comment elles réagissent face à ses 2m10 de hauteur. Il trafique sa voiture de façon à pouvoir cacher ses armes sous son fauteuil, il bloque l’ouverture intérieure de la porte côté passager. Plus de 150 femmes passeront dans sa voiture, sans jamais se douter de ce à quoi elles ont échappé.

Puis le dimanche 7 mai 1972, il passe à l’acte.

Mary Ann Pesce et Anita Luchese, les 2 premières victimes d'Ed Kemper

« Vous vous demandez peut-être ce que l’on ressent à faire l’amour à un cadavre ? Ou quelle impression on éprouve assis sur son divan à regarder deux têtes coupées posées à vos côtés ? La première fois, ça vous rend malade... Pour vous faire partager mon état d’esprit de l’époque, que croyez-vous que je pense lorsque je croise une jolie fille dans la rue ? Une partie de moi se dit : ’Quelle chouette nana. J’aimerais lui parler et sortir avec elle’. Et l’autre moitié de moi pense : ’Je me demande à quoi ressemblerait sa tête, enfoncée sur un pieu’ » — Ed Kemper

Quelque uns des trophées d'Ed Kemper

Mary Ann Pesce, jolie brune de 18 ans et Anita Luchese, une blonde timide du même âge étudient toutes les deux à l’Université de Fresno. Ce dimanche 7 mai 1972, elles font de l’auto-stop pour rejoindre l’Université de Stanford après avoir passé quelques jours à Berkeley. Cette décision leur sera fatale.

Kemper les prend en stop, voit tout de suite qu’elles sont étrangères à la région et les emmène vers un terrain éloigné. Il poignarde Mary Ann qui se débat et doit s’y reprendre à plusieurs fois avant qu’elle ne finisse pas mourir. Il lui tranche la tête.

Anita, enfermée dans le coffre pendant le meurtre de son amie, est terrifiée. Elle obéit à Kemper lorsqu’il lui demande de sortir mais se fait tout de suite poignarder. Kemper avouera plus tard avoir été très surpris que les 2 jeunes femmes ne tombent pas immédiatement sous ses coups. Non, les 2 étudiantes ont lutté. Elles ne sont pas mortes tout de suite. Elles auraient certainement préféré…

Après une certaine réflexion, Kemper décide de ramener les corps chez lui. Son colocataire est absent, il aura le champ libre. Il dépose les corps dans sa chambre, les photographie, les démembre et a des relations sexuelles avec. Il recopie les pièces d’identité des jeunes filles avant de les brûler, ce sera une partie de son trophée.

Il jette les corps, garde les têtes quelques jours puis s’en débarrasse aussi.
 

L'obsession de la possession

« Lorsque je les tue, je sais qu’elles m’appartiennent. C’est la seule façon pour moi de les posséder. Je les veux pour moi seul. Qu’elles fassent un avec moi. Le fantasme des têtes coupées est un peu comme un trophée. C’est la tête qui fait la personne ». — Ed Kemper

Il ramène toujours ses victimes chez lui pour les violer. Au départ, il démembre ses victimes non seulement "par curiosité" et pour que les corps soient plus difficiles à identifier, mais aussi parce qu’il se livre au cannibalisme.

Alice Koo, l'une des victimes de Kemper

Il possède un stock de Polaroïds des corps de ses victimes, qu’il regarde souvent en fantasmant. Il a parcouru des centaines de kilomètres pour abandonner les morceaux de corps ou les corps dans des comtés différents.

Mais, à mesure qu’il tue, Kemper commence à prendre plus de risques et à faire nettement moins attention : il ne démembre plus ses victimes, il prend en stop Cindy Schall directement sur le campus de Santa Cruz et, finalement, il tue Rosalind Thorpe et Alice Liu directement dans sa voiture, sans même arrêter de conduire.

Il avait établi une liste de critères auxquels devaient correspondre ses victimes. Le plus important étant qu’elles doivent appartenir à une famille aisée. Il sera extrêmement déçu d’apprendre qu’Alice Liu n’étais pas «une fille à papa».

Certaines ont échappé à un destin atroce uniquement pour cette raison. Elles sont descendues de la voiture du tueur en série sans qu’il ne leur arrive rien. Sans avoir conscience de leur chance.

La fin d’un traumatisme, le meurtre de sa mère

Aux vacances de pâques, le 21 avril 1973, vers 4h ou 5h du matin il entre dans la chambre de sa mère, un marteau à la main. Il frappe fort et à plusieurs reprises sur le crâne de celle-ci.

Morte, il l’égorge, la décapite, tout en prenant soin de lui ôter le larynx, organe de la voix. Bien que les faits soient établis, il n’avouera jamais avoir joué aux fléchettes avec la tête et eu des rapports sexuels avec le corps.

Pour expliquer l’absence de sa mère il décide qu’elle est partie en vacance, mais se dit que pour rendre le tout crédible, elle devait être partie en compagnie d’une amie. Ainsi, il contacte Sara Hallett pour l’inviter à dîner, une soi-disant surprise pour sa mère, et la tue selon un mode opératoire similaire.

Après avoir passé quelque temps dans la maison de sa mère à observer les têtes, Ed Kemper quitte les lieux et se met à conduire durant des heures et des heures sans s’arrêter.

30 heures plus tard, épuisé, il décide de se rendre. L’ironie étant qu’il doit rappeler 3 fois avant que les policiers ne le prennent au sérieux. Ce n’est que le lendemain qu’ils se décident à venir le chercher. La police n’ayant pas fait le lien entre les victimes, Kemper aurait pu se contenter d’avouer uniquement les meurtres de ses grands-parents et de sa mère. Pourtant, il expliquera tout aux enquêteurs. Dans les détails. Leur racontant même les dédalles de ses pensées et fantasmes les plus profonds.

Ed Kemper emmène les policiers là où il a laissé les corps

Ed Kemper est toujours derrière les barreaux. Considéré comme un prisonnier exemplaire, il a accordé un grand nombre d’entretiens aux spécialistes, notamment du FBI.

C’est avec Ed Kemper que le FBI appréhendera pour la 1ére fois l’importance des fantasmes dans le cas des tueurs en série. Les victimes n’ayant aucun lien avec leur tueur, il est impossible de résoudre les affaires de tueurs en série sans se plonger dans leurs réflexions les plus intimes. Les étudier, les comprendre. Anticiper.

Ed Kemper avec un enquêteur

Ed Kemper - Dates clés et Bibliographie

  • Le 18 décembre 1948 : naissance
  • 1964 : tue ses grands parents et entre à l’hôpital d’Atascadero après s’être rendu à la police.
  • 1969 : Libéré de l’hôpital d’état
  • 7 mai 1972 : Naissance de l’ogre de Santa Cruz avec les meurtres Mary Ann Pesce et Anita Luchese
  • 21 avril 1973 : il tue sa mère et une amie de celle-ci
  • 22 avril 1973 : il se rend à la police après avoir conduit 30h durant. Il devra appeler à 3 reprises avant que les officiers ne le prennent au sérieux.

Bibliographie

L’ogre de Santa Cruz,
Stéphane Bourgoin, Méréal, 1998

Filmographie

Serial Killers : enquête sur une déviance,
Diffusé le 9 mai 1992 sur France 3

Paroles de criminels,
Diffusé le 20 juin 1993 sur Arte

 


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