Edgar Hoover

En 1924, Edgar Hoover accède au poste de directeur du Bureau Of Investigation en tirant sur toutes les ficelles dont il dispose.

Le BOI n'est alors qu'un bureau d'enquête sans pouvoir d'arrestation mais les méthodes des agents sont très critiquées et l'agence a mauvaise presse. Le président limoge le directeur et installe Hoover à la tête de ce qui va devenir le FBI.

 

Début de carrière

Dès son arrivée, Hoover impose des règles au FOI et réorganise toute la structure. Il bâtit en fait le 1er empire de l'information, officielle, officieuse, transversale et personnelle, tout y passe.

Rapidement, le FBI prouve sa nouvelle efficacité, les arrestations se multiplient, celle de John Dillinger en 1934 fait grand bruit.

Hoover et Melvin Privus en 1934

Hoover devient une star, le rôle des G-men est de faire la une des journaux tous les jours et le FBI doit être identifié à son chef.

La presse ne le critique pas, il lui fournit sans cesse du sensationnel. Hoover transforme un bureau d'enquête de seconde importance en un service de police exemplaire. En 1935, le FBI est né et sa réputation ne met pas longtemps à le précéder.

En parallèle, il développe les surveillances rapprochées de personnalités politiques entre autre. À l'approche de la 2nd Guerre Mondiale, il accumule les informations et obtient l'approbation de l’État pour des méthodes qui peuvent porter atteinte à la vie privée dans la mesure où la sécurité nationale est en jeu.

Hoover dans son bureau du FBI

Hoover a une définition très personnelle de la notion de sécurité nationale et on l'accuse d'avoir abusé des moyens mis à sa disposition à des fins personnelles.

Il déploie une machine de surveillance colossale. Écoutes, infractions, enregistrements, les protocoles illégaux sont nombreux, les agents du milieu les appellent les opérations sac noir.

 

Montée en puissance

Avec du recul certains historiens préfèrent le terme de Hooverisme à celui de Maccarthysme. Le chef du FBI suspecte tout le monde de sympathie pour les communistes. La chasse aux sorcières prend une tournure systématique et Hoover fait parler les informations qu'il récolte de manière souvent illégale. Ce sont les responsables du FBI qui décident seuls de qui constitue une menace pour la sécurité nationale.

A partir de 1937, Hoover s'attaque à toute la société américaine dans une véritablecroisade pour la défense des valeurs morales. Alors que son rôle est d'assurer la sécurité nationale et que l'homosexualité n'est pas un délit fédéral et n’est donc pas sous la coupe du FBI, Hoover fait des couples adultères et des homosexuels, une menace pour le pays.

Il les considère comme des proies faciles pour un chantage soviétique.

Il surveille des milliers d'américains, incluant les présidents pour lesquels il travaille. Hoover constitue ainsi une boite noire de dossiers classés ultra confidentiels qui ne sont pas entreposés avec le reste des archives fédérales à cause de leur degré de sensibilité.

Personne ne sait ce qu'ils contenaient exactement puisque la plupart ont été détruits à sa mort. De nombreuses rumeurs circulent sur le contenu de ces dossiers, on leur prête une valeur inestimable pour un éventuel chantage.

Hoover à travers ses dossiers maîtrise parfaitement les mécanismes du pouvoir, il poursuit ses objectifs en sous-marin, ceux de la consolidation du pouvoir du FBI.

L'image publique du personnage est à l'époque irréprochable. Edgar Hoover est un modèle de droiture, d'équité, de valeurs morales et surtout, il est partout.

 

La face cachée de l'homme le plus craint

À l'élection de John Fitzgerald Kennedy, la position de Hoover est menacée par Robert Kennedy, alors ministre de la justice qui entend fourrer son nez dans les affaires du FBI. Hoover qui ne supporte pas de devoir des comptes à qui que ce soit, ressort quelques dossiers confidentiels sur les aventures de John avec une ancienne espionne allemande et l'affaire se tasse d'elle-même.

Ni le Congrès, ni le pouvoir exécutif ne lui demandent de compte car le petit cahier noir qu'il amène à certains rendez-vous fait trembler.

Hoover derrière JFK

Mais Edgar Hoover est loin d'être l'homme parfait que reflète son image. Et s'il détient suffisamment d'informations pour régner sur le monde politique, certains usent du même processus pour faire pression sur lui, ce sont les hommes de la mafia et de son 1er ministre Franck Costello.

Hoover est passionné par le jeu, un vice qu'il présente comme un hobby sur les champs de course devant les journalistes à qui il jure ne jamais parier plus de 2 dollars.

Franck Costello, le 1er ministre de la mafia

Dans la réalité, les mises de Hoover sont d'autant plus importantes qu'il obtient directement ses informations des mafieux qui tirent toutes les ficelles sur ce terrain là. Ainsi Meyer Lansky et Costello deviennent des interlocuteurs réguliers de Hoover qui bâtit une partie de sa fortune sur des courses, faisant parier des agents pour son compte, d'après les informations qu'il tenaient des mafieux les plus dangereux du pays.

Meyer Lansky

Hoover passe ses vacances dans des hôtels dont il ne paie jamais les factures, ses repas sont toujours à l’œil, il représente un nouveau genre d'élite, très comparable à la mafia, qui se place au dessus des codes et des lois, soit qu'il la fasse, soit qu'il la transgresse allègrement.

 

Vie privée

Edgar Hoover et Clyde Tolson

De nombreuses rumeurs courent à l'époque sur la relation qu'entretient Hoover avec son bras droit Clyde Tolson. Le chef du FBI a recruté le jeune homme en tant qu'assistant en 1936 et depuis, ils ne se quittent plus. Ils arrivent toujours au bureau ensemble, déjeunent ensemble, partent en vacances ensemble... On découvre à la mort d'Hoover des centaines de photos de Tolson prises par Hoover.

Personne ne connaît réellement la nature de leur relation, certains la qualifient de fraternelle, surtout au sein du FBI. D'autres affirment avoir vu Hoover travesti dans une soirée échangiste, ce qui paraît étonnant pour un homme dont l'obsession du contrôle frôle la paranoïa.


Hoover et Tolson

Hoover se rend souvent au Stork Club avec Tolson. L'enseigne est tenue par des proches de Franck Costello. Micros sous les tables, vitres sans teint dans les toilettes, la mafia a les mêmes techniques que le FBI. Le surveillant général est donc à son tour surveillé.

Tout le monde à l'époque pense que la mafia a un moyen de pression suffisamment puissant sur Hoover pour que ce dernier continue de nier l'existence de la pieuvre. La nouvelle de son homosexualité aurait été une information de cet acabit. On parle d'une série de photos dont l'existence n'a jamais été prouvée mais qui auraient appartenu à Meyer Lansky.

 

Apalachin, un coup dur

En novembre 1957 à Apalachin NYC, Joseph Barbara dit Joe le barbier, accueille la plus grosse réunion de gangsters de l'histoire de la mafia. Une centaine de parrains venus de tout le pays, du Canada et d'Italie se retrouvent donc pour tenter de s'entendre et de se répartir les activités criminelles. Chacun voulant impressionner l'autre, les mafiosi arrivent dans des voitures toutes plus luxueuses les unes que les autres ce qui ne manque pas d'attirer l'attention de la police locale.

Alors qu'ils sont tous enfermés dans la demeure de Barbara, les policiers commencent à relever les plaques d'immatriculation. Dès qu'ils s'en aperçoivent, les parrains fuient pour la plupart à travers bois. Ils seront une soixantaine à être arrêtés ce jour là.

Vito Genovese, l'un des parrains les plus influents de la réunion

La pieuvre sort de l'ombre et la presse expose l'organisation criminelle. L'Amérique découvre l'ampleur du mouvement. Les autorités sont obligées de réagir, Hoover ne peut plus faire l'autruche.

Il demande à chaque antenne du FBI de dresser la liste des 10 mafieux les plus dangereux de leur région. Ce qui est ridicule et inefficace, car à Chicago les gangsters influents se comptent par centaines tandis qu'à Boston, seuls 2 ou 3 noms circulent.

Hoover perd de sa superbe dans cette opération car pris entre 2 feux, il n'apparaît pas comme l'homme de la situation aux yeux des américains. Il décide alors d'aller chercher du soutien à la Maison Blanche et se rapproche de Nixon.

Edgar Hoover et le président Nixon

Nixon demande carrément à Hoover de continuer les surveillances illégales sur lesquelles il a bâti sa carrière pour le compte de la Maison Blanche. Hoover refuse. Nixon décide de se séparer de lui après 46 ans à la tête du FBI. Hoover est convoqué pour un petit déjeuner avec le président et tout le monde attend la nouvelle du départ du chef du FBI. Mais l'annonce du licenciement d'Hoover n'arrive jamais. Que s'est-il passé durant ce petit déjeuner ? Personne ne le sait réellement. 

Hoover meurt chez lui en mai 1972 d'une crise cardiaque, Nixon est toujours à la tête du pays. Le chef absolu du FBI a droit à des funérailles nationales, normalement réservées aux présidents. Ses fameux dossier continuent de faire trembler. Le corps à peine refroidi, des agents du gouvernement retournent la maison d'Hoover pour rassembler tout ce qui peut être compromettant.

Clyde Tolson se retrouve veuf, il est hérite de tous les biens d'Hoover.

Helen Gandy

De son côté, Helen Gandy la secrétaire fidèle et dévouée d'Hoover, jure avoir détruit la plupart des dossiers confidentiels de son feu patron. Mais le doute subsiste... Personne n'a aucune preuve de ses dires même si l'on sait qu'elle ne détruit pas tous les dossiers. Que sont-ils devenus ? Ont-ils servis à d'autres menaces ou chantages ? Quel poids ont eu ces dossiers sur l'histoire ?

Rappelons la devise du FBI : Fidélité, bravoure et intégrité !

 

Edgar Hoover en quelques dates

1 janvier 1895: Naissance de John Edgar Hoover à Washington DC

1917: Diplôme de droit de la George Washington University

1921: Hoover entre au Bureau Of Investigation

1924: Hoover devient directeur du BOI

1934: Arrestation de John Dillinger, évincement de Melvin Privus

1935: Naissance du FBI, Federal Bureau of Investigation

1956: Mise en place du système Cointelpro

1957: Conférence d'Apalachin

1964: Hoover dirige les opérations dans l'enquête sur la mort de John Fitzgerald Kennedy

1971: Cointelpro est révélé au public, c'est un coup dur pour Hoover

1972: Décès de Hoover à son domicile

 

Bibliographie

J. Edgar Hoover directeur du FBI. Scandales sexuels et dossiers secrets
Darwin Porter
Original Books
2011

FBI : l'histoire du bureau par ses agents
Fabrizio Calvi et David Carr-Brown
Fayard
2010

FBI - Histoire d'un empire
Jacques Berlioz-Curlet
Éditions Complexe
2005

La Malédiction d'Edgar
Marc Dugain
Presses Pocket
2005

American Tabloïd
James Ellroy
Rivage
​​​​​​​1997

Le Plus Grand Salaud d'Amérique
Anthony Summers
Seuil
1995

Le Manuscrit Chancellor
Robert Ludlum
Presses Pocket
1994

 

Filmographie

J. Edgar
Clint Eastwood
2011

Public Enemies
Michael Mann
2009 

Hoover, dossiers secrets
Jason Cohn
2006

Nixon
Oliver Stone
1995 

Chaplin
Richard Attenborough
​​​​​​​1992