Estelle Mouzin

Elle était tristement devenue l'une des petites filles les plus connues de France. Mais des années après la disparition de l'enfant à la sortie de l'école, le 9 janvier 2003, on a toujours pas retrouvé Estelle Mouzin.

C'était un jour comme les autres à Guermantes en Seine et Marne. En tout cas c'est ce que pensent Eric et Suzanne Mouzin. Il est bientôt 18h00 et leur petite fille Estelle âgée de 9 ans doit rentrer de l'école à pied comme tous les jours. Mais à leur plus grande inquiétude, l'écolière n'apparait pas à l'heure prévue, ni plus tard.

Alertés, les secours se mettent tout de suite en quête de l'enfant. Avec un peu de chance, elle ne peut pas être bien loin, elle s'est sûrement égarée ou réfugiée quelque part. Le parcours qu'elle avait à faire n'était pas plus long qu'un kilomètre. Le lendemain même, les trois bassins gelés de Guermantes sont sondés dans l'espoir de trouver une trace et la police décide de fouiller de fond en comble le moindre centimètre carré du village. Les jours suivants sont consacrés à interroger les 1400 habitants sur leur emploi du temps et les habitations sont perquisitionnées et fouillées. Tous les moyens sont mis en place pour que la police ne passe pas à côté de l'enfant.

Certains habitants sont placés en garde à vue ou gardés plus longtemps au commissariat puis relâchés. Un seul indice permet de suivre une piste : parmi les témoignages des habitants, on apprend qu'un véhicule gris aurait été vu au moment de la disparition de l'enfant. Tous les véhicules correspondant à la description sont alors arrêtés. Un barrage est installé puis plusieurs autres. En quelques jours, il n' y a plus un recoin de Guermantes qui ne soit secret pour les policiers qui gardent le village sous haute surveillance. C'est la première fois qu'on déploie en France un dispositif d'une telle envergure pour la disparition d'un enfant. Un avis de recherche est diffusé partout au niveau national et international. Toute l'année 2003 sera consacrée sans relâche à la recherche d'Estelle. Le Ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy décide d'ouvrir un « groupe d'enquête permanent » et les habitants de Guermantes sont ré-interrogés encore, sans résultat.

Le 7 février, un homme est arrêté et condamné à trois ans de prison dont un avec sursis pour avoir faussement annoncé à plusieurs reprises la mort d'Estelle par téléphone à Suzanne Mouzin. La disparition de l'enfant semble inspirer certains de cynisme poussé à l'extrême. Par ailleurs, une des camarades de classe d'Estelle révèle qu'un homme avait importuné la fillette à plusieurs reprises trois semaines avant les faits. Son portrait-robot est diffusé partout. On interroge les anciens condamnés pour agression sexuelle sans résultat. Tous les pistes possibles sont méticuleusement investies et analysées. En vain. Une année passe et toujours aucune trace d'Estelle.
 

Fourniret ?

La Mouzin, qui ne cessent leur combat depuis le jour de la disparition, ont créé une association pour Estelle. Le 9 janvier 2004, un an tout juste après le drame, ils organisent une marche silencieuse dans les rues de Guermantes qui rassemble 1200 personnes. Certains artistes populaires qui se sentent concernés se joignent au cortège comme Charlélie Couture et Michel Delpech.

Jusqu'en mai 2004, aucune nouvelle ne vient alimenter l'enquête qui piétine. Les recherches sont au point mort. Au printemps, les arrestations recommencent. Plusieurs hommes sont arrêtés en région parisienne; on soupçonne leur possible implication dans cette affaire mais c'est finalement un flop. Ils sont relâchés.

Deux ans plus tard, le 20 juin 2006, alors que le tueur en série Michel Fourniret est déjà arrêté depuis trois ans  le parquet de Charleville, en charge du dossier transmet des éléments au parquet de Meaux. En effet, la personnalité du tueur et violeur semble correspondre avec le possible enlèvement d'Estelle. Et puis un autre indice révélateur: au moment de la fouille du domicile de Fourniret, Une cassette vidéo avec un enregistrement d'un reportage télévisé sur sa disparition  ainsi que des photos de la fillette sur son ordinateur ont été trouvées. 
Mais la police n'a aucun élément sérieux pouvant l'impliquer. Fourniret aurait de plus un alibi qui justifierait son absence de Guermantes au moment des faits. Pour la police, c'est une fausse piste. En 2013 les recherches ADN conclueront à l'absence de traces d'Estelle Mouzin dans la fourgonnette de Michel Fourniret. 

La vie reprend son cours et les parents d'Estelle continuent de vivre dans l'attente d'une piste sérieuse. De 2006 à 2008, rien ne fait progresser l'enquête. 

Un seul fait marquant qui a lieu le 16 janvier 2007 : une belge vient porter plainte pour tentative d'enlèvement. Les faits remontent pourtant à l'année 2002. Lorsque qu'on lui montre le portrait-robot de l'homme qui aurait importuné Estelle, elle affirme reconnaître le visage de son agresseur. 

 

Estelle Mouzin

Diffusé par la Police en 2010 : Estelle Mouzin en 2003, et vieillie par logiciel graphique. AFP/Police Nationale
 

Nouvelles pistes, nouvelles fausses pistes

Deux semaines après la marche silencieuse pour les 5 ans de la disparition d'Estelle, fin janvier 2008, la police est contactée par un journaliste qui enquête sur les restaurants asiatiques. Lors de son investigation il aurait appris la découverte d'un cadavre dans un restaurant de la région, à 25 km de Guermantes au Wok Royal de Brie-Comte Robert. Un cadavre de petite taille qui aurait été trouvé l'été précédent lors de rénovations. 
La police, qui croit alors tenir un indice primordial, fonce sur les lieux. Dès le lendemain, ils font vider le grand bassin d'eau qui gêne les fouilles et font percer la dalle de béton avec un tracto-pelle. Ils espèrent trouver des traces génétiques ou un échantillon qui permettrait d'identifier la victime. Ils interpellent aussi une dizaine de personnes qu'ils mettent en garde à vue. 
Eric Mouzin reste cependant tout en retenue: «Tout ça est extrêmement confus. J'attends d'avoir des certitudes. Mais j'ai mieux à faire que d'aller voir un restaurant chinois depuis un trottoir». Autant dire que le père d'Estelle n'y croit alors pas. 
Les autorités soupçonnent, elles, le propriétaire ou les ouvriers de s'être débarrassés du cadavre. L'ambiance est confuse. Finalement, le 1er février, la piste se révèle sans issue. Les ossements s'avéreraient être ceux d'un animal. Les témoins interrogés en fin d'enquête reviennent sur leurs mots et déclarent que c'est effectivement un corps d'animal qui a été retrouvé l'été précédent. Un quiproquo invraisemblable.

Estelle et Suzannz Mouzin

Enfin en janvier 2009, l'affaire connait un nouveau tournant. Le 17 janvier, un internaute fait part à la police d'une découverte troublante: en surfant sur Internet, il aurait découvert une photographie pouvant étrangement ressembler à Estelle Mouzin. 
Cette image tirée d'un site internet pédophile estonien hébergé aux Etats-Unis est aussitôt intégré à l'enquête. L'adolescente nue et maquillée pourrait avoir des traits similaires à ceux d'Estelle mais pour autant son père se dit «incapable» de la reconnaître. Les policiers français font aussi ressortir un vieux détail inscrit dans le dossier. En effet, Suzanne Mouzin aurait hébergé chez elle deux pèlerins polonais —la Pologne est proche de l'Estonie— et ce quelques jours avant la disparition de sa fille en 2003. Ces détails méritent de vérifier l'authenticité de la photo mise en ligne. 

La piste estonienne

Dans les jours qui suivent, les visages sont superposés et les autorités découvrent que les proportions correspondent. Le site Internet est alors placé sous surveillance. Le juge d'instruction décide de mobiliser deux commissions rogatoires internationales pour envoyer des policiers en Estonie. Finalement, ce sont les estoniens qui s'en chargent. En vérifiant sur place, ils demandent au créateur du site internet de justifier la date de mise en ligne de la photo. De leur côté, les français demandent une analyse photographique approfondie par un laboratoire. 
Les résultats conduisent à une nouvelle impasse : certitude est faite que la photo a été mise en ligne bien avant la disparition d'Estelle, depuis 2001. D'autre part, l'analyse du laboratoire révèlera que même vieillie, la photo d'Estelle Mouzin ne peut aucunement correspondre à celle du site pédophile.

En 2015, suite à un enlevement d'enfant en Meurthe et Moselle, l'affaire Eric Fauchart/Berenyss, des vérifications sont faites à la demande des parents, sans résultats.

La disparition d'Estelle Mouzin, 9 ans, sur le chemin de son école, en janvier 2003 à Guermantes, demeure un mystère.
 

Chronologie

  • Jeudi 9 janvier 2003 : Estelle Mouzin, 9 ans, disparaît vers 18H00 à Guermantes
  • 10 janvier : Une information judiciaire pour «enlèvement et séquestration de mineur de 15 ans» est ouverte à Meaux.
  • 12 janvier : l'emploi du temps des 1.400 habitants du village est vérifié. Leurs habitations seront ensuite perquisitionnées.
  • 13 janvier : Plusieurs personnes sont placées en garde à vue puis libérées. Un premier barrage est installé.
  • 14 janvier : Les 450 foyers de Guermantes sont fouillés. Des barrages sont dressés à toutes les sorties du village.
  • 15 janvier : la photo d'Estelle est diffusée à des milliers d'exemplaires en France.
  • 7 février : un homme est arrêté en Avignon pour avoir téléphoné plusieurs fois à la mère d'Estelle en lui annonçant sa mort.
  • 11 mars : le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy annonce a la création d'un «groupe d'enquête permanent».
  • 24 juin : Le portrait-robot d'un «témoin très important» est distribué. Une fillette de l'école d'Estelle a déclaré que cet automobiliste l'avait importunée trois semaines avant les faits.
  • 16 décembre : dans toute la France, 75 personnes condamnées depuis 20 ans pour agression sexuelle de mineur ou enlèvement d'enfant sont contrôlées sans résultat.
  • 24-25 mai 2004 : un homme et plusieurs de ses proches sont arrêtés dans l'Oise et la région parisienne, puis mis hors de cause.
  • 20 juin 2006 : le parquet de Charleville, en charge du dossier du tueur en série Michel Fourniret, transmet des éléments au parquet de Meaux.
  • 6 janvier 2007:  Fourniret est mis hors de cause.
  • 16 janvier 2007 : une jeune Belge victime d'une tentative d'enlèvement en 2002 en Belgique affirme reconnaître son agresseur dans le portrait-robot.
  • 31 janvier 2008 : Les enquêteurs fouillent le restaurant asiatique de Brie-Comte Robert à la recherche d'un cadavre.
  • 1er février: Les ossements se révèlent de provenance animale. La piste est abandonnée.
  • 17 janvier 2009: Un internaute prévient la police de la présence d'une photographie suspicieuse sur un site internet estonien.
  • 19 février 2009: La police peut affirmer que la photo n'est pas celle d'Estelle Mouzin. 

 

Bibliographie

Retrouver Estelle
d'Éric Mouzin et Véronique de Bure,
éditions Stock, 2011.

 


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