Femmes De Tueurs2

Qu'ils s'appellent Patrice Alègre, Guy Georges ou Francis Heaulme, qu'ils soient en prison, qu'ils aient été condamnés à plusieurs décennies de réclusion, qu'ils aient été reconnus coupables de meurtres et de viols, cela ne change rien lorsqu'on parle d'amour. Ainsi parlent les femmes qui sont tombées amoureuses de ces hommes condamnés et qui souvent les épouse alors qu'ils sont encore en prison. De nombreux cas sont répertoriés aux États-Unis et l'étiquette «a épousé un tueur reconnu coupable» donne presque des frissons, pas de peur mais d'excitation. Des sites internet racontent ces histoires, correspondre avec un détenu est très bien vu  dans certains milieux et les chrétiens exaltés soutiennent ce genre de relations. 

Qu'est ce qui pousse ces femmes vers ces hommes ? Comment se passe leur histoire ? Y'a-t-il des différences entre ce qui se passe en Europe et la situation américaine ? Voici quelques récits pour tenter de comprendre l'un des mystères de l'amour.

En France, l'histoire qui agite la presse et l'opinion publique en 2009 est celle de Laurence, 41 ans,  qui veut épouser Patrice Alègre, condamné à perpétuité pour 5 viols et 6 meurtres. Elle l'avait rencontré 3 mois avant son arrestation, ils n'étaient que copains à l'époque. Mais elle ne l'a pas laissé tomber, selon ses propres termes. Alors elle lui écrit en prison, puis ils s'appellent. Et c'est l'amour. Alors Laurence divorce de son mari en septembre 2009, pour pouvoir épouser Patrice qui l'a demandée en mariage au téléphone. Ils ne se sont pas vus depuis 12 ans. Mais c'est «l'homme de sa vie», Laurence est donc prête à attendre. Et il va lui falloir beaucoup de patience car Patrice Alègre a été condamné à la perpétuité avec 22 ans de sûreté en 2007. Autant dire qu'il aura quelques cheveux blancs en sortant. Mais elle l'aime, et l'amour ne s'explique pas, déclare-t-elle.

Patrice Alègre

Elle reconnaît que ce qu'il a fait est horrible mais pour elle c'est du passé et on ne s'en occupe plus. D'ailleurs elle connaît l'homme, Patrice, son homme, pas le tueur en série dépeint par la presse. Elle est amoureuse comme si elle avait 15 ans et elle est heureuse. Elle demande un droit de visite à la prison depuis plusieurs années mais cela lui est toujours refusé. C'est le chef de l'établissement qui a le pouvoir de décider si oui ou non le permis est accordé, dans la mesure où Laurence ne fait pas partie de la famille. Pas encore. Et le directeur de la prison a demandé une enquête de moralité sur Laurence avant de formuler sa réponse. Elle a été déclarée «fragile, vulnérable» et ayant «des problèmes sociaux». La réponse est non. Alors c'est Patrice Alègre qui demande son transfert dans une prison plus proche du domicile de sa future femme, la centrale d'Ensisheim. 

Le mariage prévu pour l'automne 2009, n'était toujours pas célébré en mars 2010. Laurence dit qu'elle se battra pour son droit de visite, parce que Patrice est adorable avec elle, qu'elle l'aime, qu'elle rêve du jour où ils se marieront mais surtout de celui où ils habiteront ensemble. 

 

Jane Eland et Francis Heaulme

Mais la Laurence de Patrice Alègre n'est pas une exception. Depuis Landru, les grands criminels provoquent une fascination chez certaines femmes. Dès les 1ers jours de son procès, Landru est inondé de courrier et reçoit plusieurs demandes en mariage.

Francis Heaulme quant à lui bénéficie du soutien d'un ancien mannequin milliardaire, Jane Eland. Cette richissime épouse d'homme d'affaire devenue veuve soudainement en 2002 se passionne étonnamment pour le cas de Francis Heaulme. Elle suit ce qu'elle peut de son histoire et décide finalement de lui consacrer un livre. Touchée par son enfance et son parcours de vie, Jane Eland dresse un portrait romancé du tueur qui sortira juste avant son procès.

Jane Eland

C'était comme un besoin irrépressible, elle y pensait nuit et jour, une obsession. Alors en 2 mois et demi, elle écrit un livre sur l'histoire de Heaulme. Elle n'obtient pas de droit de visite, mais écrit à Heaulme qui lui répond. «Il tue mais il est poli», voilà ce qu'elle déclare à la presse lorsqu'elle est interrogée au moment du procès où elle fait une apparition. Et elle lit aux journalistes la lettre que lui a envoyée le détenu. Il la remercie de son soutien, car elle lui envoie de l'argent chaque mois. Elle dit qu'elle trouve «ridicule» le huis clos imposé par la cour qui l'empêche d'assister au procès. On ne sait dès lors plus rien de leur relation.

Le tueur en série Francis Heaulme

 

Aux Etats Unis...

Aux États-Unis, les cas de femmes épousant des tueurs condamnés sont relativement élevés et suscitent un certain engouement. 

L'un des exemples les plus frappants, est celui des frères Menendez qui ont assassiné leurs parents en août 1980 pendant leur sommeil. Ils ont été arrêtés peu de temps après et leur procès a été sur médiatisé. Les 2 frères sont présentés comme des victimes d'abus multiples de la part de leurs feu parents, ce qui expliquerait leur acte. C'est durant la retransmission de ce procès que la mannequin Anna Eriksson voit Lyle à la télé et se sent très touchée par lui. Elle commence à lui écrire, puis ils correspondent pendant quelques années, puis Anna déménage à Los Angeles pour être plus près de Lyle. Ils finissent par se marier au téléphone. Ils ont divorcé depuis et Lyle a épousé une autre correspondante en 2003.

Anna Erikson

Le cas de Ted Bundy est très éloquent aussi. Condamnée pour meurtre, viol, nécrophilie...Ted Bundy est reconnu comme dépendant à la pornographie, fétichiste des pieds et maniaco-dépressif.

Accusé de plus de 30 meurtres, il est incarcéré dans la prison d'Orlando et se retrouve vite innondé de courrier féminin. Carol Ann Boone se distingue vite, elle aussi déménage en Floride pour se rapprocher de de Bundy, qu'elle épouse finalement et dont elle a une fille malgré l'interdiction des visites conjugales. On ne sait pas grand chose de leur vie, si ce n'est que Bundy a fini par mourir sur la chaise électrique en 1989, mais Carol Ann et lui avaient divorcé quelques années auparavant.

 

Le syndrome Hannibal Lecter

Certains spécialistes se sont penchés sur le phénomène des épouses de tueurs, qu'elles les aient épousés avant ou après leur condamnation. Stéphane Bourgoin en fait partie, depuis que sa compagne a été assassinée par un tueur en série en 1978. 

«Ces femmes sont fascinées par l'image du tueur brillant, cultivé et charmeur qui décide de la mort ou de la vie de ses victimes, un peu à l'égal de Dieu.» Fascination, attraction irrépressible, certaines décrivent des sentiments d'attachements très forts à certains tueurs. Soit qu'elles pensent pouvoir les sauver, soit qu'elles trouvent attractifs certains aspects sexuels des crimes. La plupart du temps, elles ont une existence terne et monotone et vont transcender leur existence en s'approchant d'un tueur. Certaines s'imaginent même qu'elles vont pouvoir le materner, voire l'entraîner sur la voie de la rédemption et le sauver. C'est d'ailleurs le cas de cette Monluçonnaise qui a écrit à Alègre.»

Le livre noir des tueurs en série, Stéphane Bourgoin

Voilà qui pourrait, éventuellement, expliquer ce genre d'attirance...

 

Bibliographie et Filmographie

  • Serial killers : enquête sur les tueurs en série
    Stéphane Bourgoin
    Grasset, 1999 
     
  • Portrait d'un tueur
    Jane Eland
    Ramsay
    2004

DVD

  • Dans la tête d’un tueur en série avec Stéphane Bourgoin 
    Stéphane Bourgoin
    Bach Films, 2010
     
  • Dans la tête d'un tueur
    Claude-Michel Rome, 2004