Gerald Lebovici

Éditeur, producteur, agent d'acteur, Gérard Lebovici a joué sur tous les tableaux du showbiz dans les années 70.

Créateur de la maison d'édition Champ Libre, il a été l'agent de Belmondo et découvert beaucoup de nouveaux talents comme Jacques Villerret ou Miou Miou. Grand ami de Guy Debord, il a soutenu ses créations avec un dévouement peu commun, radicalisant ses opinions en politique et ailleurs. Lebo est assassiné le 5 mars 1984 et le mystère plane toujours.

 

Gérard Lebovici, éditeur

Marque déposée : Éditions Champs Libre

Gérard Lebovici est très connu dans le monde de l'édition, car il a ouvert un nouvel horizon de publication en créant les éditions du Champ Libre juste après Mai 68 en France. Désireux de faire entendre toutes les voix, il décide de créer une maison d'édition à contre-courant qui pourrait explorer les univers de l'underground, de la contre-culture américaine, de la sexualité, de la science fiction. Lebovici veut publier dans l'air du temps, des textes anarchistes autant que des romans.

Il s'entoure d'une solide équipe comprenant sa femme, Floriana Chiampo ainsi que Gérard Guégan, un critique de cinéma qui se lance dans l'écriture et d'Alain Le Saux, un poète Breton. La maison n'a pas de ligne éditoriale claire mais cela ne pose pas de problèmes, Guégan et Lebovici s'entendent sur le choix des publications. Au catalogue, on retrouve des auteurs tels que Michel Giroud, Marc Dachy ou Andréi Nakov.

En 1971, Lebovici rencontre Guy Debord et décide de publier son ouvrage intitulé La Société du spectacle. Les 2 hommes deviennent très amis et l'on met souvent sur le compte de l'influence de Debord les décisions prises par Lebovici à cette époque. Quoiqu'il en soit, Lebovici renvoie en 1974 l'équipe de Champ Libre à l'exception de sa femme, arguant que certains voulaient en faire une maison d'édition commerciale classique dirigée par le besoin de rentabilité. Il reprend donc les rennes, intègre officieusement Debord à la direction artistique et développe avec sa femme de magnifiques collections de livres manufacturés, reliés et édités en couleur.

DR

Les livres édités par Champ Libre sont de très beaux objets, le catalogue se réduit tant Debord et Lebo peinent à trouver des écrivains dignes d'être publiés. Hors de toutes les normes du marché, la maison Lebovici est un concept qui peut tourner grâce à la fortune personnelle du dirigeant qui alimente régulièrement les caisses. Lebovici suit son intuition et ses convictions, il ne considère pas d'autres méthodes. C'est comme ça qu'il publie l'autobiographie de Jacques Mesrine en critiquant lourdement la loi qui confisque les droits d'auteurs des criminels en préface. Il achète également un cinéma, le Studio Cujas, qu'il dédie entièrement aux œuvres de Debord. Beaucoup critiquent ce qu'ils voient comme une absurdité, Lebovici tient bon et garde le cap.

A sa mort en 1984, c'est sa femme qui reprend la maison d'édition et la rebaptise du nom de son mari.

 

Lebo, homme de cinéma

Adolescent, Gérard Lebovici désirait devenir acteur. Il allait se lancer mais le décès de son père l'oblige à reprendre l'affaire familiale pour des raisons financières. Il tient donc un temps le commerce de poils et brosses dont il hérite, avant d'entrer dans le monde du cinéma, non comme acteur mais comme impresario. Doté d'un sens des affaires hors du commun, il parvient à fonder sa 1ère agence en 1960. Jean-Pierre Cassel fait partie de ses 1ers clients, mais la liste s'allonge rapidement et Lebo fait fortune.

Visionnaire et entrepreneur, il rachète d'autres agences, récupère de prestigieux clients comme Jean-Paul Belmondo et finit par créer un business dont il maîtrise les tenants et les aboutissants. D'imprésario reconnu, il devient producteur pour les films d'Alain Resnais, d'Éric Rohmer et de François Truffaut et crée la société de production AAA (Acteurs Auteurs Associés). Très en avance sur son temps, il met en place dès la fin des années 60 l'agence européenne Art Média qui réunit dans un même groupe des acteurs, des auteurs, des scénaristes et des réalisateurs, sur le modèle américain.

Pour cette entreprise il choisit Bertrand de Labbey, Jean-Louis Livi et Serge Rousseau comme collaborateurs. Ensemble ils découvrent toute une génération de nouveaux talents dont les noms sont aujourd'hui célèbres. Dans les rangs d'Art Média, on trouve Isabelle Adjani, Coluche, Fanny Ardant, Gérard Depardieu, André Dussollier, Jacques Weber... Ces artistes font la renommée et la fortune d'Art Média, qui existe encore et représente plus de 600 personnes.

Lebovici a donc eu une intuition, un flair qui lui ont permis de se faire un nom dans le difficile milieu du cinéma. Certains pointent tout de même de grosses zones d'ombre derrière une telle réussite financière. D'ailleurs lorsqu'il est abattu, Gérard Lebovici fait couler beaucoup d'encre.

 

Le meurtre et les rumeurs

Le 5 mars 1984, Gérard Lebovici est assassiné par balles dans un sous-sol, alors qu'il avait décidé de faire une croix sur le monde du cinéma pour se consacrer à l'édition.

Il reçoit un coup de téléphone d'une prétendue Sabrina dans l'après midi du 5 mars et note un rendez-vous sur un bout de papier qu'il fourre dans sa poche. Il appelle ensuite sa femme pour dire qu'il sera en retard pour diner, puis renvoie son chauffeur. C'est la dernière fois que des témoins l'ont vu vivant. Il est retrouvé le 7 mars, mort dans sa voiture, dans un parking souterrain de l'avenue Foch, 4 balles de 22 long rifle dans la nuque. Sur lui, une grosse somme d'argent, ce qui enlève un mobile.

Ses papiers d'identité ont disparu, ce qui laisse penser que le tueur était sous contrat et qu'il a du ramener les papiers d'identité de la victime comme preuve du travail effectué. Sur les 4 douilles tirées en carré sur l'éditeur, 3 sont retrouvées gisantes à terre tandis que la 4ème est posée droite sur la lunette arrière. Certains y voient la signature de la mafia pour un trafic de blanchiment d'argent. Enfin, sur le mot que l'on retrouve dans sa poche il est écrit :"François rue Vernet 18h45". La nouvelle de l'assassinat de Lebovici fait vite le tour de la jet set et les rumeurs fusent. 

On accuse Debord bien sûr, qui aurait eu des différends avec son mécène. Les journalistes vont jusqu'à palabrer sur la nature des liens qui unissent Debord à Lebovici. Excédé, Debord finit par publier ses Considérations sur l’assassinat de Gérard Lebovici pour éclaircir sa position.

Puis on fouille la vie de Lebovici pour faire remonter de sombres dossiers. En publiant la biographie de Mesrine, il a proposé de prendre sa fille Sabrina sous son aile. Enfin débarrassée de son père, elle aurait voulu éliminer ce nouveau protecteur encombrant en se servant d'une arme de calibre 22, généralement qualifiée d'arme de femme. Une autre piste amène les enquêteurs vers François Besse, un associé de Mesrine, qui pourrait être le François du mot. La thèse de la mafia fait également son chemin, à l'heure de l'explosion du marché de la cassette vidéo, les trafics sur les droits d'auteurs et de diffusions vont bon train. On soupçonne Lebo d'avoir trempé dans ce genre de magouille avec la pègre locale et d'avoir été réduit au silence.

Enfin la piste de la dette de jeu est avancée, Lebovici étant amateur des établissements de nuit et des jeux d'argent.

L'absence de preuves et le manque de résultats de la police poussent certains à dire qu'elle est impliquée dans l'affaire. Quoi qu'il en soit, le meurtre de Gérard Lebovici reste un mystère qui fait encore aujourd'hui couler beaucoup d'encre.

Gérard Lebovici reste dans l'histoire du cinéma comme quelqu'un d'une grande valeur humaine, doté d'une intuition infaillible, révolté par la médiocrité ambiante, sans complaisance dans ses chois. Véritable esthète, il a su chercher et dénicher la beauté, pour la montrer au plus grand nombre.

 

Gérard Lebovici en quelques dates

25 août 1932: Naissance de Gérard Lebovici à Paris

1952: Il reprend le commerce de poils et brosse à la mort de son père

1960: Création de sa 1ère agence d'imprésario

1965: Rachat de l'agence d'André Bernheim et de Cimura

1969: Création de la maison d'édition Champ Libre

1970: Création d'Artmédia

1971: Rencontre avec Guy Debord

1974: Renvoi de la 1ère équipe de Champ Libre

1980: Création d'AAA, société de production

1984: Publication de L'Instinct de mort de Jacques Mesrine

5 mars 1984: Assassinat de Gérard Lebovici

7 mars 1984: Le corps de Lebovici est retrouvé dans sa voiture dans un souterrain de l'avenue Foch

 

Bibliographie

  • Les jours obscurs de Gérard Lebovici
    Jean-Luc Douin
    Éditions Stock ,2004
     
  • Éditions Champ Libre, Correspondance Vol. 1
    Champ Libre,1978
    rééd. Éditions Ivrea,1996
     
  • Éditions Champ Libre, Correspondance Vol. 2
    Champ Libre,1981
    rééd. Éditions Ivrea,1996
     
  • Tout sur le personnage
    Gérard Lebovici
    Éditions Gérard Lebovici,1984
     
  • Considérations sur l’assassinat de Gérard Lebovici
    Guy Debord
    Éditions Gérard Lebovici,1985