Jacques Mesrine

Mesrine, gangster mégalo? C'est en tout cas ce qu'on dit de lui. Arrogant et charmeur, il aimait se donner en spectacle, s'inventer des méfaits qu'il n'avait pas commis, se décrire plus terrible qu'il ne l'était vraiment. Même s'il est réellement l'auteur de multiples braquages et même de meurtres. «Ce qu'il y a de terrible, c'est que certains vont faire de moi un héros et il n'y a pas de héros dans la criminalité. Il n'y a que des hommes qui sont marginaux et qui n'acceptent pas les lois.» C’est lui-même qui s’exprime ainsi dans une cassette trouvée à son domicile après sa mort.

Au départ, rien ne prédestine Jacques Mesrine à devenir l’ennemi public n°1 en 1979. Il est issu d’une famille aisée. Ses parents sont des commerçants prospères dans la broderie de luxe à Clichy-la-Garenne (92). Il vit dans un milieu catholique, croyant. Le petit Jacques est enfant de chœur.

Mais l’enfant est turbulent à l’école. Il  est renvoyé de plusieurs établissements. Fuyant l’école et la vie rangée, l’adolescent commence par fréquenter des mauvais garçons dans le quartier de Pigalle, à Paris, tout proche de Clichy. Dans ce haut lieu de la prostitution, le jeune homme se taille rapidement une réputation de petit caïd et de bagarreur.

Mesrine a 20 ans. En 1957, il s’engage volontaire dans la guerre d’Algérie. Depuis 3 ans, les combats font rage de l’autre côté de la Méditerranée. Envoyé en commando, il prend goût au maniement des armes, à l’action violente. C’est là qu’il apprend à massacrer. Après 2 années de service, l’homme est transformé.

Mesrine en Algérie

Il jure avoir fait du crime «un métier» après cette guerre, où il a appris à tuer. Il tente par 2 fois de s’arrêter, travaillant chez un architecte ou ouvrant des restaurants, mais son goût de l'argent et du risque reprend le dessus. «Je ne vis que pour le risque», c’est son passe-temps préféré, il ne peut s’en passer écrira-t-il dansl’Instinct de mort, son premier livre.

Jacques Mesrine est une première fois arrêté pour port illégal d’armes en 1961. Puis il est condamné à 18 mois de prison en mars 1962 pour avoir tenté de braquer le Crédit Agricole.

Il sera ensuite plusieurs fois condamné. Et récidivera. Son attirance pour une vie hors-norme domine tout.

À Genève, en Suisse, il dévalise une bijouterie, à Chamonix il cambriole un hôtel. Puis, en 1969, il s’envole pour le Canada. Là, avec sa compagne Jeanne Shneider, il enlève Georges Deslauriers, un milliardaire canadien pour obtenir une rançon. Accusé du meurtre d’une patronne de motel, la police canadienne l’arrête ostensiblement devant la presse. Même s’il est innocenté, Mesrine gardera de cette accusation erronée un sentiment profond d’injustice et de défiance vis à vis de la police et de la société. Il est finalement condamné à 10 ans de prison pour l’enlèvement de Deslauriers. Mesrine se venge en s’évadant de manière spectaculaire, avec sa compagne, 3 ans plus tard.
 

Broussard entre en scène

En 1972, Mesrine est en cavale à travers les Etats-Unis jusqu’au Venezuela, où il poursuit ses braquages. Fou d’orgueil, il veut faire savoir au monde qu’il est un gangster hors-pair.

En 1973, Jacques Mesrine a 36 ans et une quinzaine de braquages à son actif. Rentré en France, il va réaliser en août 3 hold-ups dans des agences bancaires en moins de 6 semaines. Il ne rencontre aucune difficulté. L’entrée en scène du commissaire Broussard va pourtant changer la donne…

Le commissaire Broussard est un bon professionnel, sympathique, qui communique bien. Comme Mesrine, il sait utiliser les medias. Le gangster voit en lui un adversaire à sa mesure. L’arrestation de plusieurs complices de Mesrine permet de localiser la cache du gangster dans le 13ème arrondissement de Paris.

Broussard

Le 27 septembre 1973, l’immeuble du truand est cerné. Broussard et Mesrine se retrouvent face à face pour la première fois. Broussard, qui veut Mesrine vivant, monte négocier la reddition du gangster. S’en suit un échange où Mesrine défie Broussard, qui le prend au mot: le commissaire entre désarmé dans l’appartement de Mesrine. Ce dernier, impressionné par le sang-froid du policier, lui offre un cigare et du champagne. Mesrine aime le panache: «Tu ne trouves pas que c’est une arrestation qui a de la gueule?»  dira-t-il à Broussard …

Mesrine est incarcéré pendant 4 ans. Enfin, le 3 mai 1977 son procès commence sous haute tension. Les chefs d’accusation vont du vol à main armé à la prise d’otage. Il fait la Une de la presse. Mesrine est un gangster charismatique et nombreux sont ceux qui veulent assister à son procès, le voir «pour de vrai». Pour Mesrine, l’objectif est clair: détourner l’attention des faits qui lui sont reprochés. Comment? En créant le scandale: au bout de 3 jours d’audience, il exhibe les clefs de ses menottes. «Voilà ce que l’on peut acheter en prison pour 3.000 francs» lancera-t-il à l’assistance, médusée.

Avant la fin des débats, il lance un ultime défi au commissaire Broussard qui sonne comme une prémonition: «Je me donne 2, 3 ans maximum pour m’évader et on se retrouvera… et le premier qui tirera aura raison».
 

Une évasion spectaculaire

Condamné à 20 ans de prison en 1977, il est incarcéré à la prison de la Santé, à Paris. Mesrine est obsédé par l’idée de s’évader. Après 4 années de préventive, il ne peut supporter l’idée de rester en prison. Mais il est incarcéré dans le quartier de haute sécurité (QHS) et est surveillé jour et nuit. Cette incarcération en QHS est, selon Mesrine, l’expérience la plus douloureuse de sa vie. Il y a ressenti l’humiliation et la haine. Il met dès lors tout en œuvre pour en sortir. Et il va réussir, bénéficiant de complicité parmi les détenus et en particulier François Besse  mais aussi parmi le personnel. Comment?  Mesrine sait amadouer et corrompre…

Besse

François Besse est un roi de l’évasion. Sa cellule est proche de celle de Mesrine dans le QHS. Ensemble, ils vont  monter un plan d’évasion. Mesrine sollicite un de ses avocats pour une entrevue. Tandis que Mesrine est dans le parloir, Besse balance du gaz lacrymogène sur un des 2 gardiens qui le surveillent. L’autre gardien se précipite. Mesrine en profite pour récupérer, dans le faux plafond du parloir, des armes et une corde, sous les yeux de son avocat. Mesrine et Besse vont ensuite se déguiser en gardiens, tandis que les vrais matons sont ligotés. Les 2 malfaiteurs quittent le QHS en simulant l’escorte d’un troisième détenu.

Or, la cour de la prison est en travaux depuis plusieurs semaines. Une échelle de chantier leur permet donc d’escalader le dernier mur d’enceinte. Mais l’alerte a été donnée. C’est la fusillade. Le troisième détenu est tué, Mesrine et Besse s’échappent.

Une question demeure sans réponse officiellement: comment Mesrine a-il pu se procurer des cordes et des armes, cachés dans le faux plafond du parloir du QHS? Mesrine, lui, a donné  sa réponse: les gardiens de nuit.

Mesrine change de tête

L’évasion de Mesrine fait des vagues dans toute la hiérarchie de la police, jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. La sécurité est une des priorités du Président Valéry Giscard d’Estaing. Des têtes tombent parmi les haut-fonctionnaires. Tout est mis en œuvre pour retrouver Mesrine, mais il demeure introuvable. Et pour cause: il devient l’homme aux mille visages. Son physique banal devient un atout maître dans son art du travestissement. Mesrine est en fait installé à Pigalle. Il commence à sortir et rencontre sa dernière compagne, Sylvia Jeanjacquot, barman. Il la fréquente en se faisant passer pour un artisan. Il circule en solex et porte un bleu de travail. L’homme est totalement méconnaissable…
 

Dernier défi

Mesrine veut faire un coup d’éclat, montrer qui est le maître. Il veut ridiculiser la police pour tout ce qu’il a souffert en prison. Son choix se porte sur le casino de Deauville. Le 28 mai 1978, avec François Besse pour complice, il se présente au casino de Deauville en tant que commissaire et demande à voir le directeur. Sous la menace, il ramasse 135.000 francs de l’époque (soit 55.000 euros d’aujourd’hui). Puis les 2 complices quittent le casino, prenant en otage le directeur. Mais l’alerte a été donnée, c’est la fusillade sur le parking du casino, 2 personnes sont tuées. Besse et Mesrine arrivent à s’enfuir. La traque continue mais Mesrine s’est volatilisé.

Le gangster part alors en croisade contre les quartiers haute sécurité (QHS). Et il utilise la presse: Paris Match, Libération… Plusieurs journalistes l’interviewent. Il se met en scène, se fait photographier l’arme au poing. Son arme fétiche, le 357 Magnum ne le quitte pas. Il envoie lui-même ses photos qui feront la Une des journaux.

Mesrine se met en scène dans Paris Match

A chaque fois, il somme le ministre de la Justice d’abolir les QHS dans les prisons. Et il se montre violent, menaçant envers ceux qui le traquent. Pour la police, c’est le choc. L’homme que les policiers traquent inlassablement les nargue. D’autant plus que la presse fabrique de ce malfaiteur un héros, un robin des bois, ce qu’il est loin d’être.

Henri Lelièvre

Un des chefs de la police décide alors d’utiliser lui aussi la presse pour faire sortir Mesrine du bois. L’homme est arrogant et fier. Il ne résistera pas. Un ancien policier, Jacques Tillier, journaliste dans le journal d’extrême droite Minute est complice. Il rencontre Mesrine pour une soi-disant interview. Malheureusement, l’affaire tourne au fiasco. La police perd la trace de Mesrine qui séquestre le journaliste. Pour se venger, il torture le journaliste, le laissant pour mort dans une grotte aux environs de Paris. Sans oublier de faire des photos qu’il envoie au journal Libération. Toujours ce besoin de se mettre en scène…L’homme aux mille visages, comme il se définissait, se montre cruel au-delà de toute limite quand il se laisse aller au bout de sa violence.
 

Le mythe, toujours

Mesrine a su créer dans l'opinion publique un sentiment ambigu d'attraction-répulsion. Fort d'un vrai charisme, il forgea son mythe, utilisant la presse, narguant la police, et irritant le pouvoir au plus haut niveau. Mégalomane, s’inventant un personnage plus noir qu’il ne l’était vraiment et des méfaits qu’il n’avait pas commis, dans son étrange quête de célébrité, il ira jusqu’au bout, la mort.

La traque de l’ennemi public n’°1 a été une obsession d’Etat. Après 18 mois de cavale, Mesrine est retrouvé par la police. Le 2 novembre 1979, porte de Clignancourt à Paris, Mesrine n’a aucune chance, les policiers cernent tout le secteur. Il quitte soin domicile à bord de sa BMW avec sa dernière compagne, Sylvia Jeanjacquot. Il est abattu au volant de sa voiture de 18 balles dans le corps par les policiers de la brigade antigang.

La BMW de Mesrine

Après sa mort, ses héritiers ont porté plainte, mettant en doute l’état de légitime défense de la police au moment où Mesrine a été abattu. Seul le commissaire Charles Pellegrini a affirmé que les sommations n’ont pas été faites par les policiers avant de tirer mais seulement après.

Après 25 années de procédures, la justice a prononcé un non-lieu en 2004. L'ancien directeur de la police judiciaire Maurice Bouvier, celui qui a dirigé la «traque» de Mesrine, est d’ailleurs décédé le 23 juillet 2009 à l'âge de 89 ans. Ce que l’on sait c’est que les policiers avaient pour consigne de prendre le minimum de risque.

Mesrine abattu par la police

Mais son personnage fascine toujours. En témoignent les nombreux films ou livres qui s’inspirent de sa vie jusqu’à aujourd’hui, une vie de marginal hors-la-loi, comme il s’est défini lui-même. Mesrine a en ce sens réussi sa vie: il est devenu un mythe au delà de sa propre existence.
 

Jacques Mesrine en quelques dates

1936 Naissance à Clichy-la-Garenne (92)
1956 – 1959 Volontaire engagé dans un commando parachutiste dans la guerre d’Algérie.
1959 Retour d’Algérie, premiers cambriolages
1961 Première condamnation pour détention d’un couteau à cran d’arrêt.
1962 en mars, condamnation à un an de prison pour cambriolage et dix-huit mois pour détention d’armes.
1967 
Condamnation à 2 ans de prison pour vol chez son employeur qui l’a licencié.
En octobre , découverte d’un cadavre près d’Evreux. Mesrine revendique le meurtre.
1969
En juin, fuite au Canada avec sa maîtresse. Enlèvement d’un milliardaire.
En juillet arrestation aux Etats-Unis
1972
Condamnation  à quinze ans de prison puis Evasion. Braquages..
En septembre, meurtre de 2 gardes forestiers au Québec.
En novembre, fuite au Vénézuela
En Décembre 1972 Retour en France, braquages
1973
Arrestation pour braquages et condamnation à la prison à Evreux et Orléans.
En juin, évasion et reprise des braquages
En septembre 1973 : arrestation
1977
Mesrine est condamné à vingt ans de réclusion par la cour d’assises de Paris. Il écrit l’Instinct de mort en prison.
1978 
Evasion de la prison de la Santé à Paris. Braquage du casino de Deauville et prise d’otages.
En juin, braquage et prise d’otages à la Société générale du Raincy.
En août, entretien avec une journaliste pour Paris-Match.
1979
Enlèvement d’Henri Lelièvre, un riche milliardaire, qu’il échangera un mois plus tard contre 6 millions de francs.
En septembre 1979, torture le journaliste de Minute Jacques Tillier, et le laisse pour mort.
Vendredi 2 novembre 1979, 
abattu par les forces de l’ordre à Paris XVIII.
 

Bibliographie et filmographie

Livres de Jacques Mesrine

 L'Instinct de mort (roman autobiographique)
1977 : 1re édition chez Jean-Claude Lattès
1984 : réédition chez Champ Libre
2006 : réédition chez Le Chien rouge (du journal CQFD), avec une préface de Roger Knobelspiess[4]
2008 : réédition chez Flammarion, pour la sortie du film homonyme.
Coupable d'être innocent
 
Autres auteurs
 
La chasse à l'homme. La vérité sur la mort de Jacques Mesrine , Lucien Aimé-Blanc et Jean-Michel Caradec'h. Editions Plon.2002.
Code TL 825 par Emmanuel Farrugia. Inspecteur divisionnaire à l'OCRB qui débusqua Mesrine. Editions DIE. 2003
Jacques Nain, Mesrine, ennemi public numéro 1 : Pour rétablir la vérité, France Europe Editions, 2006 (ISBN 2848251263)[5]
Mathieu Delahousse, François Besse, la métamorphose d'un lieutenant de Mesrine,
Jean-Emile Néaumet, Philippe Randa, Mesrine l'indompté, Dualpha, 2008 (ISBN 978-2353740734)
Michel Laentz, Dossier Mesrine, City Editions, 2008 (ISBN 978-2352881827)
Michel Ardouin, Mesrine, mon associé, Les éditions du Toucan, 2008 (ISBN 978-2810001507)
 
Cinéma, Télévision 
 

  • 1980 : Inspecteur La Bavure de Claude Zidi, avec Coluche et Gérard Depardieu.
  • Morzini, le personnage interprété par Gérard Depardieu est directement inspiré de Jacques Mesrine.
  • 1983 : Mesrine d'André Génovès, avec Nicolas Silberg.
  • Ce film se concentre sur les évènements ayant suivi son évasion de la prison de la Santé, jusqu’à ce qu'il soit tué par la police, Porte de Clignancourt à Paris. Mesrine avait refusé que L'Instinct de mort' soit repris au cinéma, c'est pour ça que le film Mesrine commence après son évasion de la prison de la Santé.
  • 2006 : Chasse à l'Homme, téléfilm d'Arnaud Sélignac, avec Serge Riaboukine, Richard Berry, Jacques Spiesser
  • Les principaux évènements de la fin de la cavale de Mesrine, tirés du livre du commissaire Lucien Aimé-Blanc (interprété par Richard Berry) et de Jean-Michel Caradec'h  : l'enlèvement du milliardaire Henri Lelièvre, la rivalité entre services (la BRI de Robert Broussard), le guet-apens de Jacques Tillier, les filatures, la fusillade fatale.
  • 2008 : Mesrine, Fragments d'un Mythe, film documentaire de Philippe Roizes
  • 2008 : Mesrine, dilogie de Jean-François Richet :
    • L'Instinct de mort avec Vincent Cassel, Gérard Depardieu, Cécile de France, Roy Dupuis,... Celui ci reprend les événements allant de la fin de son service en Algerie à la mort de Jean Paul Mercier.
    • L'ennemi public n°1 avec Vincent Cassel, ,... Celui ci reprend les événements allant de son retour en France à sa mort, porte de Clignancourt.