Jean-Claude Romand

Jusqu’où peut-on aller pour répondre aux attentes des autres ? À mentir pendant 18 ans et finalement assassiner sa propre famille. C'est l'incroyable affaire Romand. 

Pendant 18 ans, Jean-Claude Romand s'est fait passer aux yeux de tous, y compris de sa propre famille, pour un médecin brillant et un chercheur à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), pour finalement être entraîné dans une tragédie absolue : le meurtre de sa femme, de ses enfants et de ses parents.

Au début des années 70, à la suite de son échec aux examens de deuxième année de médecine, Jean-Claude Romand ment à sa famille et à ses amis, prétendant qu’il a réussi. C’est le début de l’engrenage. D'année en année, le mensonge grossit. Il ne passera plus d’examen mais continuera à suivre les cours, comme les autres étudiants.

A l’issue de ses drôles d'études, il ment encore en se disant reçu au concours de l'Internat de Paris. Puis il annonce à ses parents qu'il est recruté comme Chargé de recherche à l'INSERM de Lyon, puis détaché avec le titre de Maître de recherche auprès de l'OMS à Genève. La gloire !

Il ne peut plus revenir en arrière.

Jean-Claude Romand est un homme secret. Sa femme, sa famille, ses amis s’étaient habitués à ce trait de caractère. Il compartimentait en fait ses ses vies : sa vraie vie avec sa famille, et sa supposée vie professionnelle. Personne n’eut jamais aucun soupçon au point de vouloir vérifier, même si peut-être son épouse commençait à avoir des doutes : «Cela ne m’étonnerait pas qu’on me dise un jour que mon mari est un espion russe», avait-elle dit à une amie au téléphone, quelques jours avant de mourir. Sous la plaisanterie pointait le doute, la conscience d’une double vie.

Concrètement, Jean-Claude Romand était avec sa famille et ses amis un brillant médecin et un chercheur reconnu. En leur absence, il n’était rien. Il errait sur des parkings d’autoroute, marchait des heures dans la forêt, passait son temps à la bibliothèque de l’OMS à lire des revues spécialisées. Croyait-il lui même en son propre mensonge, puisque tous ses proches le croyait et lui renvoyait cette image ?
 

La spirale infernale

Vivre dans le mensonge continuel demande une énergie et un aplomb qui au bout de quelques années commençe à faire défaut. Il avait fait croire à son entourage qu’il était atteint d’une forme rare de cancer, ce qui lui permettait de prétexter un mal de tête ou des souffrances qui lui évitaient de répondre à des questions trop précises. Il suscitait alors de la compassion et les questions dérangeantes étaient évacuées.

Toujours très discret, prévenant et désintéressé, son statut de brillant médecin encourageait les confidences. Ses proches se confiaient à lui pour leurs problèmes de santé, ce qui lui conférait un rôle au dessus de tout soupçon.
 

L'argent

Comment Jean-Claude Romand a-t-il pu assumer le train de vie d’un homme qui réussit, achetant une grande maison dans le pays de Gex à côté de Genève, roulant dans une belle voiture, scolarisant ses enfants dans une école privée ? Comment sa femme n’a-t-elle pas eu de soupçons quand il ne déclarait que 100.000 francs de revenus annuels sur sa feuille d’impôts, soit uniquement ses revenus à elle ?

Son statut fictif de fonctionnaire international lui permettait de prendre la tangente. Il affirmait déclarer ses revenus en Suisse, mais aussi d''avoir accès à des placements très avantageux. Son épouse ne cherchait pas à savoir, tout comme tous ceux qui lui ont confié leurs économies : son beau-père, sa famille, ses proches... tous y ont cru. Jamais ils n’ont vu le moindre papier attestant ces placements. Le secret bancaire suisse, sans doute ? Jean-Claude Romand ponctionnait aussi largement les comptes bancaires de ses parents. Eux aussi fermaient les yeux.

Les questions d’argent ont mis le feu aux poudres.

Son beau-père meurt en 1988 dans des circonstances douteuses, alors qu'il était seul dans la maison de famille avec Jean-Claude Romand, en chutant dans un escalier. Rien n’a jamais pu prouver la culpabilité de Jean-Claude Romand dans cette mort. Toujours est-il que son beau-père lui avait confié beaucoup d’argent à placer. Aurait-il demandé à Romand de récupérer tout ou partie de son argent ?

Au début de l’année 1993, la situation financière de Jean-Claude Romand devient très tendue. Son ancienne maîtresse exige qu’il lui rende les 900.000 francs qu’elle lui a confiés. Evidemment, il ne peut pas. Il cherche à gagner du temps. Mais les pressions se font plus vives. Les comptes bancaires de ses parents sont largement à découvert. Il ne sait plus vers qui ou vers quoi se tourner. La spirale du mensonge se referme sur lui et sur ses proches, qui, trop longtemps, ont été des complices passifs.
 

La tragédie

Sa rage narcissique va le pousser au pire. Il dira plus tard lors de son procès qu’il mentait « juste pour voir un peu de joie chez les autres ». Mais c’est d’abord son propre statut d’idole qu’il protège. Pour maintenir son image dans les yeux de ceux qu’il aime, il doit les tuer. Il ne voit pas d’autre issue.

Le 9 janvier 1993, pendant la nuit, il tue sa femme avec un rouleau à pâtisserie. Le lendemain matin, sa fille Caroline de 7 ans et son fils Antoine de 5 ans se réveillent. Ils ne doivent pas faire de bruit car leur mère dort là-haut. Il les installe devant une cassette vidéo. Puis, prétextant qu’il les trouve chauds, il fait monter Caroline dans sa chambre pour prendre sa température. Il tue sa fille d’une balle dans la tête avec une carabine de 22 long rifle. Un oreiller étouffe le bruit. Puis c’est au tour d’Antoine. Allongé sur le ventre, son père le tue comme sa sœur.

Puis il sort faire quelques courses. Il doit tuer ses parents. Il se rend dans leur chalet du Jura, à 60 km de là. Prétextant une fuite dans les tuyaux d’une chambre, son père monte : Jean-Claude Romand le tue avec sa carabine. Puis c’est au tour de sa mère, qui elle aussi monte en entendant du bruit. Il n’oublie pas de tuer leur chien.

Reste son ancienne maîtresse. Il part pour Paris. Prétextant un dîner dans la maison de campagne de son supposé ami Bernard Kouchner, il tente de la tuer dans la forêt de Fontainebleau. Mais elle le supplie, et il la laisse partir.

De retour chez lui à Prévessins, il asperge les corps de sa femme et de ses enfants d’essence, met le feu à la maison puis il ingurgite une boîte de barbituriques périmés. Il est 5 heures du matin et les éboueurs commencent leur tournée. Ils donnent l’alarme. Les pompiers trouveront Jean-Claude Romand dans un coma profond.

Il n’aura fallu que quelques coups de téléphone à l’OMS pour que les policiers découvrent qui est vraiment Jean-Claude Romand. Le masque tombe. Ses mensonges en ont fait un quintuple assassin.

En 1996, La cour d'assises de l'Ain l'a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une période de sûreté de 22 ans. Libérable depuis 2015, en tenant compte de la détention préventive, Jean Claude Roman est pourtant demeuré en prison, où il assiste et conseille les détenus sur des questions médicales. Respecté et reconnu pour sa gentillesse, d'un tempérament solitaire, il travaille egalement comme bibilothécaire et restaurateur à l'Institut National de l'Audiovisuel.
 

Jean-Claude Romand en quelques dates

  • 1954 : Naissance de Jean-Claude Romand à Lons-le-Saunier (Jura)
  • 1974 : Echec à l’examen de deuxième année à la Faculté de médecine de Lyon. Premier mensonge
  • 1980 : Mariage avec Florence Crolet
  • 1985 : Naissance de sa fille Caroline
  • 1987 : Naissance de son fils Antoine
  • 1988 : Décès de son beau-père, Pierre Crolet
  • 1993 : Assassinat de sa femme, Florence ; de ses enfants, Caroline et Antoine ; de ses parents, Aimé et Anne-Marie Romand. Tentative d’assassinat de son ancienne maîtresse, Corinne Hourtin.
  • 1996 : Condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité
  • 2015 : Jean-Claude Romand est libérable. 
     

Bibliographie et filmographie

Livres

L'Adversaire,
d'Emmanuel Carrère.
POL, 2000.

L'affaire Romand : le Narcissisme criminel
de Daniel Settelen et Denis Toutenu, psychiatres,

Films

L'Adversaire
de Nicole Garcia. 
Est une adaptation assez fidèle du livre d'Emmanuel Carrère, avec Daniel Auteuil dans le rôle principal.

L'Emploi du temps
de Laurent Cantet est une adaptation très libre du même fait divers

Le roman d'un menteur,
documentaire de Gilles Cayatte et Catherine Erhel,
fait parler des personnes ayant connu le meurtrier.

La vida de nadiede
Film espagnol d'Eduard Cortés
reprend l'histoire de Jean-Claude Romand.

New York section criminelle
Law and Order : Criminal Intent
Série TV, épisode Phantom,  en français L'homme qui n'existait plus
Un homme ment à tout son entourage en se disant expert en économie à l'ONU.

 


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