Jean Groix

Jean Groix était un indépendantiste breton. En 1990, lors de la découverte du corps de la jeune Natacha Danais, il est vite soupçonné du meurtre. Il se suicide en prison le jour de son 41ème anniversaire, le 27 janvier 1991. 18 ans après les faits, le véritable coupable est jugé, c’est Michel Fourniret. Portrait d’un militant breton marqué par le déshonneur.

Jean Groix est né à Hennebont, dans le Morbihan, le 27 janvier 1950. D’une famille d’agriculteurs, il obtient facilement son bac et part en Belgique suivre des études de vétérinaire. Il obtient son diplôme en 1976 et vient s’installer en Bretagne, à Aigrefeuille-sur-Maine  en 1981. Il apprend que son diplôme n’est pas reconnu par l’ordre régional des vétérinaires et engage alors un conflit qui s’apaisera en 1982; lorsqu’une évolution juridique lui donnera raison.

Mais dès son plus jeune âge il est engagé dans le militantisme indépendantiste breton.

Il est bilingue français-breton et adhère à l’Union Démocratique Bretonne (UDB) où il devient secrétaire de la commission agriculture.

Mars 1976: il se présente à ses premières élections. Il est candidat de l’UDB aux législatives dans la circonscription Hennebont-Le Faouët. Son score n’est pas très élevé: 1,89% des voix.

Mais cette élection ne l’a pas découragé et il se présente à nouveau en 1985 pour les élections cantonales, à Aigrefeuille-sur-Maine, en Loire-Atlantique. Cette fois, son score est loin d’être ridicule, il obtient 8,52% des voix.

 

L’affaire Natacha Danais/Jean Groix

​​​​​​Le mercredi 21 novembre 1990, la jeune adolescente de treize ans, Natacha Danais disparaît à Rezé, au sud de Nantes. On la retrouve 3 jours plus tard, sur une plage vendéenne à Brem-sur-Mer.

Très vite, les soupçons se portent sur le voisin indépendantiste qui conduit une fourgonnette blanche, fourgonnette que la sœur de Natacha a identifié le jour de sa disparition.

Le 29 novembre 1990, la police débarque en trombes chez le vétérinaire et découvre avec stupeur un accueil des moins chaleureux: 3 indépendantistes basques armés.

Résultat, Jean Groix est arrêté pour association de malfaiteurs (les 3 basques étaient des espagnols en situation irrégulière soupçonnés d’appartenir au groupe ETA).

Au bout de quelques jours d’enquête, les forces de l’ordre réalisent que Jean Groix n’a rien à voir avec la mort de la petite Natacha Danais. Mais comme l’a dit Michel Herjean, co-fondateur du mouvement Emgann, «le mal était fait».

 

L’amalgame lui aura été fatal

Jean Groix n’est plus soupçonné du meurtre de Natacha mais il reste incarcéré à Fresnes, pour association de malfaiteurs. Et là, la médiatisation de l’affaire été plus que malheureuse.

Pour l’opinion publique, Jean Groix avait assassiné la petite parce qu’elle a surpris les basques. Des rumeurs farfelues mais qui ont la dent dure.

Michel Herjean se souvient. «Les médias, la police, la quatorzième section anti-terroriste de Paris, tout le monde s’est emparé de l’affaire. Et les commentaires sont allés bon train».

Les bretons le soutiennent mais son moral est à zéro. Comme dit Alan-Erwann Coraud, militant breton: «Quand on est militant politique, on est prêt à assumer des actes répréhensibles. Mais être accusé du meurtre d’une gamine, c’est épouvantable».

Le 26 janvier 1991, Yolande Coëffic-Groix, la sœur du détenu, vient lui rendre visite. Un jour qu’elle n’oubliera pas. «Il était déprimé. Le ciel lui tombait sur la tête, il se sentait cassé, projeté dans un monde qu’il ne connaissait pas».  Quelques heures après, elle apprend que son frère s’est suicidé par pendaison le jour de son 41e anniversaire.

Elle, comme de nombreux indépendantistes bretons, doutent de ce suicide et parlent volontiers de «complot». Mais aucune preuve ne peut étayer l’une et l’autre des solutions, le rapport d’autopsie n’ayant jamais été remis à la famille du défunt.

 

Fourniret a fait une victime de plus

En 2006, Michel Fourniret et Monique Olivier reconnaissent avoir tué Natacha Danais. Ils sont reconnus coupables par la justice le 28 mai 2008 et sont incarcérés à perpétuité.

Pour la famille Groix «C’était tellement évident que Jean était innocent.(…) toute la famille en souffre encore».

A l’issue de ce procès ultra-médiatique, les journaux ont jugé cette histoire. Le quotidien régional Ouest-France parlait d’une «autre victime de Fourniret» alors que le quotidien belge Le Soir affirmait «Jean Groix aurait mérité d’être publiquement réhabilité en audience».

Autant de temps après les faits, les blessures sont toujours là, mais comme conclut Yolande, la sœur de Jean Groix «la vie continue, mais avec un sentiment d’injustice entêtant. La rancœur ne fera revenir personne».

 

Jean Groix en quelques dates

  • 27 janvier 1950: naissance de Jean Groix à Hennebont en Bretagne.
  • 1968: obtention du bac
  • 1976: devient docteur vétérinaire
  • mars 1978: candidat de l’Union Démocratique Bretonne aux législatives
  • 1981: installation à Aigrefeuille-sur-Maine
  • 1985: candidat aux élections cantonales pour l’UDB
  • 21 novembre 1990: disparition de Natacha Danais
  • 24 novembre 1990: découverte du corps de Natacha Danais
  • 29 novembre 1990: arrêté suite à l’interpellation de 3 militants basques espagnols en situation irrégulière, membres supposés d’ETA
  • 27 janvier 1991: mort de Jean Groix
  • 27 mars 2008: ouverture du procès de Michel Fourniret et de Monique olivier pour le meurtre de Natacha Danais
  • 28 mai 2008: jugement de Michel Fourniret et de Monique Olivier pour le meurtre

 

Bibliographie

  • FLB- ARB: L’histoire 1966-2005
    Lionel Henry et Annick Lagadec
    Éditions Yoran Embanner, Fouesnant, 2006
  • Le Dossier FLB-plongée chez les clandestins bretons
    Erwan Chartier et Alain Cabon
    Éditions Coop Breizh, Spézet, 2006

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