Jo Attia

Figure du milieu parisien des années 40 et de l'après guerre, Jo Attia est un truand carriériste. Caïd avant la guerre, il crée son réseau aux Bat d'Af, puis semble à la fois collaborer et résister durant la guerre avant d'être déporté à Mauthausen. Ressorti vivant des camps, il forme le gang des tractions avant de devenir barbouze pour les Service Spéciaux...La vie de Jo Attia a tout d'un sombre polar dont le héros joue sans cesse avec les frontières du légal, les limites du pouvoir et les revers de médaille.

Jo Attia est né le 10 juin 1916, d'un père tunisien qui se fera tuer durant la 1ère guerre mondiale et d'une mère française d'origine bretonne. On sait peu de choses de son enfance si ce n'est qu'il a été condamné pour vol à l'âge de 19 ans.

En 1937, il part faire son service militaire dans les Bataillons d'infanterie légère d'Afrique ou BILA, plus connus en tant que Bat d'Af. La spécificité de ces bataillons étaient de recruter des jeunes ayant déjà été condamnés dans la vie civile. On peut donc supposer que Jo a un passé de délinquant avoué et reconnu lorsqu'il entre dans l'armée. Les Bat d'Af sont très durs en terme de discipline et requièrent une excellente condition physique et psychique. Ces bataillons appartenaient à l'armée africaine cette dernière dépendait de l'armée française à l'époque, ce qui permettait à la France d'envoyer des éléments gênants apprendre à servir leur patrie à la dure et loin des regards.

On dit que c'est là que le milieu parisien a consolidé son réseau et recruté nombre de ses truands. Jo rencontre d'ailleurs à cette période Pierre Loutrel qui deviendra le 1er ennemi public n°1 en France sous le surnom de Pierrot le fou. Déjà caïd avant de partir, il intègre définitivement le milieu en rentrant d'Afrique et développe des activités de grand banditisme, racket, vols... La période de la guerre est assez trouble et Jo semble passer d'un camp à l'autre sans grand changement quant à ses méthodes.

La guerre

Entre 1940 et 1945, peu de preuves nous permettent d'établir une biographie de Jo Attia. Une chose est sûre, il a été déporté à Mauthausen en 1943, sur une dénonciation d'Henri Lafont, le chef de la Gestapo française, surnommée La Carlingue. Lafont est un truand lui même mais plusieurs théories existent sur les motifs de sa dénonciation.

La 1ère est un simple désaccord mafieux qui aurait poussé Lafont à vouloir la mort d'Attia, mais Loutrel et Abel Danos, 2 mais proches de Jo, auraient plaidé sa cause et convaincu Lafont de livrer Attia aux allemands plutôt que de l'abattre. 
Une autre possiblité est que Jo ait appartenu à la Carlingue, l'une des Gestapos françaises, installée au 93 rue Lauriston. Connue pour sa violence, cette cellule de truands collaborateurs agissait pour le compte des allemands et pour l'épanouissement de leurs trafics. Tueurs de sang froid, les membres de la Carlingue ont été très actifs durant la guerre mais leurs méthodes barbares et les guerres entre gangs gestapistes ont fini par déranger les allemands. Henri Lafont et Pierre Bonny, un ancien flic, recrutent dans les prisons et s'entourent d'anciens détenus de droit commun. Spécialistes des interrogatoires, les membres de la Carlingue étaient utilisés pour les pires tâches, des tortures aux meurtres. Interrogé par les services spéciaux français en 1944, Lafont affirme qu'Attia a travaillé pour la Carlingue et qu'il a même livré tout un réseau de résistance.

93 rue Lauriston, le siège de la Carlingue - DR

Enfin une 3ème théorie circule aujourd'hui sur Attia, disant que Lafont a voulu le recruter pour la Carlingue, mais que Jo ayant refusé par patriotisme de servir les allemands, Lafont l'aurait tout bonnement donné à l'ennemi.
Rien ne prouve donc qu'Attia ait ou pas appartenu à la Carlingue, il n'apparait sur aucune photo officielle.

Quel qu'ait été le motif de son arrestation, il est déporté dans le camp de Mauthausen en 1943 sous le matricule 34983. Il fait apparemment preuve d'un grand courage et d'une grande force. Il aide certains déportés à éviter la mort et sauve nombre d'avocats et de magistrats de la mort. Très reconnaissants à son égard, ces messieurs auraient largement contribué à la carrière de Jo Attia et à l'attribution de son surnom de roi du non-lieu.

Il se voit décerner la Légion d'Honneur à la fin de la guerre. Il est libéré le 5 mai 1945.
 

Le gang des tractions

A la libération, tandis que la plupart des collaborateurs se font arrêter et sont condamnés à mort, Attia qui s'était engagé dans la résistance à la sortie du camp de Mauthausen, rejoint Pierrot le fou et Abel Denos pour former un réseau de malfaiteurs, le gang des tractions avant. 

Ensemble, ils multiplient les braquages, holdups et autres effractions sans jamais être arrêtés grâce à leurs voitures, des Citroën 15/six, qui étaient incomparablement plus rapides que les véhicules de la police. Sombre mélange de collaborateurs, résistants et anciens flics, le gang des tractions est basé à Pigalle à Paris mais opère dans toute la France. Outre Loutrel et Danos, le gang compte dans ses rangs Georges Boucheseiche, un ancien collabo de la Carlingue avec qui Attia continuera de travailler après la dissolution du gang en 1949, Émile Buisson ou «Mimile» qui deviendra ennemi public n°1 et enfin René la Canne surnommé le roi de l'évasion, Henri Feufeu dit Riton le tatoué, et Raymond Naudy Le Toulousain .

Abel Danos - DR

Une préparation minutieuse, une exécution rapide des coups et un repli dans une position sûre, voici la recette qui a permis aux truands d'opérer en paix sur tout le territoire français, pendant plus de 4 années, en braquant les banques, les bijouteries, les antiquaires et les convois de fonds. Puis Pierrot le fou devient trop dangereux, sa violence sans égale gêne le groupe qui finit par l'écarter. Il se tire accidentellement en 1946 une balle dans la vessie et meurt de ses blessures, mais son corps n'est retrouvé que 3 ans après par la police qui le considère toujours comme ennemi public n°1.
 

L'après guerre

Devenu barbouze pour les compte des Services Spéciaux en Afrique du Nord en 1955, il est embarqué dans une affaire qui tourne mal au Maroc avec Jo Boucheseiche. Après avoir lutté contre les violence de l'OAS en Algérie, il participe à l'enlèvement de Ben Barka, sur ordre d'Antoine Lopez, un barbouze avec qui il fait équipe aux côtés de Boucheseiche, Jean Palisse et Pierrot Dubail . Cet opposant au régime du roi Hassan II avait déjà échappé à une tentative d'assassinat  sur ordre du général Oufkir en 1962. Exilé donc et condamné à mort par contumace dans son pays, il faisait une tournée préparatoire à la conférence de la Havane qui devait se tenir en 1966. Il est arrêté à Paris sur une terrasse de café en octobre 1965, puis certainement torturé et tué. On a jamais retrouvé son corps.

Georges Boucheseiche - DR

Boucheseiche fuit au Maroc et meurt en 1972, Attia est arrêté par la police espagnole et extradé vers la France. Il possède depuis quelques années un bar, le Gavroche rue Joseph-de-Maistre, géré par sa fille. Il est à nouveau condamné en février 1966 et écope de 2 ans de prison pour escroquerie.

Il décède en 1974 d'un cancer de la gorge.
 

Jo Attia en quelques dates

  • 10 juin 1916: Naissance de Jo Attia
  • 1935: 1ère condamnation pour vol
  • 1937: Départ pour son service militaire aux Bat d'Af
  • 1943: Déportation au camp de Mauthausen en Autriche, Attia reçoit la Légion d'Honneur à la fin de la guerre pour son courage durant la déportation
  • 1945: Formation du gang des Tractions avec entre autres Pierrot le fou, Abel Danos et Georges Boucheseiche
  • 1949: Démantèlement du gang
  • 1955: Engagement d'Attia comme barbouze pour les services spéciaux, travail en Algérie pour lutter contre l'OAS.
  • 1965: Affaire de l'enlèvement  de Mehdi Ben Marka, Attia est arrêté puis extradé vers la France
  • 1966: Attia est condamné à 2 ans de prison pour escroquerie
  • 1974: Jo Attia décède d'un cancer de la gorge
     

Bibliographie et filmographie

Bibliographie

La Place de l'Étoile
Patrick Modiano
Gallimard
1968
 
Jo Attia mon père
Nicole Attia
Gallimard
1974
 
Histoire du banditisme et des grandes affaires criminelles
Charles Bacelon, Max Clos, etc.
Éditions Famot
Genève
1974
 
Vie et mort d'un caïd - Jo Attia
Jean Marcilly
Fayard
1977
 
Les grands criminels
Alphonse Boudard
Belfond – Le Pré aux Clercs
1989
 
La Bande Bonny-Lafont
Serge Jacquemard
Éditions du. Fleuve noir
1992

Filmographie

Les Barbouzes
Georges Lautner
1964
 
Le Gang
Jacques Deray
1977
 
Le Bon et les méchants
Claude Lelouch
1976
 


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