Juan Melendez contre la peine capitale

La peine de mort est un vaste débat qui ne cesse de passionner les peuples et d’interroger les démocraties. Les innocents dans les couloirs de la mort ne sont malheureusement pas rares. Juan Melendez y a passé 18 ans avant d’être innocenté du crime pour lequel il avait été injustement condamné.

Le 13 septembre 1983, dans le comté de Polk, en Floride, Delbert Baker est découvert assassiné dans son salon de coiffure. L’homme d’une cinquantaine d’année est retrouvé égorgé et criblé de balles. Ses bijoux lui ont été arrachés et la caisse du salon vidée. Entre crime homophobe et crime crapuleux, la police piétine, faute de preuves matérielles et d’éléments d’enquêtes.

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Juan Melendez

Quelques mois plus tard, au début de l’année 1984, David Falcon, toxicomane et dealer notoire se présente aux autorités. Il dit savoir qui a commit le crime. Son histoire comporte beaucoup d’incohérences et manque cruellement de précisions. Pourtant, il accuse un dénommé Juan Melendez, un New-Yorkais alors âgé de 33 ans, d’être l’auteur du meurtre. Melendez lui aurait avoué alors qu’il était sous l’emprise de la cocaïne. David Falcon accuse également un co-meurtrier, John Berrien.

Pour la police, l’occasion est trop belle. Le témoignage de David Falcon est incertain mais il est peut-être l’occasion d’en apprendre plus. John Berrien est retrouvé et arrêté. Juan Melendez, qui travaille alors dans une exploitation agricole en Pennsylvanie, subit le même traitement.
 

Une enquête et un procès bâclés

Les interrogatoires de Berrien et Melendez ne donnent rien. A part le témoignage houleux de David Falcon, aucune preuve ne relie les 2 hommes au meurtre de Delbert Baker. Surtout, Juan Melendez a un alibi : il a passé la soirée et la nuit avec une jeune femme, qui confirme très vite la véracité de la déposition du prévenu. A part quelques délits mineurs, les autorités n’ont rien de concret contre eux. La police s’énerve. Il leur faut un coupable. Juan Melendez est d’origine portoricaine, est-ce là son plus grand tord ? 

Un accord est alors passé entre John Berrien et les autorités : il enfonce Melendez et la Justice se montrera clémente à son égard. Berrien, acculé, accepte.

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Melendez en famille

Le procès des deux accusés s’ouvre en septembre 1984. La partie civile n’a rien, sinon le témoignage inconsistant de David Falcon et celui trafiqué de John Berrien, qui, comme prévu, accable Juan Melendez. Selon cette version, c’est Melendez qui a tout organisé, qui a assassiné Delbert Baker, d’abord en lui tirant dessus, puis en l’égorgeant. Berrien n’a fait que vider la caisse. D’ailleurs, il n’avait été recruté par Melendez que pour l’aider dans un cambriolage.

De son coté, Melendez clame son innocence et présente un alibi solide. Mais rien n’y fait. Le 21 septembre 1984, à Miami, Floride, les verdicts tombent. John Berrien est condamné à 6 ans de réclusion, et Juan Melendez est condamné à la peine capitale par injection létale, pour meurtre au premier degrés et vol à main armée.
 

18 ans de prison pour un innocent

Juan Melendez est transféré dans le couloir de la mort d’une prison de Floride. De là, il fait appel de sa condamnation. Sa demande de révision est rejetée. Il continue de clamer son innocence et ses avocats de chercher des recours. Ils parviennent à retarder l’exécution, mais Juan Melendez ne quitte pas sa cellule. Il faudra attendre 1999, soit 15 ans après sa condamnation, pour que l’enquête connaisse un retournement de situation décisif. Et il était temps ! Car l’exécution était prévue pour le courant de l’année 2000, cette fois sans recourt possible sauf une improbable grâce du Gouverneur républicain Jeb Bush.

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Juan Melendez

Aout 1999, un certain Vernon James est arrêté dans le comté de Polk, pour vol à main armée. Durant sa garde à vue, il avoue être l’auteur de l’assassinat de Delbert Baker.

L’information est rendue publique et devant le déchainement médiatique, la Justice de l’Etat de Floride présente ses excuses. Il est évident que Juan Melendez a été la victime d’un procès inéquitable, bâclé, et discriminatoire. L’adjoint du procureur, Chip Thullurby, déclarera qu’il reste convaincu de la culpabilité de Melendez, même si on ne peut pas le prouver devant un tribunal pour le moment.

Le condamné quitte in extremis le couloir de la mort, mais ne regagne pas sa liberté pour autant. En effet, il est transféré dans une prison de droit commun dans l’attente de la révision de son procès. Une attente de 3 années supplémentaires ! Enfin Juan Melendez est acquitté et libéré le 4 janvier 2002, après un total de 18 années passées en prison.

Il est le 99ème détenu à sortir innocent du couloir de la mort. 
 

Un engagement contre la peine de mort

Cette bien triste affaire a évidemment relancé la polémique autour de la peine de mort aux Etats-Unis. Car au delà de l'aspect moral de la peine capital, ou de son efficacité réelle, se pose le problème des erreurs judiciaires. En 2014, une étude de la National Academy of Science estime que sur les 8000 condamnations à mort prononcées depuis son rétablissement dans certains états américains en 1973, 200 condamnés sont en fait innocents. Cela fait un taux de 4%, comparé aux 0,027% que le Juge suprème Antonin Scalia accordait en 2007. Combien n’ont pas eu la « chance » de Juan Melendez ?

Avec son épouse, une avocate rencontrée durant sa détention, Juan Melendez s'est engagé aux côtés d'Amnesty International dans la lutte pour l'abolition de la peine de mort, et sont des membres actifs de l’association Voices United for Justice Project. De conférences en débats, ils interviennent dans le monde entier, particulièrement dans les écoles où ils cherchent à faire évoluer les mentalités de demain.

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Juan Melendez lors d'une conférence pour Amnesity International

Son combat est mené au nom de tous ses co-détenus qui l’ont soutenus durant sa détention. Aux États-Unis la tâche est loin d’être facile, mais on lui doit par exemple l’abolition de la peine de mort au Nouveau Mexique en 2009. lLors de l’une de ses récentes intervention, il a dit ces mots restés dans quelques mémoires : « La peine de mort est la négation absolue des droits humains. C'est un meurtre commis par l'État, avec préméditation et de sang-froid, au nom de la justice. Cette peine viole le droit à la vie inscrit dans la Déclaration universelle des Droits de l'homme ».
 

L'affaire Melendez en quelques dates

  • 13 septembre 1983 : assassinat de Delbert Baker
  • Début 1984 : David Falcon accuse Juan Melendez et John Berrien du meurtre
  • Début 1984 : Arrestation de Juan Melendez et John Berrien
  • Septembre 1984 : ouverture des procès de Juan Melendez et John Berrien
  • 21 septembre 1984 : condamnation de John Berrien à 6 ans de prison et Juan Melendez à la peine capitale
  • Aout 1999 : Vernon James avoue le meurtre de Delbert Baker
  • Septembre 1999 : Juan Melendez est transféré dans une prison de droit commun dans l’attente de la révision de son procès
  • 4 Janvier 2002 : Juan Melendez est acquitté et libéré
  • 2009 : Juan Melendez concourt à faire abolir la peine de mort au Nouveau Mexique

 


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