Jules Bonnot

Pendant 2 ans, Jules Bonnot, petit mécanicien anarchiste, a défrayé la chronique avec ses braquages sanglants. Aidé par ceux que l’on a appelés «la bande à Bonnot», ils ont volé et tué plusieurs personnes, sous l’égide de l’anarchisme. Portrait d’un activiste du début du siècle dernier.

Jules Joseph Bonnot est né le 14 octobre 1876 à Pont-de-Roide dans le Doubs. Sa mère décède alors qu’il n’a que 10 ans et son père, un ouvrier analphabète doit s’occuper de son éducation ainsi que de celle de son grand frère.

Il épouse Sophie, une couturière, en 1901 et 2 ans plus tard, son frère aîné se suicide, après avoir connu un grand chagrin d’amour.

C’est après ce décès que Bonnot décide de s’engager dans le courant anarchiste. Résultat, il se fait renvoyer de son poste aux chemins de fer de Bellegarde. Il part donc en Suisse où il trouve un emploi de mécanicien à Genève.

Sa femme tombe enceinte mais malheureusement, leur fille, Emilie, meurt au bout de quelques jours. Bonnot se réfugie alors dans le militantisme anarchiste et se forge une réputation d’agitateur. Les autorités suisses l’expulsent hors de leurs frontières.

Jules et Sophie partent à Lyon, où il trouve un emploi de mécanicien chez un grand constructeur automobile, tandis qu’elle accouche en 1904 d’un second enfant. Mais Jules est de plus en plus engagé et enragé politiquement. Il mène de nombreuses grèves et énerve ses employeurs. Il décide alors de quitter Lyon pour Saint-Étienne.

Dans la ville stéphanoise Bonnot trouve à nouveau un emploi de mécanicien dans une grande firme automobile. Sa famille et lui logent chez Besson, le secrétaire de son syndicat. Mais celui-ci devient l’amant de Sophie. Après que Bonnot l’ait découvert, Besson emmène Sophie et son enfant en Suisse pour les protéger de sa colère.

Cet événement a bouleversé Jules Bonnot, qui s’est lancé avec encore plus d’ardeur dans l’anarchisme. Il en perd son emploi et devient chômeur.

Il retourne à Lyon et vit dans des conditions misérables. Il essaie d’ouvrir des ateliers de mécanique en 1906 et 1907 sur Lyon mais vit avec les recettes de ses casses avec Platano, son ami et complice. En 1910, il déménage pour Londres et devient chauffeur personnel de Sir Arthur Conan Doyle. Cet emploi va lui être très utile dans l’avenir…
 

La bande à Bonnot

Jules Bonnot revient vivre à Lyon vers la fin de l’année 1910 et se lance dans le banditisme. Un banditisme innovant, puisqu’il utilise ses talents de chauffeur pour commettre ses larcins. Mais il est recherché par la police. Il s’évade donc de Lyon avec Platano, qu’il va assassiner d’un coup de revolver. Le pourquoi de ce crime reste assez flou. Selon lui, Platano se serait grièvement blessé avec son pistolet et il l’aurait achevé pour lui éviter des heures de souffrance. Mais sachant qu’il a récupéré la forte somme d’argent que Platano portait sur lui, la piste du meurtre prémédité ne peut pas être écartée.

Un an après, fin novembre 1911, il rencontre ceux qui vont devenir ses compagnons d’armes, dans les locaux du journal l’Anarchie. Octave Garnier et Raymond Callemin seront ses principaux acolytes. Les autres, auront des rôles plus ou moins importants. Ils s’appellent Elie Monnier, dit «Simentoff», Edouard Carouy, André Soudy, Eugène Dieudonné ou Victor Serge.

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La bande à Bonnot

Le 14 décembre 1911, Bonnot, Garnier, et Callemin volent une voiture, une Delaunay-Belleville 12CV de 1910. Une semaine plus tard, le 21 décembre à 9 heures, les 3 hommes arrivent au 148 rue Ordener à Paris et vont à la rencontre d’Ernest Caby, le garçon de recettes de la Société Générale et de son garde du corps. Garnier tire deux fois sur Caby pendant que Callemin ramasse le butin. Ils s’enfuient dans l’automobile conduite par Bonnot, laissant derrière eux un Ernest Caby grièvement blessé.

Ce genre de braquage est une grande première. Assez pour faire la une des journaux dès le lendemain. Pourtant, les braqueurs sont plus que déçus en découvrant la recette de leur casse, quelques titres et 5000 francs. Ils abandonnent la Delaunay à Dieppe et reviennent sur Paris. Pendant ce temps, les forces de police découvrent que ce braquage est lié au milieu anarchiste. Une nouvelle qui donne une autre ampleur à l’affaire.

Les deux complices de Bonnot se réfugient quelques temps chez Victor Serge, le directeur de l’Anarchie. Lorsqu’ils partent, la police perquisitionne chez Serge et sa maîtresse Rirette Maitrejean. Ils sont arrêtés et la presse le présente comme la tête pensante de la bande.
 

L’attaque de la Société Générale

31 décembre 1911: Bonnot, Garnier et Carouy tentent de voler une voiture à Gand, en Belgique. Mais leur vol échoue, et Garnier tue un veilleur de nuit. Le 27 février 1912, Bonnot, Garnier et Belleville volent à nouveau une Delaunay-Belleville. Mais ce vol va virer au drame lorsque Garnier assassine un policier qui voulait les arrêter pour conduite dangereuse dans Paris. Ce meurtre va jouer un rôle considérable dans leur notoriété. L’opinion publique les veut tous, morts ou vifs.

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L'attaque de la Société Générale

Pendant ce temps, la police attrape les membres de la «bande à Bonnot» un par un. Après Victor Serge, ils arrêtent Eugène Dieudonné. Le 19 mars, c’est Garnier qui défie la police par voie de presse, en publiant une lettre dans Le Matin. Il écrit: «Je sais que je serai vaincu, que je serai le plus faible, mais je compte bien faire payé (sic)cher votre victoire». Dans cette lettre il en profite pour innocenter Dieudonné.

Le 25 mars, le trio Bonnot, Garnier et Callemin s’enrichit de Monnier, Carouy et Soudy pour voler une limousine à Montgeron. L’attaque tourne au carnage, Garnier et Callemin abattent le chauffeur et le propriétaire de la De Dion-Bouton. Après cet épisode, la bande fonce sur Chantilly, direction la Société Générale pour un braquage improvisé. Au final, 3 employés sont abattus et les membres de la «Bande à Bonnot » fuient les poches pleines.
 

La cavale prend fin

Ce braquage sanglant va aider considérablement le travail de la police. Moins d’une semaine après, les arrestations reprennent. Soudy le 30 mars, Carouy le 4 avril et Callemin le 7 avril. Le 24 avril, c’est au tour de Monnier d’être entendu par les forces de l’ordre. Ce même 24 avril 1912, Louis Jouin, le numéro 2 de la sûreté nationale, va faire une rencontre surprenante. En perquisitionnant chez un jeune sympathisant anarchiste, il tombe nez à nez avec Bonnot qui l’assassine à coup de revolver et se retrouve blessé par l’arme du policier. Il fonce vers une pharmacie pour se faire soigner, pharmacie qui le dénonce aux autorités.

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L'attaque d'Ivry

Ils vont mettre 3 jours pour le retrouver. Et le 27 avril, ils le découvrent dans sa cachette de Choisy-le-Roi. C’est alors qu’un long siège commence. Les policiers sont de plus en plus nombreux, les badauds s’agglutinent et Bonnot sort de temps en temps pour hurler et tirer sur les agents qui, bien sûr, répondent par des salves de tirs. Pendant les longues heures que va durer ce siège, Bonnot rédige son testament et note avec précision ceux qui n’ont rien à voir avec les attaques qu’il a commis.

Le capitaine de police Félix Fontan perd patience et décide de dynamiter la maison. Bonnot est grièvement blessé mais attend les policiers arme à la main. Il va mourir en arrivant à l’Hôtel-Dieu de Paris.

Un deuxième siège attend les forces de l’ordre le 14 mai. Mais le lieu et les coupables changent. Ici c’est Garnier et ça se passe à Nogent-sur-Marne. Mais le résultat sera identique. Après 9 longues heures de siège, la police donne l’assaut, fait sauter la maison et achève Garnier.

Les survivants sont emprisonnés et jugés en février 1913. Callemin, Monnier, Soudy et Dieudonné sont condamnés à mort. Carouy et Metge aux travaux forcés à perpétuité. Victor Serge écope de 5 ans de prison.

Mais coup de théâtre, à la lecture des sentences, Callemin prend la parole et disculpe Dieudonné. Sa peine est donc commuée en travaux forcés à perpétuité. Pour Callemin, Monnier et Soudy, la guillotine leur a tranché la tête le 21 avril 1913, devant la prison de la Santé, à Paris.
 

Jules Bonnot en quelques dates

  • 14 octobre 1876: naissance de Jules Bonnot à Pont-de-Roide dans le Doubs
  • 1901: mariage avec Sophie et départ pour Genève
  • 1903: suicide de son frère
  • 1903: naissance de son premier enfant, Emilie, qui décèdera quelques jours après sa naissance.
  • 1903: Expulsion de Suisse et arrive à Lyon
  • 23 février 1904: naissance de son second enfant
  • 1904: déménagement pour Saint-Etienne

 

 

  • 1906-1907: ouverture de 2 ateliers de mécanique à Lyon et début des casses avec Platano 
  • 1910: va à Londres et devient chauffeur de Sir Arthur Conan Doyle
  • fin 1910: rentre à Lyon et rentre dans le banditisme. Il utilise ses talents de conducteur pour ses braquages.
  • fin 1910: mort de Platano dans des circonstances étranges
     

1911

  • fin novembre: rencontre avec Octave Garnier, Raymond Callemin, Elie Monnier, Edouard Carouy, André Soudy et Eugène ieudonné au siège du Journal l’Anarchie dirigé par Victor Serge.
  • 14 décembre: Bonnot, Garnier et Callemin volent une voiture.
  • 21 décembre: Bonnot, Garnier et Callemin braquent la Société Générale,148 rue Ordoner à Paris.
  • 21 décembre: Garnier blesse grièvement Ernest Caby, encaisseur de la Société Générale.
     

1912

  • 27 février: Bonnot, Callemin et Garnier volent une voiture et Garnier assassinent un agent de police
  • 25 mars: Bonnot, Garnier, Callemin, Monnier et Soudy volent une limousine, tuent le chauffeur, blessent grièvement le propriétaire de la voiture et braquent la succursale de la Société Générale de Chantilly, en faisant 3 morts.
  • 30 mars: arrestation de Soudy.
  • 4 avril: arrestation de Carouy
  • 7 avril: arrestation de Callemin
  • 24 avril: arrestation de Monnier.
  • 24 avril: Bonnot tue Louis Jouin, numéro 2 de la sûreté nationale lors d’une perquisition chez un anarchiste
  • 27 avril: la police retrouve Jules Bonnot à Choisy-le-roi et un siège commence devant sa maison avant qu’il ne soit mortellement blessé par la police
  • 14 mai: Valet et Garnier sont retrouvés par les forces de l’ordre à Nogent-sur-Marne. Nouveau siège et mort des deux activistes.
     

1913

février: procès des survivants de la Bande à Bonnot: Callemin, Carouy, Metge, Soudy, Monnier, Dieudonné et Victor Serge.
21 avril: Callemin, Monnier et Soudy sont guillotinés. Dieudonné est condamné aux travaux forcés à perpétuité et Victor Serge à 5 ans de prison.
 

Bibliographie et filmographie
 

Bibliographie et filmographie

Bibliographie

L’affaire bande à Bonnot  de Frédéric Delacourt, De Vecchi, collection «Grands procès de l’Histoire», 2000.
Ils ont tué Bonnot de William Caruchet, Calmann-Lévy, 1990
Les Grands criminels d’Alphonse Boudard, le Pré aux clercs, 1989.
La belle époque de la Bande à Bonnot  de Bernard Thomas, Fayard, 1989.
A nous deux, Patrie ! d’André Colomer, 1925
En tout cas pas de remords  de Pino Cacucci, Christian Bourgois éditeur, 1999.
En exil chez les hommes de Malcolm Menzies, Rue des cascades, 2007.
La bande à Bonnot de Bernard Thomas, Tchou, 1968.
Mort aux bourgeois, sur les traces de la bande à Bonnot de Renaud Thomazo, Larousse,2007

  • Films

La bande à Bonnot de Philippe Fourastié avec Jacques Brel, Bruno Cremer, Annie Girardot, 1969, sortie DVD en 2004

 

 


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