Klaus Barbie

Klaus Barbie a été chef de la gestapo de Lyon pendant la deuxième guerre mondiale. A la fin du conflit, il s’est évadé en Amérique du Sud avec la complicité des Etats-Unis et n’a été extradé vers la France qu’en 1983. Son procès ultra-médiatisé a eu lieu en 1987. Portrait d’un nazi reconverti en agent des services secrets, qu’on a surnommé le «boucher de Lyon».

Klaus Barbie est né le 25 octobre 1913 à Bad Godesberg en Allemagne. En 1933, il passe son bac et adhère aux jeunesses hitlériennes. C’est en 1935 qu’il entre dans la SS où il travaille au service central du SD (Sicherheitsdienst, service de sécurité du parti nazi). Il sera successivement à la brigade criminelle et à la brigade des mœurs avant d’être officier à Berlin.

Klaus Barbie devient membre du NSDAP en 1937, lorsque les listes d’adhésion sont à nouveau ouvertes (elles avaient été fermées en avril 1933).

Le 20 avril 1940, il est nommé SS-Untersturmführer (sous-lieutenant SS).

Klaus Barbie

Il épouse Régine Willms juste après sa nomination et est envoyé aux Pays-Bas au sein d’un détachement de la Sipo-SD (Sicherheitspolizei und Sicherheitsdienst, la police de sécurité de l’Etat et du Parti nazi). Il officie à la Hague puis à Amsterdam. Son travail: poursuivre et  rafler les juifs et les francs-maçons. Ses supérieurs apprécient tellement son travail qu’il est nommé SS-Obersturmfürhrer (lieutenant SS) dès octobre 1940. 

6 mois après, on le décore de la croix de fer de seconde classe pour son rôle dans l’assaut du ghetto juif d’Amsterdam et des exécutions qui ont suivi.

 

Le «boucher de Lyon» se révèle

Printemps 1942. Nouvelles fonctions et nouveau terrain de jeu. Chef de la sécurité à Gex, la sous-préfecture de l’Ain, à la frontière suisse.

C’est alors que Klaus Barbie prend la pleine mesure de ses talents d’agent secret. En effet, chef de la sécurité veut surtout enlever Alexander Foote, un agent secret travaillant pour l’URSS à Genève. 

Barbie SS

Très vite, il est affecté au KDS (Kommando der Sipo-SD) de Dijon puis à celui de Lyon lorsque les allemands envahissent la zone libre. Il prend ses fonctions de commandement au sein de la section IV en charge de la lutte contre les résistants, les communistes et les juifs.

C’est en février 1943 qu’il devient chef de la Gestapo à Lyon. C’est sous ce grade qu’il arrête et torture Jean Moulin en juin 1943 (celui-ci décèdera le 9 juillet 1943 dans un train de déportation). 

En août de la même année, il arrête Albert Lebrun et André François-Poncet.

Il fait exécuter un nombre conséquent d’otages et déporte des milliers de juifs.

Parmi ses victimes tristement célèbres, les 44 enfants d’Izieux, raflés le 8 avril 1944: 44 enfants âgés de 3 à 13 ans, qui ont fini dans les fours crématoires d’Auschwitz quelques jours plus tard.

Jean Moulin

En plus de ses fonctions de chef de la Gestapo, Klaus Barbie dirige le commando de la Sipo-SD, qui s’intéresse de près aux maquisards. 

Pendant toute cette période, il travaille avec Gottlieb Fuchs, son interprète, dont on ne sait pas vraiment s’il participait activement ou non aux exactions de Barbie.

La fin de la guerre est proche. Klaus Barbie se réfugie à Wuppertal en Allemagne.

 

Sous la protection des services secrets américains

Fin de la guerre. Il est activement recherché pour crimes de guerre. Mais son réseau SS réussit à le dissimuler et lui invente une nouvelle vie. Ca n’empêche pas son arrestation par les américains et les anglais. Mais Klaus Barbie leur échappe.

Ironie du sort de la Guerre Froide, il devient agent secret américain dès le printemps 1947.

L’armée américaine s’intéresse à son expérience dans la lutte contre la résistance communiste. Ses connaissances sur le communisme en France sont à leurs yeux plus importants que les faits qui lui sont reprochés.

Barbie, agent secret Bolivien

Pourtant, la France réclame son extradition. La Counter Intelligence Corps (CIC) met son veto. A cela trois raisons sont invoquées:

son aide est vraiment primordiale en période de Guerre Froide,

les crimes dont on l’accuse sont des actes de guerre,

et enfin la France n’est plus un pays à qui l’on peut faire confiance. Pour preuve, elle est submergée par les communistes.

La France va le condamner à la peine capitale par contumace par 2 fois, en 1952 et en 1954, pendant le procès de René Hardy, soupçonné d’avoir trahi Jean Moulin.

Durant cette période, les Etats-Unis l’ont déjà exfiltré en Argentine, puis en Bolivie.

C’est dans ce pays de l’Amérique Latine qu’il devient Klaus Altmann, un bolivien à part entière.

 

Le procès

Dans les années 60, il dirige successivement une entreprise d’exploitation de bois et une compagnie maritime. Mais ces entreprises cachent un tout autre travail, le trafic d’armes au profit des dictatures militaires d’Amérique du Sud. A partir de 1964, il est proche de l’armée bolivienne qu’il aide pour la recherche et la torture des dissidents.

Pendant ces mêmes années, il est traqué par les autorités allemandes et plus particulièrement par Serge et Beate Klarsfeld, un couple qui poursuit  les nazis qui ont échappé à la justice. En 1971, ils identifient Klaus Barbie et préviennent les autorités. Malheureusement, l’individu a le bras long et s’est rangé du côté du nouveau dictateur bolivien Hugo Banzer.

Barbie explusé vers la France

En 1980, un nouveau despote arrive au pouvoir en Bolivie. Il protège toujours Klaus Barbie et le nomme même colonel honoraire des services de renseignements. Mais la Guerre Froide est finie et les couvertures du «boucher de Lyon» tombent une à une. Le gouvernement américain fait démissionner le Président bolivien en place. La France réclame alors à nouveau l’extradition du criminel. 

Après bien des négociations, Klaus Barbie monte à bord d’un avion direction la France le 7 février 1983.

Le 13 mai 1987 s’ouvre le procès de l’ancien chef de la Gestapo Lyonnaise. Il a choisi d’être défendu par Jacques Vergès. Est-ce le fait d’être filmé ou les multiples témoignages qui l’accablent, toujours est-il que Klaus Barbie n’assistera qu’aux premiers jours de son procès.

Juillet 1987. Le procureur Général réclame la réclusion criminelle à perpétuité sans circonstances atténuantes. Jacques Vergès, quant à lui, se fait l’avocat du diable, et explique que la sentence est bien lourde par rapport à d’autres crimes contre l’humanité, comme notamment le colonialisme européen.

Barbie à son procès

Le verdict tombe: l’emprisonnement à vie pour crimes contre l’Humanité.

25 septembre 1991: il meurt des suites d’un cancer dans la prison de Lyon, ville dans laquelle il a torturé, assassiné et déporté des milliers de personnes.

 

Klaus Barbie en quelques dates

  • 25 octobre 1913: naissance de Klaus Barbie à Bad Godesberg ( Allemagne)
  • 1933: obtention du bac et adhésion aux jeunesses hitlériennes
  • 26 septembre 1935: admission à la SS
  • 1935: travaille au service central du SD (Sicherheisdienst, service de sécurité du parti nazi)
  • 1936:mutation à Düsseldorf
  • 1937: passe par l’école du SD et suit des cours d’officier à Berlin-Charlottenburg
  • 1937: devient membre du parti NSDAP
  • 1938: effectue son service militaire au 39e régiment d’infanterie
  • 20 avril 1940: il set nommé SS-untersturmführer(sous-lieutenant SS)
  • fin avril 1940: il épouse Régine Willms, membre du parti aussi 
  • 1940: envoyé aux Pays-Bas dans un détachement de la Sipo-SD ( police de sécurité)
  • 20 avril 1941:décoré de la croix de fer
  • printemps 1942: nommé chef de la sécurité à Gex, sous-préfecture de l’Ain, en France
  • juin 1942: il est affecté au KDS (Kommando der Sipo-SD) de Dijon
  • novembre 1942: affecté au DKS de Lyon
  • février 1943: devient chef de la Gestapo de la région Lyonnaise 
  • 21 juin 1943: il arrête Jean Moulin
  • août 1943: il arrête Albert Lebrun et André François-Poncet
  • début 1944: il dirige le commando de la Sipo-SD
  • 8 avril 1944: rafle des enfants d’Izieux
  • 11 août 1944: réussit à faire déporter directement 650 personnes de Lyon à Auschwitz
  • 9 novembre 1944:  il est promu SS-Hauptsturmführer en Allemagne.
  • Printemps 1947: employé par les services secrets américains dans la lutte anti-communiste
  • 1948: la France demande l’extradition de Klaus Barbie
  • 1951: accusé de vol par la police allemande, il est exfiltré vers l’Argentine avec l’aide des services secrets américains
  • 1952: condamné par la justice française à la peine capitale par contumace dans le cadre du procès de René Hardy, soupçonné d’avoir trahi Jean Moulin
  • 1954: condamné par la justice française à la peine capitale par contumace dans le cadre du procès de René Hardy, soupçonné d’avoir trahi Jean Moulin
  • 1961: une enquête de la police allemande prouve que Klaus Barbie s’est réfugié au Pérou
  • 1964: collabore avec l’armée bolivienne pour la recherche et la torture des opposants
  • 1965-167: il aurait été au service de la CIA jusqu’à la mort de Che Guevara
  • 1966-1971: dirige une compagnie maritime qui fait du trafic d’arme en Bolivie
  • 1969: les autorités allemandes découvrent sa fausse identité
  • 1971: soutient le coup d’Etat du colonel Hugo Banzer 
  • 7 février 1983: il est expulsé pour la France pour avoir obtenu la nationalité bolivienne sous un faux nom
  • 13 mai 1987: ouverture du procès de Barbie
  • juillet 1987:le procureur général réclame la réclusion à vie
  • 25 septembre 1991: meurt en prison à Lyon

Bibliographie et filmographie

Bibliographie

  • Les secrets de l’affaire Jean Moulin 
    Jacques Baynac
    Éditions du Seuil, 1998
  • Aubrac, Lyon, 1943 
    Gérard Chauvy
    Éditions Albin Michel, 1997
  • Le procès d’un nazi 
    Jean-Pierre Ravery, aux éditions 
    L’Humanité-Librairie Nouvelle, 1987
  • «Gottlieb Fuchs, l’interprète de Barbie», 
    Raymond Zoller, 
    quotidien La Suisse, Genève
  • Le Renard, l’interprète de Barbie parle 30 ans après 
    Gottlieb Fuchs
    Éditions Albin Michel, 1973

Filmographie

  • Hôtel terminus, Klaus Barbie, sa vie et son temps
    Marcel Ophüls, 1988
  • Mon Meilleur ennemi
    Kevin Mac Donald, 2007

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