La Carlingue

En 1940, la France a capitulé face au régime nazi d'Hitler. La voie de la collaboration est ouverte, et un groupe de personnes, installé au 93 rue Lauriston dans le 16ème arrondissement de Paris, dirige les affaires intérieures d'une main de fer. Cette section française de la Gestapo, surnommée La Carlingue, sévira de 1941 à 1944, écrivant ainsi un des pans, pas très glorieux, de l'Histoire française.

La Carlingue est le surnom attribué à la fois au 93 rue Lauriston dans le 16ème arrondissement de Paris, siège de la Gestapo française, et s'applique également aux membres de cette branche française de la Gestapo, principalement des voyous et malfrats engagés par les nazis pour effectuer les basses besognes des SS.

Au 93 rue Lauriston, des Français torturent d'autres Français, obéissant aux ordres d'Henri Chamberlin, dit Lafont, un truand notoire, et de l'inspecteur Pierre Bonny. IMG03 Les 2 hommes sont à la tête d'une vingtaine de condamnés de droit commun, libérés à leur demande. Les bandits y côtoient les proxénètes, ou encore les mafiosi, dans une ambiance où la torture est chose commune. Plus tard, la Carlingue s'élargira, sur ordre des SS, et intègrera plusieurs factions, dont La Légion Nord-africaine.

 

La Carlingue - l'histoire de 2 hommes

L'histoire de La Carlingue est à relier étroitement aux biographies respectives d'Henri Lafont et Pierre Bonny. 

Henri Lafont

Henri Chamberlin, orphelin, connaît une enfance douloureuse. Il effectue son service militaire, puis enchaîne les petits boulots, arrondissant ses fins de mois en volant. Pris par la police, il est envoyé en prison puis au bagne de Cayenne d'où il réussit à s'évader. 

En 1939, revenu en région parisienne, Henri Chamberlin change son nom pour Normand, et obtient la concession d'un garage Simca, porte des Lilas à Paris. La guerre éclate, et la pénurie de clients se fait sentir. Il change alors de travail et devient gérant de la cantine de la préfecture de police de Paris, avec laquelle il possédait de bons contacts. 

Mais en 1940, un policier reconnaît ce bandit censé se trouver au bagne. Henri Chamberlin se retrouve alors incarcéré à la prison du Cherche-midi, et, par la suite, au camp de Cépoy pour ne pas avoir répondu à l'ordre de mobilisation. Il s'évade encore une fois, en compagnie d'autres détenus parmi lesquels figurent 2 espions allemands. Traqué par la police française, Chamberlin se rapproche des autorités allemandes installées à Paris, notamment du Colonel Rudolph, le chef de l'Abwehr, le service de renseignements de l'état-major allemand. 

Changeant une nouvelle fois d'identité, Chamberlin devient Henri Lafont, et met en place pour le compte des nazis, un bureau annexe dont le but est de s'approprier les richesses des appartements des juifs envoyés dans les camps de concentration. Parallèlement, ce bureau, situé au 93, rue Lauriston, effectue des travaux d'espionnage au profit des allemands. Henri Lafont se rendra peu à peu indispensable à la Gestapo allemande.

Pierre Bonny

Dans sa tâche, Lafont est aidé par l'ancien policier Pierre Bonny, jadis nommé «meilleur inspecteur de France» par le ministre Cheron. 

Ce dernier s'est fait une réputation grâce à l'Affaire Seznec, une affaire criminelle ayant défrayé la chronique en 1923. Puis, en 1934, l'affaire Stavisky éclate, et avec elle, une grave crise politique dans laquelle, Pierre Bonny jouera un rôle plus qu'important, qui lui vaudra le titre de meilleur inspecteur de France. Chassé de la police pour détournement de fonds et trafic d'influence, Pierre Bonny fera profiter l'occupant de ses multiples réseaux. 

Lafont et Bonny commencent alors à recruter des personnes pour servir les intérêts allemands. Le recrutement, quelque peu spécial, se fait en prison, Lafont et Bonny demandant la libération de criminels, proxénètes, voleurs ou mafiosi. En 1941, Lafont est ainsi fier de présenter à la Gestapo, une équipe d'hommes prête à servir les intérêts allemands. Marché noir, pillages, trafic d'or et de bijoux volés, aux juifs principalement, la bande à Bonny et Lafont mène la grande vie. 

En constante liaison avec la Gestapo, les 2 hommes donnent aux bâtiments du 93 rue Lauriston, une allure de portes des enfers. L'équipe commet meurtres, chantages, et surtout, fait une chasse effrénée aux résistants et maquisards, qu'ils torturent par la suite dans leurs locaux, en leur faisant subir des interrogatoires dignes de bourreaux: arrachage d'ongles, brûlures, limage des dents...etc. 

Au début de l'année 1942, Lafont obtient des allemands 20% de commissions sur les trafics. Et en parallèle, Pierre Bonny se concentre sur la haute-société française, leur offrant des passe-droits et libérant certains prisonniers, afin d'obtenir, en contre-partie, de multiples tolérances et soutiens. 

 

Au début de l'année 1944, Henri Lafont, alors monté au grade de responsable français de la Gestapo, crée la Légion nord-africaine sous les ordres du colonel SS Helmut Knochen, numéro 2 de la police allemande en France.

Le Grand Mufti de Jérusalem effectuant le salut nazi devant la légion des SS musulmans

En liaison constante avec le 93 Rue Lauriston, la Légion nord-africaine (LNA), ou Brigade nord-africaine (BNA) est une section paramilitaire constituée de musulmans vivants en France, dévoués à la cause nazie. Aussi nommée la «Phalange», la Légion Nord-africaine comprend, en 1944, 300 membres répartis en 5 sections. A la tête de ces 5 unités, Henri Lafont, et son adjoint, Pierre Bonny. La bande comprend également des sous-officiers français, leur permettant de garder un oeil sur l'armée française, mais leur plus grande force réside dans le réseau qu'ils ont créé avec l'occupant allemand. Ainsi, l'équipe formée par Lafont et Bonny peut se permettre des trafics en tout genre. 

La brigade Nord Africaine prendra part à plusieurs combats contre les résistants français dans le Limousin, le Périgord et la Franche-Comté. Connue pour ses atrocités envers les civils, la Légion Nord-africaine sèmera la terreur pendant plus de 6 mois. En juillet 1944, la Légion est dissoute, et ses membres se dispersent. 

Un ancien policier à la retraite dira, quelques années plus tard, sa stupéfaction quant à l'effectif de La Carlingue, qui regroupait alors les membres du 93, rue Lauriston, et ceux de la Légion Nord-africaine. Selon les archives, plus de 30.000 personnes, répondant à l'appel lancé par l'occupant allemand, auraient participé à ces milices collaboratrices. 

 

La Carlingue - La fin de La Carlingue

Le 31 août 1944, Henri Lafont et Pierre Bonny sont dénoncés par Joseph Joanovici, un opportuniste de confession juive, ayant traité tour à tour avec la Gestapo, et avec la Résistance.

Ce dernier connaissant parfaitement bien Lafont et Bonny, retourne définitivement sa veste lorsque les Alliés entament la libération de la France, et permettra ainsi l'arrestation des 2 hommes, retranchés dans une ferme en Seine-et-Marne.

Lafont/Chamberlin emprisonné

Interrogés à la Conciergerie, Pierre Bonny et Henri Chamberlin dit Lafont, bénéficieront d'un procès, qui s'étendra du 1er au 11 décembre 1944. Devant le juge, Pierre Bonny avouera tout, citant plus de 1000 noms impliqués dans les agissements du 93 rue Lauriston. Certains témoins haut-placés, et même des résistants, soutiendront Lafont, en souvenir des services rendus. Les 2 hommes seront condamnés à mort. Henri Lafont sera fusillé le 26 décembre 1944, et son adjoint, Pierre Bonny, subira la même peine le lendemain. 

La Bande de Bonny Lafont

La Carlingue prend fin, et avec elle, la collaboration française. Les principaux membres de La Carlingue seront jugés et condamnés à mort à la Libération. D'autres qui avaient réussi à maintenir certains contacts avec la Résistance,  trouveront un terrain d'entente, et purgeront une peine de prison. 

 

La Carlingue - Bibliographie et filmographie

Essais et Romans: 

  • La Place de l'Étoile
    de Patrick Modiano
    éditions Gallimard, 1968
  • Tu trahiras sans vergogne, histoire de deux collabos, Bonny et Lafont
    de Philippe Aziz
    éditions Fayard, 1970
  • La Bande Bonny-Lafont
    de Serge Jacquemard
    éditions Fleuve Noir,
    1992
  • Les comtesses de la Gestapo
    de Cyril Eder
    éditions Grasset,
    2007

Films

  • 93, rue Lauriston
    téléfilm,
    2004 

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