La Cocaine

Obtenue à partir de la feuille de coca et se présentant sous forme de poudre blanche, la cocaïne est généralement sniffée. Elle peut être aussi fumée ou injectée. Sa saveur est amère et provoque une sensation d'engourdissement sur la langue quand on la goûte.

La cocaïne est considérée comme un stupéfiant c’est-à-dire un psychotrope illégal parce qu'il est susceptible d'engendrer une consommation problématique, aussi appelé drogue.

Poudre

Cela signifie que la cocaïne agit sur le système nerveux central en y modifiant certains processus biochimiques et physiologiques cérébraux et induit des modifications de la perception, des sensations, de l'humeur, de la conscience. Pour la cocaïne, les effets sont les suivants:

  • la sensation d'avoir la gorge gonflée
  • une forte euphorie
  • un sentiment de puissance intellectuelle (illusion de tout comprendre et d'avoir une intelligence inconcevable) et physique (voire sexuelle) qui provoque une désinhibition
  • une indifférence à la douleur, à la fatigue et à la faim

Ces effets vont laisser place ensuite à ce qu'il est commun d'appeler «descente» ou «craving»: un état dépressif et à une anxiété.

 

Une plante rituelle depuis les Incas

Produite dans la région des Andes (Bolivie, Pérou, Colombie), la coca devient cocaïne en Colombie, puis transite par les Caraïbes, l’Amérique centrale et le Mexique avant de pénétrer sur le territoire du premier consommateur mondial, les Etats-Unis.

Il semblerait qu’il existe aussi de petites plantations dans d’autres pays d’Amérique latine, notamment au Brésil, en Guyane et au Venezuela. La culture de la coca est pratiquée le plus souvent dans des zones de colonisation.

Contrairement au Pérou et à la Bolivie, en Colombie, la coca n'y est pas du tout une culture traditionnelle. Elle y est arrivée dans les années 1980 dans le but explicite d'être transformée en cocaïne. Elle y a contribué à une violence inouïe à l'époque des cartels de Medellin et de Cali. Elle est l'un des éléments centraux du conflit colombien, qui, avec 22 000 victimes en 2004, reste un des plus meurtriers au monde. (voir article sur Pablo Escobar).

De 900 à 1 000 tonnes de cocaïne sont produites chaque année. La Colombie est le premier pays producteur de cocaïne, totalisant à elle seule 776 tonnes par an (données 2005).

La drogue représente le premier marché agricole mondial et le premier poste d’exportation de nombreux pays du Sud.

La culture de coca est devenue pour de nombreux paysans  une activité qui leur permet de survivre; les tâches agricoles mobilisent essentiellement les femmes, mais aussi les enfants et des personnes âgées. 

 

Le rôle de la Colombie et des cartels

L’importance de la Colombie réside avant tout dans son rôle dans l’élaboration de la cocaïne pure et dans son transport vers les marchés de consommateurs. On suppose qu’elle est responsable de l'entrée de plus de 70% de la cocaïne disponible sur le marché américain. Ce qu’on appelle des «cartels» sont l’association de divers entrepreneurs dans un même réseau.

La première génération de ces cartel a été constituée des cartels de Medellin et de Cali. Ils se répartissent la majeure partie du marché américain le premier régnant sur la côte ouest, le second sur New York. Mais les participants à ces cartels, surtout à celui de Medellin, peuvent conserver une part d’autonomie. Des personnes fortunées placent parfois des capitaux dans les opérations de transport réalisées par l’une ou l’autre organisation sans se sentir liées à jamais.

Labo de transformation de cocaïne

Les capos (chefs des réseaux) de Cali et de Medellin sont d’ailleurs assez prudents pour ne mettre directement sous leurs ordres qu’un personnel assez restreint, quitte à recruter des hommes de mains occasionnels dans la jeunesse défavorisée des villes. Ils n’encadrent pas les zones de cultures, ils préfèrent négocier avec ceux qui exercent cette fonction d’encadrement. On sait que les accords entre entrepreneurs impliquent des relations de toutes sortes avec des circuits de blanchiment d’argent bien sûr, mais également avec les autorités et des organisations privées de l’Amérique Centrale ou des Caraïbes.

Aujourd’hui, les anciens cartels ont été remplacés par des groupes hétérogènes, marqués par une grande flexibilité dans la gestion du commerce. Dans le nouveau millénaire, le trafic illicite de drogue semble fonctionner, en Colombie, comme une véritable «entreprise en réseau».

Les guérillas colombiennes profitent également du trafic pour financer leurs actions (exemple: les FARC, une guérilla marxiste forte de 15000 combattants)

 

La lutte contre le narcotrafic: un échec

Des opérations de lutte contre le narcotrafic sont effectuées en particulier par les Etats-Unis dans les années 80 via le service américain appelé Drug Enforcement Administration (DEA). Ce service est présent sur l’ensemble du continent sud- américain depuis sa fondation en 1973. Elle agit plus particulièrement en Colombie, en Bolivie, au Pérou, au Panama et au Mexique mais avec des résultats moins probants. Il s’agit de lutter contre les mafias américaines et le blanchiment des narcodollars dans les établissements bancaires et les paradis fiscaux.

Arrestation d'un paysan - DR

Contre les paysans, les méthodes les plus brutales sont employées: éradications forcées, fumigations aériennes de substances chimiques dangereuses pour l’environnement. La «guerre sainte» à la drogue permet également à Washington d’intervenir contre les mouvements ou gouvernements qui n’ont pas ou plus l’heur de lui plaire. On en a eu une claire démonstration avec l’opération «juste cause» et l’arrestation du général Noriega au Panama. Mais la DEA est parfois écartée au profit d’autres services américains comme la CIA, laquelle, au nom de douteuses raisons d’Etat, en la matière, a fermé les yeux voire a collaboré avec les mafias.

Les grands programmes d'épandage par avions d'herbicides sur les champs de coca colombiens ont, certes, contribué à réduire de près de 50% la surface plantée (de 163 000 hectares en 2000 à 86 000, fin 2003). Mais la quantité de cocaïne atteignant les marchés américains n'a aucunement été affectée. Les planteurs colombiens ont fait preuve d'une grande souplesse: les plantations se sont répandues dans tout le pays, les champs sont de plus en plus petits, mélangés à d'autres cultures, et donc impossibles à « traiter » par avions.

En 2005, malgré les milliers de victimes du conflit colombien, plus de 3 milliards de dollars dépensés par Washington à travers le plan Colombie et ceux qui arrivent dans la région par la nouvelle Initiative andine contre la drogue, les marchés de la cocaïne aux Etats-Unis et en Europe se portent à merveille.

 

L'épidémie de crack

Le crack est une forme dérivée de la cocaïne, obtenu par adjonction de bicarbonate ou d'ammoniaque.

Le crack est constitué du dépôt formé lors de la préparation de la cocaïne. Elle est peu onéreuse, ce qui explique qu’elle s’est développée à grande vitesse.

Crack

Les premières apparitions du crack se firent aux débuts des années 1980 dans certaines grandes villes des Etats-Unis et dans les Caraïbes. À partir de 1983, le crack commence à envahir tout le reste des États-Unis, plus particulièrement la côte Est. À partir de 1985, il y eut une hausse fulgurante de consommateurs, surtout dans les ghettos afro-américains, avec près de 1,5 millions de nouveaux adeptes par an.

C’est cette épidémie du crack qui explique l’action intensive des Etats-Unis dans la lutte contre les narcotrafiquants en Amérique latine.