La French Connection

La French Connection est l'un des réseaux de drogue français les plus connus.

Basée à Marseille, elle réceptionne la morphine base issue de l'opium venue des continents asiatiques et la transforme en héroïne pour la revendre sur le marché français et international. La French a connu son âge d'or dans les années 50 et 60.

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Une grosse prise pour la police

 

Contexte historique

La France entretient un rapport spécial avec la drogue depuis longtemps. Dans l'histoire de la French Connection, on ne peut pas ne pas évoquer les débuts du trafic d'opium entre l'Indochine et la France du temps de Paul Doumer.

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Paul Doumer en 1931

Ce sont les autorités françaises qui ont en premier instauré l'importation d'opium lorsqu'ils ont mis la main sur toute la production en Indochine. Et même si dès 1906, une convention internationale a interdit la trafic de drogue par les gouvernements, la réalité a mis longtemps à changer. Officieusement, les échanges de drogues ont continué durant plusieurs décennies avant de passer aux mains des mafieux.

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Fleur de pavot à opium

Cela explique en partie la passivité dont ont fait preuve les autorités françaises par rapport au trafic de drogue et d'héroïne en particulier jusque dans les années 70.

 

Contexte international

En 1930 aux États-Unis, prohibition et trafic vont de paire surtout grâce au célèbre Lucky Luciano.

Tombé en 1936 pour fraude fiscale après 20 ans d'activité mafieuse, il est incarcéré à la prison de Denamora. Depuis sa cellule, Luciano veut négocier sa libération en se mettant au service des alliés. L'armée ne cède pas. Mais Luciano les aide pour leur débarquement en Sicile. Il fait appel à la mafia locale qui met même les femmes au service des alliés et font de l'opération un succès.

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Lucky Luciano

Le prix à payer ? La libération de Luciano après 10 années seulement de réclusion. Il est renvoyé dans son pays natal avec mission de ne pas revenir, en 1946. Censé quitter le pays sans un sou, il est salué par tous les parrains de la mafia sur le quai et chacun lui faisant un cadeau, il se retrouve riche à millions en quelques minutes !

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Irving Brown, à droite

En novembre 1947, une grève générale des dockers est déclenchée à Marseille. Elle est endiguée par les américains qui voient leurs intérêts menacés par la situation. Ils emploient pour cette mission Irving Brownqui provoque la scission de la CGT et la naissance du parti de la Force Ouvrière. Puis le gouvernement voyant que le milieu était également gêné par la grève, donne aux mafieux argent et armes pour briser la grève. Objectif atteint.

 

La mise en place de la French Connection

En mars1950, les bateaux rentrent à Marseille depuis l'Indochine remplis de cadavres de soldats. Si les 1ers sont accueillis en grande pompe, ça tourne vite au carnage et les dockers sont choqués de la quantité de morts qui reviennent et du peu d'attention qu'on leur donne. Du coup ils décident de refuser de charger les armes. En pensant que la guerre allait s'arrêter. Mais la direction du port décide elle de licencier 800 d'entre eux. Par solidarité les 4000 dockers déclarent une grève générale. En quelques jours, on compte 35 000 grévistes sur tous les ports de France.

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Le port de Marseille en 1950

Les américains sont très contrariés par la situation et ils décident de renflouer le compte d'Irving Brown de 15 000 $ pour qu'il puisse financer les opérations nécessaires à l'arrêt de la grève. Les politiques français et les hommes du clan Guérini, grande famille mafieuse de la cité phocéenne, rallient l'action américaine par intérêt commun.

Des prisonniers sont libérés pour briser la grève, qui viennent s'ajouter aux les hommes de mains des clans Guérini, Francisci et Venturi.

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Dockers en 1950 @ Gérald Bloncourt

Et ça marche ! Après 40 jours de grève les docks sont libérés. C'est une victoire sans conteste pour le milieu et les politiques décident en guise de reconnaissance de fermer les yeux sur les trafics entre l'Indochine et la France entre autre.

Lucky Luciano a assisté aux événements de Naples, il sait désormais que le milieu marseillais est fiable et puissant. Il s'associe à la filière corse, aux Venturi et aux Francisci sous le haut patronage d'Antoine Guérini, parrain des parrains sur Marseille.

Le deal est le suivant : les mafieux italiens convoient la morphine base du Moyen-Orient, d'Indochine et de Turquie jusqu'à Marseille. Là elle est transformée par les français dans les laboratoires marseillais en héroïne pure puis exportée aux États-Unis. La poudre d'origine française se fait une réputation extraordinaire car elle est pure à 98% grâce à Monsieur Jo, un chimiste hors pair nommé Joseph Césari.

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Joseph Césari, le chimiste aux doigts d'or

Durant 2 décennies, la French Connection connaît un développement continu. Les familles s'enrichissent, le trafic grandit. Côté Venturi, Dominique crée la Coopérative d'Entreprise Générale du Midi (CEGM) et remporte un grand nombre des appels d'offre publics de la ville. Son frère Jean est responsable de la société Ricard au Canada, il s'en sert pour gérer tout le trafic d'héroïne sur ce territoire. Marcel Francisciflirte avec le SAC, le Service d'Action Civique, une police parallèle du parti gaulliste. Antoine et Mémé Guérini sont considérés comme les juges de paix du milieu. Les politiques marseillais ferment les yeux, tout le monde gagne quelque chose dans cette situation.

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Dominique venturi

 

Le vent tourne

Au début des années 70, le vent tourne et tandis que les États-Unis réagissent pour endiguer le phénomène de la drogue sur leur territoire, la France reste assez passive.

Les États-Unis qui ont toujours été en avance sur le vieux contient se retrouvent gangrenés par le trafic drogue dès la fin des années 50. Plus de 150 000 toxicomanes sont comptabilisés sur le sol américain et 80% de l'héroïne vient de France.

En février 1971, Raymond Marcellin, ministre intérieur, rencontre John Mitchel, attorney général des États-Unis pour signer un protocole de collaboration afin d'endiguer le trafic

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Raymond Marcellin

Ils font appel à John Cusack, le roi des stupéfiants, pour agir efficacement. Il faut dire que les trafiquants ont changé la donne. Alors qu'ils utilisaient des filières très confidentielles et que la drogue ne faisait que transiter par la France, ils ont peu à peu développé la vente en France. Et là les autorités n'ont eu d'autre choix que de réagir en découvrant l'ampleur du phénomène en terme de consommation. Le paysage est totalement différent de celui du début des années 50.

La brigade des stupéfiants qui était composée de 8 membres en 1969 se voit donner accès à des moyens d'actions d'une nouvelle ampleur : écoutes téléphoniques, voitures rapides.... En 1971, la brigade de Marseille compte 77 personnes et le service devient l'un des plus actifs de la police. Les peines encourues pour trafic de drogue passent de 5 à 20 ans en France.

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Héroïne

Les méthodes policières utilisées sont fortement influencées par le modèle américain. D'ailleurs la collaboration entre les 2 pays est totale sur le sujet. Les policiers choisissent un passeur, qu'ils laissent volontairement agir plusieurs fois avant de récolter suffisamment d'informations pour démanteler tout le réseau. De la même manière, ils se servent des trafiquants arrêtés pour obtenir le maximum d'informations en leur proposant une réduction de peine et des conditions de détentions plus «luxueuses».

Par exemple en 1970, la police américaine arrête Richard Berdin, un trafiquant français pour 90 kg d'héroïne pure trouvés dans une voiture dont il attendait la livraison. Il accepte de dénoncer son réseau en échange de protection et d'anonymat.

 

Déclin de la French Connection

​​​​​​​En 1872, la police marseillaise réalise la plus grosse prise d'héroïne jamais réalisée, 425 kg sont trouvés à bord du bateau Le Caprice du temps. Joseph Césari tombe lors de cette opération et écope de 20 ans de prison. Il se suicide dans sa cellule. Cinq laboratoires sont démantelés, et les prises ne cessent d'augmenter mais le trafic grandit de la même manière. Malgré les interdictions, dont celle de la culture du pavot en Turquie, les mafieux s'adaptent et vont chercher ailleurs leur matière première. Mais la mondialisation finit par avoir raison des grandes familles marseillaises car la concurrence augmente et les méthodes changent radicalement.

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Antoine Guérini

Antoine Guérini, le parrain des parrains est assassiné dans une station service en 1967, son frère et une partie de la famille sont arrêtés peu de temps après pour avoir vengé la mort de leur aîné. Les autres clans sombrent aussi petit à petit, la nouvelle génération prend la place. Le juge Michel jouera un rôle très important dans la poursuite du démantèlement des réseaux de la French. Entre 1974 et 1981, date de son assassinat, il ferme 5 laboratoires et envoie derrière les barreaux un grand nombre de trafiquants. Il paiera de sa vie son action.

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Le juge Michel

La French Connection a muté, s'est transformée et même si elle n'a plus rien à voir avec les 4 grandes familles qui l'ont fait naître, elle continue d'exister.

 

Autour de la French Connection

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Bibliograhpie

  • D... comme drogue
    Alain Jaubert
    Éditions Alain Moreau
    1974
     
  • La Politique de l'héroïne - L'implication de la CIA dans le trafic des drogue
    Alfred W.McCoy
    Editions du Lézard
    1979
     
  • Beaux Voyous, l'histoire de la French Sicilian Connection
    ​​​​​​​
    Thierry Colombié
    Fayard
    2007
     
  • La French Connection, les entreprises criminelles en France
    Thierry Colombié
    Non Lieu/OGC
    2012
     

Filmographie

  • French Connection
    William Friedkin
    1971
     
  • French Connection 2
    John Frankenheimer
    ​​​​​​​1975