La fusillade du college Dawson

Banlieue de Montréal, Canada, 13 septembre 2006. Au collège Dawson, des milliers d’étudiants viennent de reprendre les cours après la trêve estivale. En début d’après-midi, un homme armé entre dans la cafétéria et ouvre le feu...

Le collège Dawson est l’un des plus grand et des plus prestigieux collège d’enseignement général et professionnel anglophone de la province du Québec. Premier de son type, c’est un établissement public à vocation de formation technique et pré-universitaire qui ouvre ses portes en 1967 et accueil pour ses premières promotions 1200 étudiants.

Le collège de Dawson

En 1989, le collège emménage à son adresse actuelle, 3040 rue Sherbrooke Ouest, dans la petite ville de Westmount, en périphérie de Montréal. Il accueille aujourd’hui plus de 10 000 étudiants venant du monde entier, dans des formations en sciences, sciences sociales, lettres et arts. 

Le collège Dawson est principalement réputé pour la qualité de son enseignement, les performances de ses équipes sportives et les résultats obtenus par ses étudiants, largement au dessus de la moyenne nationale. Jusqu’au 13 septembre 2006, où son nom entre l’histoire, mais pour un raison bien moins glorieuse.
 

Le déroulement du drame

13 septembre 2006, 12h40, des étudiants voient un homme, en trenchcoat noir, coiffé d’une crête iroquoise, entrer dans l’établissement muni d’une carabine. On pense à une blague, on se dit que l’arme est un jouet. Jusqu’à ce que l’homme fasse feu. 5 coups résonnent dans le hall d’entrée à 12h42 et la panique commence. Le 911 est tout de suite appelé, mais l’homme poursuit son chemin et se rend à la cafétéria.

Il ne faut pas plus de deux minutes à la police pour arriver sur les lieux. A l’intérieur du collège, l’agresseur tire à tout va.  La presse est déjà sur place. 13h10, la police entre dans la cafétéria. L’agresseur tire. La police réplique. Il est touché au bras, prend son pistolet Glock et se tire une balle dans la tête.


La police sur les lieux

La police et les secours évacuent les étudiants et les enseignants traumatisés, des cellules psychologiques sont immédiatement mises en place, les blessés sont pris en charge. Tout de suite, l’interrogatoire des témoins commence. Il faut comprendre, savoir s’il n’y a pas d’autres tireurs fous à arrêter. On parle d’un ou deux tireurs supplémentaires. On parle de prise d’otages.
 

Le dénouement

La police fouille l’établissement de fond en comble. Des enseignants et des étudiants, terrorisés, sont barricadés dans divers salles. Il faudra plusieurs heures pour les convaincre de sortir. La rumeur d’un second tireur abattu par un policier à l’arrière du bâtiment se repend. Les médias, par manque d’informations, relaient tout et n’importe quoi. Le pays est en haleine.

Au total, la police dénombre 19 blessés, certains dans un état grave. Mais aucun ne succombera à ses blessures. L’un d’eux, Hayder Kadhim, a reçu trois balles, dont une dans la tête et une dans le cou qui ne pourront être extraite au risque de le tuer. Il vit depuis avec les projectiles dans son corps. En 2008, il participe à l’émission de TF1 Secret Story, dans laquelle son secret est justement qu’il a survécu à cette fusillade et en garde ces séquelles.

Anastasia de Sousa

Plus tragiquement, la fusillade a fait deux morts. Parmi eux, l’agresseur, qui s’est suicidé d’une balle dans la tête. Les dégâts produits par l’impact rendent son identification difficile.  La deuxième victime est une jeune femme, Anastasia de Sousa, âgée de 18 ans et d’origine portugaise. Elle a reçu 9 balles.
 

L'identité du tueur

Tous les témoignages concordent vers le même agresseur et la police dément très vite les rumeurs selon lesquels il y aurait plusieurs tueurs et confirme l’avoir abattu. Le drame est terminé. Reste maintenant à identifier le tireur fou. Un nom apparaît et fait le tour des média : Kimveer Gill. Ce 13 septembre 2006, peu avant minuit, les autorités confirmeront qu’il est bien l’auteur de la fusillade.

Qui était alors Kimveer Gill ? Né en juillet 1981, il a 25 ans au moment des faits. Issu d’une famille indienne, il vit avec ses parents et ses deux frères jumeaux, dans l’isolement et la discrétion. Installée depuis 15 ans à Laval, ville voisine de Westmount, la famille n’a en effet que très peu de contact avec le voisinage, pas d’amis connus, pas de visites. Kimveer est à l’image de cette famille. Extrêmement discret, on se souvient rarement de lui dans les écoles qu’il a fréquenté. On ne lui connaît pas d’amis, pas de relations, pas de travail. Il a tenté d’intégrer l’armée quelques années plus tôt, mais a abandonné au bout de 4 mois. Solitaire et taciturne, il n’a pourtant pas l’image d’un jeune homme violent ou méchant.

Kimveer Gil

Pourtant, Kimveer voue une véritable fascination aux armes à feu. Il en possède lui même 3, ainsi que des centaines de cartouches, achetées légalement. Un pistolet Glock de 9mm, une carabine semi-automatique Beretta et un fusil de chasse. Plus troublant encore est son profil sur le site communautaire gothique Vampirefreaks.com. Pseudo : Fatality666. Dessus, il clame sa haine des gens « normaux » et de la vie en générale, méprise les professeurs et les étudiants qu’il considère « sans valeur, mauvais, traitres, menteurs, trompeurs ». Il dit que la police le surveille depuis maintenant 6 ans, qu’il est « enfermé dans une cage invisible coincée dans [sa] tête » et qu’il n’a « aucune chance d’en échapper ». Il dit également vouloir mourir jeune, sous une pluie de balles.
 

Le passage à l'acte

Mal dans sa peau, son blog aurait pu n’être qu’un exutoire. Pourquoi est-il devenu une profession de foi ? Comment un jeune homme peut à ce point basculer dans l’horreur ? Gilles Chamberland, directeur des services professionnels de l’Institut Pinel, haut lieu de la psychiatrie légale, a analysé les écrits de Kimveer Gill.

Selon lui, Kimveer se considerait rejeté de la part de ses camarades, en milieu scolaire, et en tenait pour responsables ses professeurs, coupables de n’avoir rien fait pour l’aider. Il en développa une véritable haine et une rancœur tenace à leur égard. Haine qui va se généraliser à l’ensemble de l’humanité et dégénérer en pathologie. Kimveer se sentait persécuté et aurait développé des troubles paranoïaques qui le conduisirent à se replier toujours plus sur lui-même. Gravement dépressif, le jeune homme était dépourvu d’estime de soi et incapable de se remettre en question. En aurait résulté, pour compléter le tableau, une sociopathie altérant toute empathie et tout rapports moraux.

Un site incitatif

Sur vampirefreaks.com, il rencontre bien malhencontreusement des gens qui le confortent dans l’idée que la vie est un enfer, que quoique l’on fasse on est seul, que le monde et les gens sont néfastes. De ces délires d’adolescents mal dans leur peau, Kimveer Gill n’aurait jamais su se sortir. Il fallait y mettre un terme, mais se venger d’abord.
 

Polémiques

Evidement, le drame crée la polémique. Les institutions sont mises à mal, l’incompréhension règne. Comment n'a-t-on pas pu identifier un jeune homme dans une telle situation ? Comment a-t-on pu passer à coté d’un tel désespoir ? Bien sûr, le drame relance le débat sur le contrôle des armes à feu. Mais plus encore.

Le 16 septembre, une journaliste québécoise, Jan Wong, accuse le racisme ambiant qui baigne la province du Québec. Selon elle, le climat social crée un véritable sentiment de malaise et d’exclusion chez les immigrés et leurs enfants. Elle parle de ghettoïsation et accuse les institutions d’abandon de ces populations. Elle parle de son expérience : elle a fuit le Québec pour l’Ontario, tant la situation là-bas lui était difficile. Elle met en parallèle la fusillade du Collège Dawson avec deux autres perpétrées dans les années 90 par, également, des enfants d’immigrés. Les autorités québécoises démentent, s’offusquent, demandent réparations, mais le mal est fait et la suspicion s’installe.

L'arme du crime

Une autre polémique nait. Celle-ci concerne la mort d’Anastasia de Sousa, tuée de neufs balles dans le corps. Selon un témoin, ces balles ne proviendraient pas des armes de Kimveer Gill, mais de celles de la police. En effet, lors de l’assaut des forces de l’ordre, Kimveer Gill aurait utilisé la jeune femme comme bouclier humain, pour se protéger des tirs. Avant cela, elle n’aurait été pas été blessée par ceux de Gill. Encore une fois les autorités s’indignent. Le maire de Montréal salue une opération « bien contrôlée », et félicite les forces de police sans l’intervention de qui le nombre de victimes à déplorer aurait pu être plus conséquent. Devant l’horreur de l’événement, la presse et l’opinion publique laissent rapidement de coté ce témoignage gênant.

La vie reprend tant bien que mal 5 jours plus tard au Collège Dawson. L’établissement accueille les étudiants et les professeurs pour leurs faire bénéficier d’une assistance psychologique.

Le 19 septembre sont célébrés les funérailles d’Anastasia de Sousa. Le même jour, en comité privé et sous garde policière, se déroulent celles de Kimveer Gill, et son incinération.
 

En quelques dates

  • Juillet 1981 : Naissance de Kimveer Gill
  • 13 septembre 2006:
    • 12h42 : Kimveer Gill entre dans le Collège et ouvre le feu
    • 12h44 : La police arrive sur place
    • 13h10 : La police intervient dans la cafétéria et Kimveer Gill se suicide après un échange de coup de feu
    • 17h52 : La police annonce la mort d’une jeune femme de 18 ans, d’Anastasia de Sousa
  • Peu avant minuit : L’identité du tireur fou est révélée
  • 16 septembre 2006 : publication de l’article de Jan Wong accusant le climat social québécois
  • 18 septembre 2006 : réouverture des portes du Collège Dawson
  • 19 septembre 2006 : funérailles d’Anastasia de Sousa et de Kimveer Gill.
     

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