La Mondaine

Fondée au XVIIème siècle, la brigades des mœurs a connu un histoire riche en rebondissements mais son existence a perduré quasiment sans discontinuer jusqu'à aujourd’hui.

Son rôle malgré les apparences n'a pas toujours été de lutter contre la débauche. Sa mission principale était une mission de renseignements et de surveillance du «monde». Bienvenue dans le monde de la nuit, des maisons closes, des filles, des mafieux et des flics.

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Maison close

 

Historique

La mondaine a plusieurs siècles ! Créée par Le lieutenant La Reynie sous Louis XIV, la police des demoiselles est la structure qui permet au roi de démanteler la cour des miracles en 1668. Les mouches étaient des indics dont les précieuses informations récoltées chez les demoiselles valaient de l'or.

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Gabriel Nicolas de la Reynie

En 1747, un nouveau lieutenant, Nicolas-René Berryer de Ravenoville crée le «Bureau de la discipline des mœurs». Cette nouvelle commission a pour vocation d'accumuler des renseignements plus que de véritablement lutter contre la débauche. Berryer place à la tête de ce service l'inspecteur Meusnier et le charge de lui faire chaque matin un billet faisant état des faits et gestes des nobles de la cour et de l'entourage du roi. C'est ensuite Berryer en personne qui se rendait auprès du souverain pour le tenir informé des escapades nocturnes de ses proches. Cette tradition du Journal Galant fut perpétuée au delà du lieutenant.

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Le lupanar, Van Gogh, 1888

Les maisons closes sont légalisées en 1804 par le préfet de police qui exige que les filles qui veulent entrer dans les bordels passent une visite médicale et être inscrites à la brigade des mœurs. Ce système traverse presque tout le XIXème siècle. En 1881, la brigade ferme sous effluves de scandales et de corruption. Mais elle refait son apparition 20 ans plus tard sous le sobriquet de Police Mondaine. Sa mission ? Surveiller le monde...

 

Durant les guerres

Durant les guerres, l'industrie de la luxure a pas beaucoup évolué. D'un stade relativement artisanal, les maisons closes sont devenues de vraies entreprises, souvent gérées par le maris des mères maquerelles. Si les gérantes sont souvent connues, les propriétaires restent dans l'ombre et l'on apprendra bien plus tard que l'on compte dans leurs rangs nombre de hauts responsables, hauts fonctionnaires, anciens ministres, sénateurs, députés, banquiers, autant d’industriels et de conseillers municipaux...

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Salon de la rue des moulins, Toulouse Lautrec,1894

Les mafieux du Milieu se mêlent aux notables dans ce sombre trafic, comme Antoine et Mémé Guérini à Marseille. On compte à Paris en 1914, 250 maisons closes, sous la surveillance de la Brigade des mœurs. On dit que les renseignements collectés par ses inspecteurs sont notés sur des mémos sans en tête ni signature, appelés des «blancs». Ces notes étaient classées dans des dossiers roses, eux-mêmes conservés dans un coffre du 2nd étage du 36 quai des Orfèvres, «L’étoile».

On pense vite à Edgard Hoover et à ses carnets noirs qui ont fait trembler le territoire américain durant un demi siècle, grâce au même système d'espionnage par la vie privée.

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John Edgard Hoover

La fin de la 2nde guerre marque la fin des 1500 maisons closes françaises.

En 1946, Marthe Richard obtient l'abolition de la loi sur les maisons de tolérance mais pas la destruction de toutes les fiches des prostituées, dont la sienne établie pour racolage en 1905. La Brigade des mœurs reste en place car ses services sont indispensables aux gouvernements de l'époque.

 

Les années 50

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La fermeture des maisons closes est une catastrophe pour la mondaine mais également pour les filles qui se prostituent. Loin de réguler ou de faire diminuer l'activité, la loi du 13 avril 1946 voit émerger des centaines d'établissements clandestins et une augmentation affolante de racolage. De nouvelles filières voient le jour, des filles sont envoyées du Maghreb puis d'Afrique et enfin de l'Est.

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Madame Claude

Quelques exemples illustres comme celui de Madame Claude font exception à cette ambiance déclinante.Fernande Grudet de son vrai nom monte en 1957 un commerce de filles de luxe. Son négoce de luxure prospère et tient la route durant 20 ans. Elle exerce tout du long avec la bénédiction de l'état selon ses propres mots. C'est finalement le fisc qui la rattrapera.

La brigade change de nom et de fonction en 1975 par décision du ministre de l'Intérieur, Michel Poniatowski. Devenue brigade des stupéfiants et du proxénétisme, elle est en charge de démanteler de puissants réseaux qui n'ont plus rien à voir avec les commerces de charmes du début du siècle. En 1989, la brigade est à nouveau remaniée et scindée en deux services distincts, la répression du proxénétisme (BRP) et la lutte contre les stupéfiants.

Martine Monteil est la 1ère femme à accéder à la tête de la BRP.

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Martine Monteil @AFP

 

Un positionnement trouble

Si la mondaine fait trembler, elle n'en reste pas moins elle aussi une actrice de la vie nocturne. Très vite dénoncée par Clémenceau par exemple sur le fait qu'elle s'immisce dans la vie privée des gens, la mondaine acquiert une réputation trouble. Les informations qui atterrissent dans ses dossiers roses ne sont pas toutes utilisées.

Pourquoi demandent certains ? Les compromis et les demi teintes sont souvent l'apanage de ce genre de décor. Taxée tour à tour de tolérance et d'autoritarisme, la Mondaine, comme on l'appelle encore aujourd’hui, a ses têtes.

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Femme tirant sur son bas, Toulouse Lautrec, 1894

Et puis les informations arrivent rarement gratuitement. Tout ceci a composé et compose encore aujourd'hui l'histoire de la brigade des mœurs, que Véronique Willemin a retracée dans un ouvrage qui a fait sensation lors de sa sortie en 2009. En préface, Guy Parent, l'actuel chef de la brigade de répression du proxénétisme à Paris, déclare : «La mondaine, c'est tout à la fois le monde de la nuit, du renseignement et des informateurs, des gens qui savent beaucoup et ne disent rien. On lui prête des pouvoirs immenses, dont on ne sait ce qu'elle va faire ; c'est le monde de l'argent, des paillettes, du champagne et des femmes.»

 

Autour de la mondaine

Bibliographie

La Mondaine, Histoire et archives de la Police des Mœurs
Véronique Willemin
Hoëbeke
2009

La police des mœurs sous la IIIe République
Jean-Marc Berlière
Seuil
1992

 

Filmographie

L'Apollonide
Bertrand Bonello
2011

Maisons Closes
Canal+
2010

Rue des plaisirs
Patrice Leconte
2002