Dossier /

La Reconstitution Faciale

Lors des enquêtes criminelles, il arrive que certains corps ne soient pas identifiables. Alors qu'il y a quelques décennies, ces victimes tombaient dans l'oubli, aujourd'hui, grâce aux avancées technologiques, la médecine légale peut découvrir à qui appartient ce crâne. C'est ce qu'on appelle la reconstitution faciale. C'est ainsi que les morts d'aujourd'hui ne restent plus anonymes.

C'est à la fin du 19e siècle que les anthropologues ont commencé à se demander comment ils pourraient faire pour donner un visage à un squelette afin que les victimes en  état de décomposition soient identifiables.

Ce sont les anthropologues Welcker et Sien qui ont les 1ers trouvé une technique de reproduction faciale tridimensionnelle de restes crâniens.

On doit aussi à Sien les premières données sur le massage facial. Kollmann et Buchly l'ont suivi, ont ajouté certaines données à ce massage, à tel point qu'aujourd'hui encore, les anthropologues experts en reconstitution faciale utilisent encore leurs références.

Reconstitution - © Copyright Royal Canadian Police Mounted

Il faut savoir que la reconstruction faciale provient de 2 sous-champs de l'anthropologie: l'anthropologie biologique et l'archéologie. Alors que dans le 1er, le but est de trouver le visage humain d'un tas d'os, le 2e a surtout été utilisé pour affirmer ou infirmer l'identité de tel ou tel personnage historique.

En 1964, Gerasimov tente la reconstitution faciale paleo-anthropologique pour estimer des peuples antiques. Et c'est grâce à lui que quelques années plus tard, Wilton M. Krogman aide à la popularisation de la reconstruction faciale dans le champ médico-légal. Il est suivi par des anthropologues mondialement reconnus par la profession comme: Cherry, Angel, Gatliff, Snow et Iscan. Tous sont des maillons importants de la chaîne de la reconstitution faciale. Tous ont apporté leur contribution aux recherches et aux soins permanents pour que les techniques s'affinent, évoluent ou se perfectionnent.

 

Les différents types de reconstitution faciale

Dans le domaine judiciaire, lorsque l'on parle de reconstitution faciale, on peut estimer qu'il y a 3 courants qui se démarquent: les reconstructions bi-dimensionnelles, les reconstructions tri-dimensionnelles, et les superpositions.

Reconstitution bi-dimensionnelle- DR

Les reconstitutions bi-dimensionnelles sont faites à partir de photos et du crâne retrouvé. Ce sont des dessinateurs experts qui reproduisent un visage grâce à ces éléments. Cette méthode a été utilisée dans les années 80 par Karen T. Taylor au Texas. Sa technique est la suivante: il suffit de poser divers marqueurs de profondeur sur un crâne non identifié afin de reproduire les tissus dermiques. C'est alors qu'il convient de prendre une photographie du crâne enveloppé pour les utiliser comme base pour les schémas faciaux faits sur le vélin transparent.

Aujourd'hui, il existe des logiciels permettant de recréer ce processus de reconstruction rapidement. De plus, ils sont en capacité de formuler des variations très subtiles, beaucoup plus rapidement que les dessinateurs manuels.

Reconstitution tri-dimensionnelle © Copyright Royal Canadian Police Mounted

En ce qui concerne les reconstitutions faciales tri-dimensionnelles, elles peuvent être faites à partir de sculptures (restes crâniens étant la base) ou avec des images haute résolution provenant d'un logiciel informatique. Tout comme les reconstructions bi-dimensionnelles, il faut la plupart du temps un dessinateur et un anthropologue légal.

Le logiciel haute définition scanne les photos des crânes non identifiés et les recoupent avec une base de données de photos de personnes disparues.

A l'heure actuelle, ce sont les logiciels informatiques qui sont les plus utilisés, pour leur rapidité et leur efficacité.

Superposition - DR

La superposition, quant à elle, peut être utilisée comme méthode de reconstitution faciale légale. A ceci près que les investigateurs doivent avoir une certaine connaissance des restes humains qu'ils traitent. C'est-à-dire qu'ils savent plus ou moins à qui appartiennent les ossements, ils ont surtout besoin d'une validation de leurs recherches.

Il faut superposer une photo d'une personne disparue que l'on pense être la victime, et le crâne passé au rayon X. Si les dispositifs anatomiques du visage s'alignent, c'est que la victime est bien celle que l'on supposait.

 

Les limites de la reconstitution faciale

Même si les techniques de reconstitution faciale ont fait d’énormes progrès, il n’en demeure pas moins qu’elles ont des failles. Il y a par exemple le problème de l’épaisseur des tissus dermiques. En effet, les données tissulaires et leurs épaisseurs sont différentes selon que l’on a à faire à une femme, un homme, un enfant, ou même certaines ethnies. Seulement, les dessinateurs légaux ne le savent pas toujours tout de suite, ce qui ralentit la procédure et fait chuter la probabilité de reproduire le bon visage à partir du crâne retrouvé. 

La reconstitution faciale a beau connaître 3 méthodes principales, il existe en réalité une multitude de techniques, propres à chaque service d’anthropologie légale. Ainsi, d’un service à l’autre, les méthodes de reconstruction peuvent être radicalement différentes.

Reconstitution faciale - DR

Cette disparité engage le rôle de la reconstitution faciale dans l’identification légale. Sans uniformité, la reconstitution ne peut pas appartenir complètement à l’identification large.

Enfin, la reconstitution faciale légale connaît une grande limite, celle de la subjectivité des artistes. Si le crâne et les différentes méthodologies aident à découvrir les principaux traits du visage, il n’en reste pas moins que c’est à l’appréciation du dessinateur de rajouter une ride d’expression, une tache de naissance, la forme du nez ou des oreilles (qui sont en cartilage et non à base d’os). Donc pour le même crâne, 2 dessinateurs légaux peuvent nous produire 2 portraits-robots différents selon qu’il aura telle ou telle sensibilité.

 

La reconstitution faciale face aux médias

Depuis quelques années, les séries télévisées criminelles connaissent un réel succès. Chacune a ses spécialités et la reconstitution faciale n’est pas oubliée. Dans les séries telles que NCIS ou Les Experts (CSI aux Etats-Unis), on y voit souvent les techniciens légaux tenter avec succès des reconstitutions faciales.

Mais c’est avec la série Bones que la reconstruction faciale connaît ses plus beaux jours. L’anthropologue judiciaire Temperance Brenan et ses acolytes l’utilisent de façon experte à chaque épisode, trouvant l’identité de chaque crâne retrouvé.

Bones - Saison 5

Bien sûr, les techniques représentées ne sont pas toujours celles utilisées dans les bureaux de la médecine légale.

L’intérêt d’avoir mis cette technique sur le devant de la scène réside surtout dans le fait qu’elle ne sert pas uniquement dans le domaine judiciaire. Le domaine historique l’utilise depuis longtemps et apprécie grandement la médiatisation de la technique. Ainsi, en juin 2005, la découverte de la reconstitution faciale du Roi égyptien Tut a fait la couverture du magazine National Geographic.

 

Bibliographie

  • Aulsebrook, Iscan, Slabbert et Becker
    Superimposition and reconstruction in forensic facial identification : a survey.
    1995
    Revue: Forensic Sci Int
     
  • Austin-Smith et Maples
    The reliability of skull/photograph superimposition in individual identification.
    1994
    Revue:  J Forensic Sci
     
  • Iscan
    Introduction of techniques for photographic comparison : potential and problems.
    1993
    Revue: Forensic Analysis of the Skull. Craniofacial Analysis, Reconstruction, and Identification .
     
  • Kleinberg , Vanezis et Burton
    Failure of anthropometry as a facial identification technique using high-quality photographs.    
    2007
    Revue : J Forensic Sci
     
  • Le Breton et Grosbois
    Le visage, symbole de notre identité.
    1993
    Le journal des Psychologues
     
  • Perrot
    Use of anthropological methods in the identification of unknown individuals.
    1996
    14 th Meeting of the International Association of Forensic Sciences