La Typologie Criminelle

Pourquoi un criminel passe à l’acte ? Telle est la question qui se pose à chaque meurtre, crime, ou assassinat dont on a connaissance. Des tueurs en série, aux poseurs de bombes, en passant par les violeurs, tous ont en commun un profil psychologique hors du commun…Et c’est cette piste là qu’ont décidé de suivre les profilers, les sociologues ou psychologues. Eclairage sur le profil psychologique et la typologie des criminels.

On a toujours voulu savoir pourquoi un criminel passait à l’acte. Alors que dès le 19e siècle, les italiens (Cesare Lumbroso en tête) ont cherché à reconnaître le profil physique du tueur, les études américaines sur le comportement du 20e siècle ont quant à elles, mis en évidence un profil psychologique.

C’est grâce à ces recherches que Ressler, Burgess et Douglas, des membres actifs du F.B.I., ont écrit «Manual Crime classification», une bible du profilage. Dans cet ouvrage, les criminels sont classifiés selon leur psychologie. 

D’autres recherches mettent en évidence des similitudes sociologiques entre les meurtriers. 

Aujourd’hui, les théories farfelues sur le profil physique du tueur sont obsolètes. En revanche, les théories psychologiques et sociologiques sont d’actualité. Et elles ne doivent en aucun cas se confronter mais plutôt s’additionner afin de dresser la meilleure classification criminelle possible. 

Chacune de ces théories comporte ses forces et ses faiblesses. Et c’est tout le travail des profilers que de savoir les appréhender pour élaborer le portrait le plus plausible de l’assassin afin de l’arrêter au plus tôt. 

Cette classification n’est pas statique. Elle est en constante évolution, suivant les dernières recherches, incorporant de plus en plus de données extérieures pour former un tout et qui sait, un jour créer une typologie tellement fine qu’il sera impossible de tuer 2 fois. La fin des serial killer.

 

Le serial killer

Le terme de tueur en série (ou serial killer) a été utilisé pour la 1ere fois dans les années 70 par Robert Ressler, du F.B.I. (le bureau fédéral d’investigation des Etats-Unis) au procès de Ted Bundy. Aujourd’hui, il est largement utilisé pour désigner les personnes assassinant au moins 3 personnes avec un mobile non traditionnel et dans un laps de temps pouvant aller de quelques jours à plusieurs années, selon le tueur. 

Robert Ressler - DR

Les américains ont établi une classification psychiatrique pour cataloguer les serial killer : les sociopathes et les psychotiques.

  • Le sociopathe n’est pas adapté au monde. Il a ses propres règles, ses propres lois. Il est en général intelligent et pervers dans sa façon d’opérer. C’est une personne organisée qu’il est difficile d’appréhender. Et lorsqu’ils sont arrêtés, ils n’éprouvent que très rarement des remords quant à leurs actes. 
     
  • Le psychotique est beaucoup plus désorganisé. Il est marginal et ne ressent aucune empathie pour ses victimes. On associe régulièrement sa personnalité asociale avec de mauvais traitements connus dans l’enfance. Il manipule facilement les gens autour de lui et connaît une réussite sociale bien qu’il soit considéré comme marginal. Il lui est donc aisé de mentir aux autres, voire même aux enquêteurs. C’est une personne difficile à arrêter. En prison, il devient un véritable détenu modèle alors qu’en réalité il est une des personnes les plus dangereuses pour la société. 

Le mass murder

Aux Etats-Unis, on différencie le tueur en série du tueur de masse ou mass murder. On considère qu’un assassin est classé dans les mass murder lorsqu’il a commis au moins 4 homicides au même endroit en même temps. 

Il est souvent associé à une personne psychotique, qui voit dans son carnage un but ultime ou une façon de faire parler de lui, afin qu’on ne l’oublie pas. Il ne cherche pas à se cacher. Pire, il finit souvent par se suicider sur les lieux même de son massacre. Parfois, c’est même cette envie de se supprimer qui le pousse à agir et tuer le plus de personnes autour de lui.La majorité des mass murder sont détenteurs d’armes à feu (légalement ou non) et c’est bien souvent avec ces mêmes armes à feu qu’ils assassinent sans état d’âme.

On peut citer en exemple Eric Harris et Dylan Klebold, les 2 adolescents qui ont perpétré la tuerie du lycée de Columbine dans le Colorado aux Etats-Unis en avril 1999. 

Eric Harris et Dylan Klebold, les deux mass murder du lycée de Columbine

Le mass murder n’étant pas devenu un assassin par idéologie ou fanatisme, il faut le différencier des terroristes et des criminels de guerre. 

 

Le spree killer​​​​​​​

Enfin, il existe une 3e catégorie de tueurs : les tueurs à la chaîne ou spree killer. Ceux-ci agissent dans un temps très court et assassinent sans se soucier de l’identité de la victime. Ils peuvent tuer jusqu’à 50 personnes en quelques heures. 

La plupart du temps, ces tueurs sont instables mentalement. Ils tuent sans se soucier des conséquences et finissent souvent par se suicider si on ne les arrête pas à temps. Lorsque les autorités arrivent à les neutraliser, ils finissent incarcérés à vie. 

Pour certains, la folie est constatée et ils sont envoyés dans des établissements psychiatriques.  D’autres peuvent aussi avoir été manipulés, embrigadés, mais attention, les attentats suicide ne rentrent pas dans cette catégorie si la cause des meurtres est idéologique ou fanatique. 

Le spree killer reconnu comme étant le plus meurtrier est le policier sud-coréen Woo-Burn-Kon. Il a tué 57 personnes en 8 heures le 27 avril 1982 dans son village à Gyenongsangnam-do en Corée. Il était armé de grenades et d’une carabine. Son bain de sang s’est fini par un suicide. 

Le policier sud coréen Woo Burn Kon

 

La théorie du F.B.I.

Ressler, Douglas et Burgess ont établi une typologie selon 3 catégories : les tueurs organisés, les tueurs désorganisés, et les tueurs mixtes.

  • Le tueur en série organisé a une vie sociale normale. Il peut être marié, et a souvent un emploi stable. Son enfance est rigoureuse et sa mère très présente même si les relations se dégradent à l’âge adulte. Il ne tue pas par hasard. Il choisit ses victimes, les assassine avec le plus grand soin, au moment opportun. Il dissimule les corps et ne laisse pas d’indices avant de reprendre une activité normale. On peut citer Ted Bundy comme étant un tueur organisé. Il se prétendait blessé, mettait la jeune fille en confiance puis l’enlevait avant de la tuer.

Ted Bundy, le "tueur organisé"

  • Le tueur désorganisé est au contraire une personne isolée socialement et présente un quotient intellectuel très moyen. Il a de gros problèmes au niveau sexuel, pour la simple et bonne raison qu’il n’a jamais connu ou alors très peu connu de relations sexuelles. Il est instable socialement et professionnellement. Il a eu une enfance chaotique et souffre d’addictions. Il choisit ses victimes au hasard, en les assassinant sur le coup. Il ne prend pas le temps de les personnaliser, c’est d’ailleurs pour cela qu’il peut les tuer. L’attaque est violente, rapide et le tueur désorganisé laisse souvent beaucoup d’indices voir même l’arme du crime.  On peut citer Herbert Mullin comme tueur désorganisé. Entre octobre 1972 et février 1973 il assassina 13 hommes et femmes à Santa Cruz en Californie. 

Herbert Mullin, "le tueur désorganisé"

Parfois certains tueurs ont des traits de caractère appartenant aux 2 catégories ci-dessus. On les classe donc dans la catégorie des tueurs mixtes. C’est le cas de Jeffrey Dahmer qui a tué 17 jeunes hommes en 3 ans à la fin des années 80 dans le Wisconsin. Il choisissait ses victimes dans les bars gays, les ramenait chez lui avec leur consentement, puis les droguait, les violait, les tuait et les démembrait. Il prenait des clichés de ses «œuvres» et mangeait leur chair. Sa façon de choisir ses victimes est très organisée mais sa façon de les violer post-mortem, de les découper chez lui et de les photographier l’est beaucoup moins. 

Jeffrey Dahmer, "le tueur  mixte"

 

La théorie de Holmes et De Burger

  • ​​​En 1989, 2 chercheurs, Holmes et De Burger, tentent d’approfondir la théorie du F.B.I. : Ils ont donc mis l’accent sur le comportement des tueurs. En est sorti une typologie un peu différente : le dominateur, le missionnaire, l’hédoniste et le visionnaire. 
     
  • Le visionnaire agit sous l’emprise d’une voix qui lui demande de tuer. Il agit donc sur une impulsion et ne prémédite pas ses meurtres. Il choisit ses victimes au hasard et reste sur un territoire restreint.
     
  • Le missionnaire a des victimes spécifiques. Il les choisit et décide de les éliminer parce qu’elles constituent une menace, un risque ou une honte pour la société. Ils sont très organisés et planifient leurs attaques. 
     
  • L’hédoniste, lui, prend du plaisir à tuer. Que ce soit dans le meurtre lui-même, dans sa violence, son viol ou ses suites, il aime toutes les sensations que tuer et traquer lui procurent.
     
  • Le dominateur a besoin de contrôler et dominer sa victime. C’est lui qui décide quand et comment la victime va mourir.Il est organisé et ses meurtres ont une constante sexuelle. 

La théorie sociale de Leyton​​​​​​​

Leyton est un anthropologue canadien qui a fait des recherches sur les tueurs en série. Il a remarqué qu’il était possible de créer une typologie criminelle selon les sciences sociales. 

2 catégories existent pour lui : la vengeance et la recherche de célébrité. En effet, il a constaté que la grande majorité des tueurs appartenait à une classe sociale non favorisée. Ils voudraient donc se venger sur la société. Il donne l’exemple d’Henry Lee Lucas qui a confessé presque 300 meurtres de femmes, et qui a joué pendant des mois avec la police pour avoir des faveur alors qu’au final, ses aveux étaient pour la plupart erronés, la seule chose qui l’intéressait étant la publicité et la gloire. 

Henry Lee Lucas - DR

Mais cette typologie ne s’adapte pas à tous els assassins récidivistes. 

En effet, elle vaut pour les mass murder et certains tueurs en série, mais des personnes comme Jeffrey Dahmer ou John Wayne Gacy n’ont jamais assassiné pour la gloire, la reconnaissance ou la vengeance sociale. Cette typologie a donc ses faiblesses mais elle est largement utilisée pour les mass murder ou les spree killer.

Jeffrey Dahmer - DR

 

Le meurtre au féminin

Toutes ces classifications ne s’adaptent pas toujours aux crimes féminins. Sur ce sujet, le Dr Kelleher, dans son ouvrage Murder most rare, tente de les classifier selon plusieurs catégories. Il faut noter que les femmes tueuses en série sont certes beaucoup moins nombreuses que les hommes tueurs en série, mais elles sont surtout beaucoup plus difficiles à appréhender. Il peut se passer des dizaines d’années avant qu’elles ne soient soupçonnées ou mises en examen.

Murder Most Rare, The Female Serial Killer écrit par le Dr. Kelleher

Il dissocie tout d’abord celles qui agissent seules et celles qui agissent avec un ou plusieurs partenaires.

Pour celles qui agissent seules, on peut distinguer ce qu’on appelle les veuves noires. Ce sont les femmes qui assassinent leurs compagnons, leurs enfants ou les autres membres de leur famille (ou leur belle-famille d’ailleurs…). Les motivations sont variées et restent souvent liées à l’argent. Il y a ensuite celles qu’on peut appeler les anges de la mort. Elles sont professionnelles de santé (médecins, infirmières, aides-soignantes…) et assassinent la ou les personnes dont elles ont la charge. Certaines le font en pensant soulager le malade, d’autres parce qu’elles ont le sentiment d’avoir le droit de vie ou de mort sur le patient. Elles sont rarement inquiétées puisque la mort passe pour naturelle, mais elles s’arrêtent assez rapidement. 

Le Dr Kelleher parle aussi des femmes tueuses qui agissent par vengeance. C’est d’ailleurs le principal mobile pour qu’une femme passe à l’acte. Mais cette vengeance (haine ou jalousie) est rarement suivie d’une récidive. C’est-à-dire qu’après avoir tué le mari adultère, le père incestueux ou la rivale, elles ne tuent plus. En revanche, ces femmes-là sont facilement appréhendables. Elles expriment d’ailleurs de sincères remords. Comme si elles savaient que leurs crimes étaient mauvais mais qu’elles ne pouvaient pas continuer à vivre sans le commettre. Elles acceptent donc assez facilement le jugement qui les attend. 

Certaines ont des sentiments moins nobles et planifient leurs crimes. Ce sont celles qui tuent pour le profit. Dans cette sous-catégorie, le Dr Kelleher range aussi celles qui assassinent alors qu’elles sont en train de commettre un autre délit, c’est-à-dire, les professionnelles de l’escroquerie qui dérapent pour ne pas laisser de trace. Ces femmes sont discrètes et réfléchies. Elles sont intégrées dans la société et sont extrêmement organisées. 

Certaines n’agissent pas seules. 1/3 des femmes tueuses en série tuent avec au moins un partenaire. La plupart du temps, l’autre est un homme plus âgé, et elles agissent par amour (mais elles restent tout de même perverses, car elles laissent faire ou «chassent » pour leur compagnon). On peut citer l’exemple français de Michel Fourniret et de sa compagne Monique Olivier, qui était présente lors des enlèvements, des viols et des meurtres des jeunes filles. 

Il est très rare que les femmes s’associent dans des meurtres à caractère clairement sexuel. Il n’existe qu’un couple connue à ce jour : Gwendolyn Graham et Catherine May Wood, qui étaient un couple d’infirmières qui assassinaient par pure perversité sexuelle.

Gwendolyn Graham et Catherine May Wood - DR

 

Les femmes psychotiques

Celles-ci sont quasiment inclassables. Elles sont désorganisées et sont souvent  jugées folles.

On peut citer par exemple les femmes qui souffrent du syndrome de Munchausen par procuration. Il s’agit d’une maladie qui pousse les femmes à rendre malade ou à tuer quelqu’un (bien souvent leur enfant) pour qu’on s’occupe d’elles. Au départ, on peut apparenter ça à des anges de la mort mais le syndrome de Munchausen par procuration est une véritable maladie. 

Parfois, il arrive que certaines femmes assassinent de façon totalement inexpliquée. Dans la classification du Dr Kelleher, ces femmes rentrent dans les femmes tueuses psychotiques. Même si la plupart sont jugées saines d’esprit lorsqu’elles sont arrêtées par les forces de l’ordre. 

Il existe aujourd’hui une nouvelle sorte d’assassins au féminin. Kelleher les considère comme psychotiques parce qu’elles sont désorganisées, violentes, assez vicieuses et souvent jeunes. Ce qui les différencie des autres femmes tueuses en série, c’est leur mode d’attaque. Alors que l’immense majorité des femmes assassinent de façon assez douce (médicaments ou poison) celles-ci utilisent les armes à feu, les armes blanches voire même la torture. 

Les femmes représentent 10% des assassins et sont souvent peu étudiées en criminologie. Mais leur typologie devrait être approfondie tant leurs actes, qui pourraient parfois ressembler à ceux des hommes, sont différents si bien par leur motivation que par leur mode de fonctionnement. 

 

Bibliographie

  • Murder most rare: the female serial killer
    De M. Kelleher et C.L. Kelleher
    Chez Dell publishing company, 1999
     
  • Crime classification manual
    De John Douglas, Ann Burgess, Allen Burgess et Robert Ressler
    Chez Jossey-Bass, 1997
     
  • Serial Killer: Etude sur les tueurs en série
    De Stéphane Bourgoin
    Chez Grasset, 1993
     
  • The Encyclopedia of Serial Killers
    Brian Lane et Wilfried Gregg
    Chez Headline, 1992
     
  • Serial Murder
    De Holmes et De Burger
    ​​​​​​​Chez Sage, 1989