La Victimologie

Discipline crée au cours du 20eme siècle, la victimologie se propose d'étudier les victimes à travers différents prismes et pour des buts divers. On distingue deux approches dans cette spécialité, l'école américaine, liée à la criminologie et la méthode européenne qui s'appuie sur l'humanitaire.

La victimologie a pour but l'étude des victimes et la mise en place d'actions pour les aider à sortir du traumatisme de l'agression. 

 

Il faut attendre le 19eme siècle pour voir les scientifiques investis dans le domaine criminel s'intéresser aux victimes. Si l'on comprend de manière évidente l'identité d'une victime par rapport à celle d'un agresseur, les conséquences de l'agression pour la victime ne sont reconnues que tardivement. La première mention d'une névrose traumatique apparaît en 1809 et les souffrances des victimes ne suscitent l'engouement réel du monde médical qu'après la seconde guerre mondiale, soit une siècle et demi plus tard. Les considérations psychologiques sont prises en compte dès le 19eme siècle mais c'est seulement au 20eme que l'on s'intéresse aux victimes en tant qu'objet social et donc enjeu socio-politique. En 1947, Benjamin Mendelsohn, un avocat d’origine roumaine, baptisera «victimologie» cette science naissante. La définition de la victime retenue aujourd'hui par les victimologues est la suivante: 

«On appelle victime toute personne qui subit un dommage dont l’existence est reconnue par autrui et dont elle n’est pas toujours consciente» (Audet et Katz).

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La victimologie prend en compte 4 aspects liés au statut de la victime à savoir la dimension juridique, empirique avec les études sociologiques et ethnologiques, psychologique et humanitaire. Très tôt, on voit émerger des différences idéologiques entre les diverses écoles de victimologie, dont les deux courants principaux sont américain pour le 1er , on parle de victimologie criminologique et européen pour le 2nd, la victimologie humanitaire. 

Les américains posent la question de l'innocence de la victime, un enfant victime d'infanticide est le degré le plus haut d'innocence, tandis qu'une personne en légitime défense qui tue son agresseur représente le degré le plus bas. Entre les 2, il y a plusieurs degrés d'innocence partielle et donc de victimisation. 

Les européens s'appuient davantage sur la victimologie humanitaire et psychologique, développant les groupements d'associations venant en aide aux victimes, facilitant leur réhabilitation et leur guérison. En France, on insiste par exemple énormément sur la réhabilitation des prisonniers, ce qui n'est pas du tout le cas outre mer.

Les deux écoles partagent la victimologie empirique, issue de la criminologie, qui vise à établir les facteurs de risque, définir les cibles vulnérables à partir des facteurs sociaux et psychologiques.

 

La victimologie empirique

La victimologie que l'on appelle empirique permet d'établir des catégories de population à risque, d'isoler des facteurs de victimisation potentielle et donne idéalement aux autorités les moyens de prévenir les agressions.

Les chiffres de la criminalité réelle sont largement supérieurs à ceux que nous connaissons, puisque toutes les victimes ne portent pas plainte. C'est dans cette idée, et pour mieux prévenir que les enquêteurs criminels se sont au départ intéressés au contexte social des victimes, à leurs lieux d'habitation, leurs activités ludiques ou professionnelle, leur entourage, leurs relations intimes etc...  Autant d'élément qui ne sont pas directement liés avec le crime sauf exception, mais qui permettent  d'établir un profil. Les statisticiens prennent alors la relève, ainsi que les ethnologues, pour analyser ces données et les «faire parler». Ainsi une personne vivant seule, ou changeant souvent de ville pour des raisons professionnelles est plus vulnérable que quelqu'un qui a un métier stable, établi dans le même quartier depuis longtemps, qui connaît ses voisins etc...

Bien entendu, les personnes âgées et les enfants sont les cibles les plus exposées à toute forme d'agression. Il ressort de ces études que les femmes sont plus exposées aux agressions sexuelles tandis que les hommes risquent beaucoup plus toutes les autres formes d'agression (physique avec violence, verbale, vol, accident...)

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Les personnes âgées font partie des cibles les plus vulnérables

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Les enfants doivent être protégés par un adulte responsables car ils sont parmi les plus vulnérables

Les handicapés et les personnes dites contre-typiques c'est-à-dire les étrangers, les déficients, tous ceux qui ne sont pas dans le type de la population, qui présentent une différence notoire, sont également des cibles vulnérables.

D'autres facteurs entrent en compte, le mode de vie, le métier, l'isolement spatial... mais également quelques facteurs psychologiques qui déterminent le comportement des gens. Certains se croient parfaitement protégés ou à l'inverse se sentent tellement insécurisés qu'ils prennent des habitudes fixes dans le déroulement de leur journée, ce qui facilite souvent la tâche des criminels.

Enfin, on prend en compte ce que l'on appelle la victimisation indirecte. On se sent beaucoup plus vulnérable lorsque quelqu'un de notre entourage a été blessé ou agressé. Il se passe le même phénomène avec les incivilités, qui petit à petit créent un sentiment d'insécurité qui génère du stress.

 

La victime ou l'agresseur ?

Les conséquences de la violence d'une agression sont souvent lourdes pour les victimes. Les troubles post-traumatiques sont divers, psychiques mais également physiques. Si ces symptômes ne sont pas reconnus et traités rapidement, la vie des victimes peut devenir un enfer. La reconnaissance de ces troubles est un des grands combats que mènent les victimologues européens et français. L'aspect juridique fait partie intégrante de cette lutte, car la condamnation de l'agresseur par la loi est une étape décisive dans le processus de réhabilitation de la victime. Elle est déjà officiellement reconnue en tant que telle. Ensuite seulement, les professionnels de la santé peuvent agir sur le traumatisme lui-même et accompagner la victime dans son chemin de guérison. 

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Le fait de ressasser un évenement est un des symptômes ESPT

Aux États-Unis, les informations recueillies par les vicitmologues servent davantage aux profilers qu'aux victimes. En effet, les enquêteurs font appel à des spécialiste du profil psychologique, qui utilisent toutes les données disponibles pour établir le profil type de l'agresseur et optimiser les chances des enquêteurs de le neutraliser.  On parle alors de victimologie criminologique.

Les deux écoles sont complémentaires et ne devraient pas s'exclure, car la méthode américaine permet en effet l'arrestation des criminels avec des stratégies parfois complexes mais qui donnent des résultats concrets. En revanche, l'Europe fournit aux victimes une assistance et un réseau d'aide qui leur permet de se sortir de l'enfermement que provoque de fait une agression et de continuer à vivre. 

Il est un temps pour condamner et un autre pour réparer. On peut se demander ce qu'il se passe pour la victime une fois que son agresseur a été arrêté et condamné aux USA, comme on peut se questionner sur la longueur des enquêtes européennes et la complexité des instances judiciaires qui retardent également la prise en charge et le processus de réhabilitation de la victime.

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L'équilibre entre l'intérêt porté aux victimes et celui porté à l'agresseur n'est pas toujours évident

 

La victimologie en quelques dates

  • 1809: 1ère description d’une névrose traumatique par Philippe Pinel, aliéniste 
     
  • Fin du 19ème siècle: Une définition plus précise émerge des études d'Oppenheim, Charcot et Freud
     
  • 1962: Syndrome de l'enfant battu de Kemper-Silverman. 
     
  • 1967: Massacre de May-Lay au Vietnam (reconnaissance de l'impact traumatique de la guerre sur tous les soldats)
     
  • 1971: Ezzat Fattah pose la question:" la victime est-elle coupable ?" Il reçoit une réaction très négative des féministes
     
  • Années 70: Mouvements féministes : dénonciation de la domination masculine et des violences subies par les femmes, particulièrement les viols et les violences conjugales, lutte pour qu’il y ait une prise de conscience de la gravité de leurs conséquences. 
     
  • 1974: Prise d'otage d'enfants à Chowchilla : étude de Laurence Terr qui démontre que tous les enfants, quels que soient leur âge, leur sexe, leur milieu social, leurs antécédents, peuvent développer des troubles psychotraumatiques après des violences. 
     
  • Années 80: Définition de l' État de Stress Post Traumatique (ESPT) chez l'adulte puis chez l'enfant (réaction normale à une situation anormale)
     
  • 1984: Micheline Barril, canadienne, écrit « l'envers du crime ». Il s'agit de témoignages de victimes qui vont parler de leur souffrance. Elle est la fondatrice de « plaidoyer victime »

Bibliographie

  • Victimes et Victimologie  
    Gérard Lopez et Gina Filizzola
    Éditions PUF, "Que sais-je?" n°3040
    1995 
     
  • Victimologie
    Lopez Gérard
    Dalloz
    Paris
    1997
     
  • Précis de victimologie générale
    Audet J., Katz J.-F
    DUNOD
    Paris
    1999  
     
  • Introduction à la victimologie
    Wemmers JA.. 
    PUM 
    Montréal
    2003 
     
  • Victimologie: De l'effraction du lien intersubjectif à la restauration
    R. Cario
    L'Harmattan 
    Paris
    2006