L'Affaire Bamberski

En 2009 un ressortissant allemand, Dieter Krombach, est retrouvé ligoté devant le Palais de Justice de Mulhouse. Le responsable : un père de famille désireux de rendre justice à sa fille, André Bamberski.

Dimanche 18 octobre 2009, un allemand de 74 ans est retrouvé ligoté et blessé près du palais de justice de Mulhouse. Il s’agit de Dieter Krombach. Son bourreau est André Bamberski, père de la petite Kalinka Bamaberski, décédée en 1982. A l’époque, Krombach était le beau-père de la jeune fille. Pour Bamberski, sa culpabilité dans la mort de sa fille ne fait aucun doute. Il lui aura fallu plus de 25 ans pour traquer et le ramener aux autorités françaises. Retour sur la traque d'un père prêt à tout pour obtenir justice.

18 octobre 2009. On est dimanche, il est tôt le matin. La police reçoit un appel anonyme. L’homme au bout du fil a un fort accent des Balkans, il leur dit qu’ils trouveront un homme ligoté près du palais de justice de justice de Mulhouse. Sur place, les forces de police découvrent un vieil homme attaché et blessé à la tête. Il s’agit de Dieter Krombach, un cardiologue allemand âgé de 74 ans et condamné en 1995 à 15 ans de prison par contumace pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Les autorités l’emmènent donc d’abord à l’hôpital, avant de le placer en garde à vue.

Une question se pose très rapidement : qui a pu livrer cet homme à la police française?

Les enquêteurs n’ont pas besoin d’aller bien loin avant de penser à André Bamberski, le père de la petite Kalinka, décédée en 1982. C’est pour la mort de cette jeune adolescente que le cardiologue a été jugé. C’est pour la mort de sa fille qu’André Bamberski ne cesse de se battre depuis plus de 25 ans. D’autant que ce monsieur résidant en Haute-Garonne, était à Mulhouse le 18 octobre 2009. Il est donc placé en garde à vue à son tour.
 

Retour sur la mort de Kalinka

Juillet 1982, lac de Constance, entre les frontières allemandes, suisses et autrichiennes. La petite Kalinka Bamberski, âgée de 14 ans, passe ses vacances dans la maison de son beau-père, le médecin Dieter Krombach.

Le 10 juillet, c’est la stupéfaction. La jeune adolescente est retrouvée morte dans son lit. Alors que le corps de Kalinka passe devant le médecin légiste, Dieter Krombach, cardiologue réputé, dit lui avoir fait une injection à base de fer et de cobalt parce qu’elle «se plaignait de ne pas bronzer suffisamment». L’injection au Kobalt-Ferrecit est une préparation hautement dangereuse que l’on prescrit aux personnes anémiées. Pour le médecin, cela ne fait aucun doute, sa belle-fille est décédée des suites d’une insolation. Il explique qu’elle a passé l’entière journée de la veille à faire de la planche à voile.

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Kalinka

Pendant ce temps-là, un autre médecin, légiste cette fois-ci, est beaucoup moins certain des circonstances de la mort. La jeune Kalinka portait des traces de sang frais au niveau de ses parties génitales, une déchirure de la vulve et il a découvert une substance blanchâtre à l’intérieur du vagin, sans pour autant penser à la faire analyser. Et bien que Krombach soutient lui avoir fait des injections, le service du médecin légiste ne procède à aucune expertise toxicologique.

L’affaire est classée le 17 août 1982 en Allemagne.
 

L'affaire en France

André Bamberski, le père de la victime, ne compte pas en rester là. Pour lui, la culpabilité du compagnon de son ex-femme ne fait aucun doute. Il pense même que Dieter Krombach pourrait être protégé par les services secrets allemands, dont il pourrait faire partie. Il demande à ce que l’affaire soit ré-ouverte, mais en France cette fois-ci. Pays dont lui et sa fille sont originaires.

Alors que tout le monde commence à le prendre pour un fou, la Justice française lance une nouvelle enquête. Le corps de l’adolescente est exhumé pour l’autopsier à nouveau. Mais très vite, on découvre que son appareil génital a été entièrement retiré… Le 8 avril 1993, les soupçons d’André Bamberski se confirment. La chambre d’accusation de la Cour d’appel de Paris renvoie le médecin devant la Cour d’Assises de Paris pour homicide volontaire.

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L'association Bamberski

A peine 2 ans après, le 9 mars 1995, Krombach est reconnu coupable d’ «avoir (…) volontairement exercé des violences sur la personne de Kalinka Bamberski, (…) violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner». Et en l’absence de l’accusé, la Cour d’Assises de Paris le condamne par contumace à 15 ans de réclusion criminelle. Le problème, c’est qu’aucun mandat d’arrêt international n’a été lancé contre le cardiologue allemand. Chose qui changera en 1997, sur l’insistance d’André Bamberski.

La Cour Européenne des Droits de l’Homme a condamné la France pour cette affaire. En effet, on reproche à la France d’avoir jugé un homme par contumace sur des faits qui relevant d’un non–lieu dans son pays d’origine, l’Allemagne. De plus, le 13 février 2001, la Cour Européenne des Droits de l’Homme revient sur le procès par contumace, en déclarant que le Convetion européenne des droits de l’Homme a été violée à plusieurs reprises dans cette affaire, notamment à cause de l’absence de l’accusé et donc de représentant pouvant le défendre. La France est condamnée à verser 100.000 francs français pour frais et dépenses !
 

Dieter Krombach fait parler de lui en Allemagne

En mars 1997, alors que le mandat d’arrêt international vient d’être lancé contre lui, Dieter Krombach est condamné en Allemagne à deux ans de prison avec sursis pour avoir violé une de ses jeunes patientes âgée de 16 ans, sous anesthésie. C’est son sperme qui l’a trahi. Cinq autres patientes l’ont accusé de viol, mais l’histoire n’est pas allée plus loin, par faute de preuve. Pourtant, Krombach a facilement avoué le viol de l’adolescente de 16 ans. Il va de soi qu’il perd le droit d’exercer la médecine.

Dix ans plus tard, il fait à nouveau parler de lui, mais dans une histoire d’escroquerie cette fois. Il est condamné en juillet 2007 à 2 ans et 4 mois de prison ferme pour avoir traité illégalement des patients alors qu’il a perdu le droit de pratiquer la médecine.
 

Batailles juridiques

Retour à Mulhouse, le 18 octobre 2009, et à la mystérieuse « livraison » du cardiologueaux autorités françaises.

Les soupçons se portent donc sur André Bamberski. Habitant Toulouse, il est présent comme par hasard ce week-end là près de Mulhouse. Il dit « avoir été prévenu la veille de l’enlèvement » et se serait donc rendu sur place pour vérifier que le cardiologue allemand serait bien entre les mains de la Justice française. Il dit vrai. L'homme qui a réalisé l'enlèvement, avec deux hommes de main, est plus jeune, il s'appelle Anton Krasniqi.

Robert Prince, qui dirige l’association Kalinka, explique à l'époque : « Bien sûr, je soupçonne André Bamberski d'avoir voulu ramener Dieter Krombach en France, même si je n'ai aucune certitude (...) Cela fait 25 ans qu'il se bat et il a peut-être senti que l'affaire était en train de s'éteindre. Il a peut-être voulu flanquer un bon coup de pied là-dedans (...) Mais j'ai une vraie inquiétude, c'est qu'ils renvoient M. Krombach en Allemagne malgré le mandat d'arrêt qui pèse sur lui (...) André Bamberski est un homme très pieux, il ne cherche pas la vengeance, il cherche la justice ».

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Le livre de Bamberski

L’Allemagne de son côté lancé un mandat d’arrêt européen pour « enlèvement, coups et blessures » sur un de ses ressortissants. Mais Dieter Krombach est placé en garde à vue, puis incarcéré à Paris.

Le 22 octobre 2011, la Cour d'assises de Paris condamne Dieter Krombach à 15 ans de réclusion pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner ». 

Les avocats du cardiologue font appel, mais la peine est confirmée le  20 décembre 2012  par la Cour d'assises de Créteil. La défense saisit alors la Cour de cassation pour non-respect des accords internationaux. Ce pourvoi en cassation est rejeté le 2 avril 2014.

La bataille juridique sur Dieter Krombach est terminée, commence celle sur André Bamberski, coupable d'un rapt. 

Le 18 juin 2014, le Tribunal correctionnel condamne André Bamberski à 1 an de prison avec sursis. C'est plus que ce qu'avait demandé l'accusation. Il sera egalement demandé à André Bamberski de payer une partie des indemnités dues au cardiologue pour son enlèvement, notamment le remboursement des frais de santé avancés par la Caisse primaire d'Assurance maladie. Environ 6000 euros. On ne plaisante pas avec la caisse.

André Bamberski reste également solidaire d'Anton Krasniqi, qui a réalisé l'enlèvement par sympathie pour lui et pour sa cause. D'origine kosovar, il s'est vu refuser le droit d'asile en France. Une nouvelle mission pour André Bamberski ?
 

Les dates-clés de l'affaire Bamberski

  • 10 juillet 1982 : mort de Kalinka Bamberski en Allemagne chez Krombach
  • 17 août 1982 : l’Allemagne clôt le dossier
  • 8 avril 1993 : la chambre d’accusation de la cour d’appel de Paris renvoie Krombach devant la justice française pour homicide volontaire.
  • 9 mars 1995 : il est condamné par contumace à 15 ans de prison pour homicide involontaire.
  • 1997 : la France lance un mandat d’arrêt international à l’encontre de Krombach
  • mars 1997 : Krombach est jugé en Allemagne pour le viol d’une mineure de 16 ans
  • juillet 2007 : Krombach est condamné à 2 ans et 4 mois de prison pour escroquerie et exercice illégal de sa fonction
  • 18 octobre 2009 : Krombach est retrouvé ligoté à Mulhouse.
  • 3 mars 2010 : la Cour de cassation décide de renvoyer Krombach devant les tribunaux pour le meurtre de Kalinka.
  • 22 octobre 2011 : Dieter Krombach est condamné à 15 ans de réclusion par la Cour d'assises de Paris.
  • 20 décembre 2012 : Appel rejeté pour le cardiologue allemand.
  • 2 avril 2014 : contestation en Cour de cassation rejétée. Dieter Krombach reste en prison.
  • 18 juin 2014 : André Bamberski est condamné a 1 an de prison avec sursis pour le rapt du Dr Krombach et 6000€ de remboursement des frais.
  • 15 septembre 2015 : Le droit d'asile est refusé à Anton Krasniqi, qui fait appel.

Filmographie

Au nom de ma fille, 
film de Vincent Garenq, 2016
avec Daniel Auteuil dans le rôle d'André Bamberski.

En Ligne

Confession d'un kidnappeur​​​​​​
article de Pierre Antoine Souchard
Le magazine du vendredi, 2015.

 


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