L'affaire Geraldine Giraud

Géraldine Giraud est la fille des comédiens Roland Giraud et de Maaike Jansen. Elle a été retrouvée calcinée le 9 décembre 2004, en compagnie de sa compagne, Katia Lherbier. Plus de 4 ans après les faits, le ou les coupables n’ont toujours pas avoué. Une histoire rocambolesque.

Le 30 octobre 2004, Géraldine Giraud —de son nom de scène Géraldine Gassler— jeune femme de 36 ans, est en vacances à la Postolle dans l’Yonne avec sa compagne, Katia Lherbier. L’actrice a invité son amie dans la demeure familiale alors qu’elles ne se connaissent que depuis une quinzaine de jours. Katia Lherbier est la colocataire de Marie-Christine Van Kempen, la tante maternelle de Géraldine.

Le 1er novembre, Geraldine Giraud passe un coup de fil vers 20h. A partir de là, les deux jeunes femmes ne donneront plus aucun signe de vie. Il faudra 3 semaines aux autorités pour trouver un suspect, Jean-Pierre Treiber.

Jean-Pierre Treiber est un garde forestier de 41 ans. Les enquêteurs ont retrouvé sa trace grâce aux cartes de crédit des 2 jeunes femmes. Interpellé le 23 novembre, il est mis en examen pour enlèvements, séquestrations, vols et escroqueries dès le 25 novembre. Pendant sa garde à vue, il affirme que les jeunes femmes lui ont donné leurs cartes bancaires et leurs codes secrets librement et sans aucune contrainte. Mais les images sont contre lui. Alors qu’il prétend avoir retiré de l’argent liquide avec l’une des victimes le 1er novembre au soir, la vidéo automatique prouve, elle, qu’il est seul devant le guichet. 
 

Une triste découverte

Le 9 décembre 2004, après plus d’un mois de recherches, la police découvre les corps de Géraldine Giraud et de Katia Lherbier dans un puits, près de la maison de Treiber, dans l’Yonne. Ils ont suivi les indices un à un pour découvrir que les victimes ont été assassinées. D’abord les clés et le téléphone portable de Géraldine chez Treiber, la voiture de Géraldine aussi, qu’on retrouve à l’hôpital parisien Lariboisière, endroit où s’est rendu Treiber, selon le relevé de son mobile.

La découverte est macabre : deux corps calcinés que seuls les tests ADN ont pu identifier. Les victimes n’ont pas été violées. Hasard du calendrier, le 20 décembre on enterre Géraldine Giraud et on met en examen Jean-Pierre Treiber pour assassinats.

Marie-Christine Van Kempen

Enfin, l’enquête révèle comment sont mortes Géraldine et Katia : elles ont été empoisonnées. Elles auraient inhalé un gaz, de la chloropicrine, qui est très toxique. On l’utilise pour lutter contre les insectes ou tuer certains nuisibles lors de la chasse.

Malgré tous ces éléments à charge, Jean-Pierre Treiber continue de nier avoir tué les deux jeunes femmes. Il n’est sûr que d’une chose : il les a rencontré à la terrasse d’un café à la fin de l’été 2004. Bizarre quand on sait qu’elles mêmes ne se sont rencontrées que le 14 octobre 2004...

Le 1er mars 2005, l’enquête a un nouveau suspect : Marie-Christine Van Kempen. Elle est placée en garde à vue à Sens ; Après des recherches, les policiers ont découvert des traces de chloroforme dans sa cave. Or la chloropicrine peut se décomposer en chloroforme... 
Ils veulent connaître l’emploi du temps de cette fameuse tante qui a fait se rencontrer les deux jeunes femmes. Mais après 31 heures d’interrogatoire, Marie-Christine Van Kempen sort libre. Aucun élément n’est retenu contre elle, même si un voisin affirme avoir entendu des bruits sourds début novembre 2004 (des tests acoustiques ont été réalisés mais sans résultat).
 

Complicités

Trois mois après la découverte des deux corps, la police est sûre d’une chose: Jean-pierre Treiber n’a pas pu tuer seul Géraldine et Katia. Et cette hypothèse est confirmée par un élément important. On retrouve dans le cabanon de Treiber le ruban adhésif qui a servi à bâillonner les victimes. Il porte même des traces ADN. Seulement voilà, ce ne sont pas celles de Treiber. Le ou les complices sont cherchés partout.

Le 26 mai 2005, les enquêteurs organisent une grande enquête de voisinage à Sens pour voir qui aurait pu apercevoir Treiber avec son «complice» mais sans résultat.

Une semaine après, Marie-Christine Van Kempen est de nouveau priée de se rendre au commissariat pour expliquer pourquoi elle aurait appelé un individu le 2 novembre, individu connu des services de police pour trafic de stupéfiants...

A la fin du mois de juin, des dizaines de prélèvements ADN sont pratiqués sur plus d’une cinquantaine de personnes qui connaissent de près ou de loin Treiber.

A la fin de l’année 2005, Marie-Christine Van Kempen est placée en détention provisoire On l’accuse d’être la commanditaire du meurtre de sa nièce et de sa compagne.

Une certaine Patricia Darbeaud aussi connaît le même sort. Cette femme est la concubine de Jean-Pierre Treiber et toutes deux auraient été vus par une gérante de bar à Fontainebleau en compagnie de Treiber quelques jours seulement avant les meurtres. Mais le 17 février 2006, on confronte les 3 suspects et cette gérante de bar et le témoignage de Fontainebleau tombe à l’eau.

Le 27 février les 2 femmes sortent de prison mais restent toujours mises en examen pour « complicité d’assassinat ».

En mars 2006, soit plus d’un an après le meurtre, un rapport d’experts le confirme : Géraldine Giraud et Katia Lherbier ont bien été empoisonnées en inhalant de la chloropicrine.

Mars 2007 : les tests ADN du ruban adhésif ont enfin donné quelque chose. Et après des mois de traque, la police arrête un français vivant près de Poznan en Pologne. Cet homme aurait des rapports avec le monde des trafiquants de drogue et serait un proche de Treiber, bien que celui-ci l’ait toujours nié. Mais cette piste ne va rien donner.

Ce n’est qu’en septembre qu’on saura avec certitude à qui appartiennent les traces ADN. Ce sont celles d’un policier qui aurait pollué la scène de crime avant les scellées...
 

Quelle fin pour cette histoire ?

En 2008, la PJ de Dijon rend un rapport de synthèse au Juge d’instruction.

Soixante neuf pages où l’on explique que Marie-Christine Van Kempen, la tante de Géraldine et la colocataire de Katia, est « la probable commanditaire d’une séquestration-punition qui aurait mal tourné ». Pour les enquêteurs de Dijon, Van Kempen aurait été jalouse de sa nièce, et aurait demandé à Treiber de faire peur au jeune couple. Mais la « punition » aurait mal fini. Jean-Pierre Treiber est toujours vu comme le principal suspect et selon le rapport d’enquête, « celui-ci n’a vraisemblablement pas été seul à l’origine de ces faits ».

Les enquêteurs soulignent que la tante « n’a jamais pu donner de façon précise son emploi du temps les jours précédant la disparition » de Géraldine et Katia. Et puis les traces de chloroforme sont troublantes. Seul point noir : le lien entre Treiber et Van Kempen.

Tous ces éléments sont en la possession du juge Mickaël Ghir, qui devra statuer sur le sort de Marie-Christine Van Kempen. Le 13 octobre, le juge estime qu’il n’y a pas suffisamment de preuves contre Van Kempen pour la renvoyer devant une Cour d’Assises. Il décide donc de prononcer à son encontre un non-lieu, tout comme pour Patricia Darbeaud. Seul Jean-Pierre Treiber doit comparaitre devant une Cour d’Assises en 2009.

Roland Giraud

À l’énoncé de la décision, la famille Giraud a fait connaître son sentiment « de ne pas avoir été entendue en tant que partie civile ». La famille est « convaincue qu’il y a encore des personnes dans la nature ».

Coup de théatre : le 8 septembre 2009, Jean-Pierre Treiber s'évade de la prison d'Auxerre, caché dans un carton. Le garde forestier écrit aux journalistes, à sa petite amie, clame son innocence malgré des preuves à charges accablantes, et dit qu'il ne supporte pas la prison qui le mène « au bord du suicide ». Il est rattrapé par le RAID le 20 novembre à Melun et transféré à Fleury Merogis. Quatre personnes qui l'auraient aidé lors de sa cavale sont arrêtées.

Jean-Pierre Treiber se suicide dans sa cellule le 20 février 2010, sans avoir comparu devant les Assises. La seule conséquence judiciaire de l'affaire est close.
 

L'affaire en quelques dates

  • 17 mai 1968 : naissance de Géraldine Giraud  à Villeneuve-sur-Yonne  
  • 1er novembre 2004 : meurtre de Géraldine Giraud et Katia Lherbier
  • 23 novembre 2004 : interpellation de Jean-Pierre Treiber
  • 25 novembre 2004 : mise en examen de Jean-Pierre Treiber pour enlèvements, séquestrations, vols et escroqueries
  • 9 décembre 2004 : découverte de deux corps calcinés au fond d’un puits près de chez Jean-Pierre Treiber
  • 20 décembre 2004 : enterrement de Géraldine Giraud et mise en examen de Jean-Pierre Treiber pour assassinat.
  • 1er mars 2005 : Marie-Christine Van Kempen, la tante de l’actrice, est placée en garde à vue et relâchée 31 heures après faute de preuves probantes.
  • fin juin 2005 : grande enquête et nombreux prélèvements ADN pour savoir qui pourrait être le complice de Jean-Pierre Treiber.
  • 27 février 2006 : remise en liberté de Van Kempen après 3 mois de détention provisoire
  • 10 mars 2006 : confirmation de l’intoxication des deux filles à la chloropicrine
  • 21 juillet 2008 : l’ex-femme de Jean-Pierre Treiber fait un témoignage intriguant sur Van Kempen.
  • 27 août 2008 : fin de l’instruction
  • 13 octobre 2008 : non lieu concernant la culpabilité de la tante de Géraldine Giraud
  • 8 septembre 2009 : évasion de Jean-Pierre Treiber
  • 20 novembre 2009 : Treiber est rattrapé et transféré à Fleury Merogis.
  • 20 février 2010 : Suicide en prison de Jean-Pierre Treiber.
     

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