Le Gang Des Lyonnais

Le gang des Lyonnais a sévi entre 1967 et 1977 dans la région lyonnaise.

Spécialiste du braquage, la bande à Momon a dérobé des sommes d'argent exorbitantes au cours d'opérations presque parfaites menées sans violence. Edmond Vidal, Joanny Chavel, Pierre Pourrat, Nick le Grec et quelques autres ont fait du gang des lyonnais une véritable légende criminelle, courant vers le coup parfait jusqu'à la fin. Un tel scénario ne pouvait échapper à Olivier Marchal qui s'empare de l'histoire et la porte à l'écran en 2011.

Les principaux membres du gang des Lyonnais. Crédit: MilieuLyonnais

 

Le hold-up du siècle

On attribue au gang des Lyonnais plus de 35 braquages entre 1970 et 1974. Le plus connu de tous est celui de l'Hôtel des Postes de Strasbourg en 1971, savamment répété étape par étape quelques mois auparavant à la poste de Chambéry le 23 décembre 1970.

L'opération qui se déroule à Strasbourg relève du casse parfait. Durant des mois, une équipe de 5 hommes, Momon, Pourrat, Chavel, Roland L. & Paul D. rôde autour du bâtiment, étudie les horaires des convoyeurs, la structure des bureaux, le trajet des fonds. Ils décident d'utiliser une porte condamnée à l'arrière pour entrer dans le bâtiment. Momon, Chavel et Pourrat parviennent à changer les serrures de la porte quelques jours avant le casse en se faisant passer pour des employés mandatés. Équipés d'un passe-partout, les 5 hommes sont donc fin prêts à intervenir. Ils passent à l'action le 30 juin à 9h, pénètrent dans le bâtiment vêtus de blouses grises et attendent l'arrivée des convoyeurs.

Hotel des Postes de Strasbourg - DR

Cinq minutes plus tard, les transporteurs de fonds font leur entrée, leur fourgon est escorté par une voiture de police. En tout, il y a 5 convoyeurs armés et 6 policiers. Seuls les convoyeurs entrent dans l'Hôtel des postes. Pris par surprise alors qu'ils marchent vers la salle des coffres, ils livrent leur butin facilement au gang qui leur tombe dessus quelques secondes après leur entrée. Le gang est armé de mitraillettes mais aucun coup n'est tiré et les malfaiteurs quittent les lieux sans être inquiétés dans une estafette conduite par Nick le Grec. Ils prennent le chemin des écoliers pour descendre sur Lyon, changeant de voiture régulièrement, quittant le territoire français plusieurs heures, déjouant ainsi toute la surveillance policière. La somme dérobée est de 11.680.000 francs soit plus de 1,8 million d'euros, le plus gros coup du 20ème siècle.

Les enquêteurs sont sur le carreau, les agresseurs n'ont laissé aucun indice si ce n'est un papier de friandise mis en boule dans une serrure et un foulard jaune.  Un vaste opération policière est lancée, des centaines de personnes sont auditionnées pour tenter d'établir un portrait robot des agresseurs et d'accumuler des informations. Finalement  le lien se crée entre ce casse et une dizaine de braquages commis en France les mois précédents à la Poste de Strasbourg et de Chambéry, à Lagnieu, Bourg-en-Bresse, Roanne et Vienne. Les enquêteurs concluent au travail de la même équipe.

S'ils sont identifiés en tant que gang, les 5 compères sont loin d'être inquiétés et préparent déjà leur prochain coup. Mais ils sont coupés dans leur élan car l'un des véhicules remplis d'armes qu'ils ont garé à proximité de leur cible semble avoir été repéré par les policiers.  Sûr que l’opération du gang est compromise, Vidal décide alors d'appeler directement la police pour prévenir que la voiture contient des armes, car il souhaite éviter un quelconque accident avec des enfants. Le pied de nez est  tel que les policiers restent sans voix.

 

La constitution du gang

Le gang est composé de 8 hommes, et d'un cercle élargi de collaborateurs pouvant aller jusqu'à 15 personnes. Au commencement, il n'y avait que 2 hommes, Joanny Chavel dit «le gros Jeannot» et Pierre Pourrat dit Patrick ou le Docteur, qui se rencontrent via une connaissance commune à la fin des années 60. Enfant abandonné, placé et souvent maltraité, Pourrat s'est fait seul, il est intelligent et indépendant mais apprend vite l'importance des gangs pour faire «carrière» dans le milieu.

Pierre Pourrat en 1973 à Paris - DR

Chavel, de 10 ans son cadet, est un ancien combattant reconverti dans le bijou fantaisie et la chaussure de luxe.  Les 2 compère s'associent rapidement et montent de beaux coups mais leur duo les restreint sur le choix des opérations. Ils décident donc d'aller recruter un chauffeur. Chavel se souvient alors d'Edmond Vidal dit Momon qu'il a rencontré en prison.  L'homme a été condamné pour un vol à l'étalage à une lourde peine. C'est finalement en prison qu'il apprendra l'essentiel de ce qu'il faut savoir pour braquer une banque. Engagé comme conducteur, Momon assure les 1ers coups mais manifeste vite l'envie de participer plus activement aux braquages.

Nouveau recrutement au sein du trio, c'est Nicolas Caclamanos dit «Nick le grec» qui fait son entrée. Figure du milieu lyonnais, il possède le bar du Chalet, est fiché au Grand banditisme dès 1965 et bénéficie d'une réputation ancrée. Pour compléter le tableau, la bande d'amis de Momon  vient prêter main forte au gang. L'équipe ajoute donc à ses rangs Pierre Zakarian dit Pipo, Jean-Pierre Gandeboeuf dit Christo, Michel Silmetzoglu dit Michel le Grec et  Jean-Pierre Mercarian, dit Mardir. En cas de gros coups, les frères et cousins sont sollicités aussi.

Le groupe réalise des braquages presque parfaits. La méthode est rodée, ils utilisent de vieilles estafettes pour leurs sorties, font de minutieux repérages, ont toujours au moins un plan de secours et évitent autant que possible le recours à la violence. Leur technique de fuite est suffisamment élaborée pour qu'ils ne soient jamais appréhendés. Soit qu'ils quittent le territoire, changent de véhicule, se séparent en laissant de faux indices, soit qu'ils disparaissent en rase campagne, aucun d'entre eux  ne s'est fait arrêté suite à un braquage. Chacun a un rôle bien défini dans le plan et c'est d'ailleurs ce qui va finir par poser problème.

 

La disparition de Chavel et la fin du gang

DR

Suite au braquage de l'Hôtel des Postes de Strasbourg, les membres du gang se retrouvent avec beaucoup d 'argent et Chavel décide d'investir sa part dans le château de Fléchère (Ain). Il paie sa demeure comptant et commence à organiser de très grosses soirées dans lesquelles tout le gratin parisien se retrouve, mêlé aux truands et à quelques flics. Les autres membres du gang commencent à craindre que ces fêtes  ne mettent un coup de projecteur sur leurs activités. 

Après avoir essayé de le raisonner, de discuter, de l'intimider, finalement la décision est prise de l'éliminer. Il disparaît le 18 octobre 1973 et son corps ne sera jamais retrouvé. Officiellement déclaré mort en 2010, Chavel a fait couler beaucoup d'encre, certains croient fermement à la culpabilité d'Edmond Vidal, lequel n'a jamais affirmé ou infirmé cette hypothèse lorsqu'on l'a interrogé sur l'affaire, d'autres restent plus évasifs. Momon se retrouve en effet à la tête du gang après la disparition de Chavel et il n'a jamais caché son ambition d'arriver au sommet de la hiérarchie. Le gang continue sous la direction de Vidal donc sa série de braquage, déjouant les surveillances policières avec une finesse qui frôle l'ironie.

Avec l'arrivée du juge Renaud,  l'étau se resserre d'un coup autour du gang. L'opération Chacal déclenchée en 1974 aboutit à l'arrestation des principaux membres du gang, dont Gandeboeuf, Momon et Pourrat. Placés en préventive , ils restent muets à tous les interrogatoires. Les preuves accumulées sont maigres et l'enquête s'enlise. En 1975, Pourrat réussit à s'évader de la prison de Valence, mais Momon et Christo échouent quelques mois plus tard.

Finalement le procès se tient en 1977, entre temps le juge Renaud a été assassiné et les peines suivantes sont prononcées:

- Jean-Pierre Mercarian : 5 ans
- Michel Silmetzoglu : 8 ans
- Pierre Zakarian : 10 ans
- Robert Gandeboeuf : 8 ans
- Edmond Vidal : 10 ans
- Jean-Pierre Gandeboeuf : 15 ans
- Pierre Pourrat et Joanny Chavel sont condamnés à mort par contumace

Avec le jeu de remise de peines, le groupe a retrouvé sa liberté dans le début des années 80. Certains ont replongé immédiatement ou quelques années plus tard pour proxénétisme, jeux d'argent.... La plupart d'entre eux ont été assassinés dans des conditions de violence terribles ou sont mort de maladies graves.

Edmond Vidal quant à lui est régulièrement repassé par la case prison mais il est resté en vie et a fini par se ranger. Il a d'ailleurs rencontré Olivier Marchal lors de l'écriture et du tournage de son dernier film «Les Lyonnais», consacré à l'histoire du gang et centré sur le personnage de Momon, interprété par Gérard Lanvin.

 

Le gang des lyonnais en quelques dates

1962: rencontre d'Edmond Vidal  et de Jean-Pierre Gandeboeuf en prison

1969: Pierre Pourrat et Joanny Chavel s'associent

1970: Edmond Vidal et Joanny Chavel entrent en contact

23 décembre 1970: Braquage de la poste de Chambéry en guise de répétition pour le prochain coup

30 juin 1971: le gang réalise le coup du siècle en braquant l'Hôtel des Poste de Strasbourg

1973: Entrée de Jean-Pierre Gandeboeuf dans le gang, disparition de Joanny Chavel

1974: Opération Chacal, arrestation des principaux membres du groupe

1975: Pourrat s'évade de la prison de valence, le juge Renaud est assassiné

1977: Procès du gang et incarcération des prévenus

1981: Libération d'Edmond Vidal et mort de Pierre Pourrat

1989: Mort de Nick le grec, assassiné devant son bar Le Chalet

2010: Joanny Chavel est officiellement déclaré mort

2011: Sortie du film Les Lyonnais réalisé par Olivier Marchal, qui retrace l'histoire du gang

 

Bibliographie et filmographie

Bibliographie

  • Pour une poignée de cerises le gang des Lyonnais
    Edmond Vidal, Edgar Marie
    Michel Lafon, 2011
     
  • Les grandes Histoires Criminelles, De Pierrot le Fou à l'affaire d'Outreau
    Christophe Hondelatte
    Editions Hors Collection, 2008
     
  • Parrains et caïds, La France du grand banditisme dans l'œil de la PJ
    Frédéric Plotin
    Fayard, 2005
     
  • La Saga des Lyonnais (1967-1977)
    Hubert Nivon
    Le Cherche Midi., Collection "Documents", 2003
     
  • Enquête sur un juge assassiné. Vie et mort du magistrat lyonnais François Renaud
    Jacques Derogy
    Éditions Robert Laffont, 1977
    ​​​​​​​
  • Le shériff: Autopsie de l'assassinat d'un juge
    Jean Labrunie
    Éditions Olivier Orban, 1975

 

Filmographie

  • Les Lyonnais
    Olivier Marchal
    2011
     
  • Le casse de Strasbourg (documentaire) 
    Florence Nicol
    Jimmy
    2010