Les Criminels Sexuels

Les criminels sexuels forment environ 35% de la population carcérale condamnée à des peines de plus de dix ans en France. Et les chiffres augmentent chaque année.

Mais comment sont-ils pris en charge ? Enfermés, ils le sont, mais peuvent-ils bénéficier d’un suivi thérapeutique ? La loi ne stipule ni obligation ni refus, le jeu de remise de peine est le même pour ces détenus que pour les autres. Tandis que l’ambiance sécuritaire préconise d’enfermer ces personnes à vie, les experts médicaux ouvrent le débat d’une possible guérison dans la plupart des cas.

Campagne sur les risques de pédophilie sur internet

 

Guérir et punir

Dans le débat que soulève le traitement des criminels sexuels, il est important de distinguer l’autorité judiciaire qui est responsable de l’application du droit pénal et donc de la punition, de l’autorité médicaledont le souci est de guérir ou du moins d’agir directement sur la perversion pour éviter la récidive.

Patrick Tissier, un tristement célèbre violeur qui a sévi de 1971 à 1993

Ces deux autorités ne s’excluent pas dans le cas des criminels sexuels, puisque leurs rôles sont différents. Le magistrat en condamnant le criminel protège la société, punit la transgression et isole le hors-la-loi. Souvent le choc psychologique subi à l’occasion de l’arrestation, de l’incarcération et du procès est suffisant au criminel pour ne pas récidiver en cas de libération. Le détenu perd tout ce qu’il a à ce moment-là, famille, amis, travail, liberté. Il récolte une grande humiliation et généralement un très mauvais accueil en prison car les criminels sexuels, qu’ils soient pédophiles et/ou violeurs sont souvent les boucs émissaires des autres détenus.

À tel point qu’après avoir transité au Centre de Fresne qui voit passer toutes les peines supérieures à 10 ans, les criminels sexuels sont officieusement répartis dans différentes prisons qui les regroupent pour éviter les violences intra-carcérales.

La maison d'arrêt de Fresne 

La tendance parlementaire vise à durcir les condamnations de ces criminels pour éviter les libérations anticipées, résultat des jeux de remise de peine. En effet, au cours des 20 dernières années, de nombreux criminels sexuels ont récidivé plusieurs fois dès leur sortie de prison. Et les conséquences sont lourdes, viols, tortures, séquestrations, meurtres. Les familles des victimes font pression sur le gouvernement à juste titre, certaines atrocités auraient pu être évitées si l’attention des autorités avait été mobilisée. L’opinion publique abonde dans le sens de la sécurité et souhaite voir ces « monstres » sous les barreaux ad vitam eternam.

Face à ces réactions que certains qualifient de moyenâgeuses, le gouvernement emboîte le pas populaire et propose une loi de réclusion à perpétuité non compressible, n’ayant comme recours que la grâce présidentielle, après 30 ans de sûreté. Avant même les experts médicaux, ce sont les syndicats du personnel pénitencier qui montent au créneau pour tirer la sonnette d’alarme. Cette loi est inapplicable sans une sérieuse augmentation de budget pour accroître le nombre de gardiens et mettre en place de nouvelles mesures de sécurité. Un détenu condamné à perpétuité n’a plus rien à perdre, c’est une condamnation à mort, à une mort lente.

 

L’avis des médecins

Si les experts médicaux ne remettent pas en cause les peines auxquelles sont condamnés les criminels sexuels, ils dénoncent en revanche haut et fort le manque total de soins adaptés aux diverses formes de perversion dont souffrent les détenus. 

L’enfermement est nécessaire mais le travail thérapeutique également. Certains psychiâtres affirment qu’une thérapie forcée n’est pas possible. Il ne s’agit pas évidement de forcer mais de proposer une ou plusieurs formes de thérapies. Peu nombreux sont les détenus capables d’engager un travail thérapeutique basé sur la parole. Qu’il s’agisse de disponibilité intellectuelle ou de troubles aggravés, le nombre de détenus qui peut bénéficier d’une thérapie de type analytique est limité. Cela dit, avec ceux qui le peuvent, les résultats sont très positifs.

La mise en lumière des traumatismes infantiles entraîne une prise de conscience qui lève le voile sur la gravité de leurs agissements. Ce travail leur permet de ne plus se considérer eux-mêmes comme des monstres, mais comme des êtres en souffrance qui ont commis des actes punis par la loi, pour des raisons qui leurs sont propres. Et ce n’est qu’une fois ces raisons mises en évidence qu’ils peuvent reconnaître et condamner eux-mêmes leurs agissements.

Christian Van Geloven, un criminel sexuel multi récidiviste  dans les années 90

D’autres formes de thérapies sont possibles, plus comportementales, inspirées de la tradition thérapeutique américaine. Dans ce cas, il ne s’agit plus de trouver les raisons ou les causes du comportement qui a entraîné l’incarcération mais de corriger ce comportement à tout prix. Véritable rééducation, certaines méthodes frôlent le conditionnement, mais pourquoi pas disent certains, si cela permet d’éviter toute récidive. Il existe plusieurs méthodes, mais toutes vont explorer l’univers fantasmagorique des criminels et les mettent face à leurs pulsions en leur fournissant les outils nécessaires à leur contrôle.

Certains grands pervers sont déclarés inguérissables d’après les experts. Cet argument relance le débat sur la nécessité de la réclusion à perpétuité mais ne serait-ce pas une grave erreur que de mettre tous les criminels sexuels sur un pied d’égalité ? La diversité des crimes sexuels et des contextes est à prendre en compte. Il y a forcément une différence majeure entre un père incestueux persuadé de parfaire l’éducation sexuelle de ses filles, un violeur meurtrier et un pédophile intellectuel. 

 

Un exemple à part, l’institut Pinel

​​​​​​​

L'institut Philippe Pinel de Montréal

Depuis plus de 15 ans au Canada, l'institut Philippe-Pinel fait figure de modèle en matière de traitement des criminels sexuels. Précurseurs et forcément critiqués, les québécois ont néanmoins fait une grande avancée puisque leurs méthodes aboutissent à un taux de récidive 2 fois inférieur à celui des criminels non traités. Leur programme dure une année, les détenus sont volontaires. Ils quittent donc leur centre pénitentiaire et commencent par une batterie de test et d’examens qui visent à établir un diagnostic le plus précis possible. Les experts font un bilan du psychisme de leur patient mais également de son univers fantasmagorique. Les méthodes employées peuvent surprendre ou choquer les européens mais elles donnent d’excellents résultats.

Ainsi les criminels sont isolés dans une pièce et devant eux défilent toute sorte de films pornographiques, dont les scénarios balaient la quasi-totalité des fantasmes déviants connus. Les réactions physiologiques qu’entraînent ces visionnages permettent d’établir une carte précise des fantasmes susceptibles de déclancher une pulsion sexuelle envahissante. À partir de cette carte, tous les médecins, thérapeutes et éducateurs travaillent ensemble avec le détenu pour contrer ces pulsions et trouver les outils qui permettent de les désamorcer. Les détenus peuvent participer à des thérapies de groupe ou individuelles, ils subissent parfois un traitement aux chocs électriques, le centre utilise également des médicaments. Le travail des éducateurs est incessant. Tandis que les détenus doivent effectuer quelques tâches pour la communauté, les éducateurs les harcèlent de questions sur leurs pensées, ils doivent tout dire. La vertu de ce genre de traitement est d’explorer tellement l’univers fantasmagorique qu’il finit par l’épuiser. 

Les bâtiments de l'institut Pinel

Au final les détenus passent un an à visiter leur déviance, puis à la corriger, à lui opposer des solutions pratiques claires. Et ça marche. Le centre reste ouvert aux détenus après leur libération, afin d’assurer un suivi, une écoute voire même une hospitalisation s’ils sentent qu’ils peuvent repasser à l’acte. Ils le savent, pour certains, ils ne guériront au fond jamais, comme les alcooliques, mais ils peuvent vivre avec sans blesser ni les autres, ni eux-mêmes.

 

Bibliographie

  • Traiter les agresseurs sexuels ?
    Amal Hachet
    Temps d’arrêt / Lectures, 2010
     
  • Le délinquant sexuel : enjeux cliniques et sociétaux
    André Ciavaldini, Roland Coutenceau, Francis Martens, Loïc Wacqant
    Temps d’arrêt / Lectures, 2010
     
  • Les agresseurs sexuels
    J. Aubut  et collection
    Les éditions la Chenelière, Montréal, 1993
     
  • La violence en abyme
    C. Balier
    P.U.F., collection Le fil rouge, 2005
     
  • Le passage à l´acte : Aspects cliniques et psychodynamiques
    F Millaud
    Éditions Masson, collection Médecine et psychothérapie, 2002
     
  • Les infractions sexuelles : prévention des récidives et assistance aux mineurs victimes
    B. Cordier, M. Brousse
    ​Solvay Pharma, 2001

Crédits Photos

  • IMG 1 : Campagne sur les risques de pédophilie sur internet, //www.actioninnocence.org
     
  • IMG 2 : Patrick Tissier, un tristement célèbre violeur qui a sévi de 1971 à 1993, //scenedecrime.blogs.com/scenedecrime/fiche-criminelle-patrick-tissier.html
     
  • IMG 3 : La maison d'arrêt de Fresne, wikipédia : GNU Free Documentation License , auteur : Lionel Allorge
     
  • IMG 4 : Christian Van Geloven, un criminel sexuel multi-récidiviste dans les années 90, www.thinesclaude.com
     
  • IMG 5 : L'institut Philippe Pinel de Montréal, wikipédia : Chicoutimi / Ce fichier est disponible selon les termes de la licence Creative Commons CC0 don universel au domaine public.
     
  • IMG 6 : Les bâtiments de l'institut Pinel, //www.facebook.com/group.php?gid=44195071149