Lindbergh

Charles Lindbergh est un des aviateurs les plus connus du 20ème siècle pour avoir réalisé en 1927 la première traversée de l’Atlantique en avion, en solitaire et sans escales. C’est au faîte de sa gloire, que tout bascule. Le 1er mars 1932, son fils aîné, alors âgé de  20 mois, est enlevé et ne sera jamais rendu à ses parents, malgré le paiement de la rançon. S’ouvre deux ans plus tard, l’un des procès les plus controversés de l’histoire judiciaire américaine, qui verra la condamnation d’un suspect trop facilement désigné.

Charles Lindbergh nait à Détroit (Etats-Unis) le 4 février 1902, d’une famille aisée d’émigrants Suédois. Très vite passionné d’aviation, il passe son brevet et entre dans l’aéronavale dans les années 1920. Il devient vite un pilote incontournable. D’autant plus quand il décide de remporter le Prix Orteig, qui offre 25.000 dollars à celui qui reliera New York à Paris en avion.

A bord du Spirit of St Louis, le 20 mai 1927, il décolle donc de New York pour atterrir à Paris quelques 33 heures plus tard et devenir le premier pilote à traverser l’Atlantique en solitaire et sans escales. Charles Lindbergh entre dans la légende. Il devient un symbole de modernité et les foules l’adulent.

Les époux Lindenbergh - DR

A son retour aux Etats-Unis, lors de sa tournée triomphale à bord du Spirit of St Louis, il rencontre Anne Morow, riche héritière elle même aviatrice, qu’il épouse en 1929, et qui donne naissance à leur premier enfant, Charles junior, l’année suivante.

 

La rançon de la gloire

Tout réussit au couple Lindbergh. Mais leur bonheur est de courte durée. Le soir du 1er mars, alors qu’ils dinent au salon de leur résidence du New-Jersey, la nurse les interrompt. Charles Junior a disparu. Dans la chambre de l’enfant de 20 mois, le couple découvre des traces de pas, la fenêtre ouverte, une échelle appuyée contre la façade et une lettre demandant une rançon de 50.000 dollars. La police se saisit de l’affaire et mène son enquête. La piste d’un complice à l’intérieur de la maison des Lindbergh est vite privilégiée. Après l’interrogation du personnel, une domestique, Violette Sharp, est suspectée, à cause de ses réponses évasives et peu cohérentes. Mais la police n’arrive rien à tirer de la jeune femme et décide de poursuivre ses investigations et d’essayer d’autres pistes.

Le couple Lindbergh, lui, n’en peut plus. Sans prévenir les autorités, avec l’aide d’amis, ils décident de contacter les ravisseurs et de payer la rançon.  Par l’intermédiaire de la presse, un rendez-vous est convenu. Les 50.000 dollars sont réunis en billets avec des certificats d’or qui seront facilement détectables lors de leur utilisation, étant donné que ceux-ci seront prochainement retirés de la circulation. La somme est remise aux kidnappeurs qui révèlent que l’enfant se trouve dans un bateau, Le Nelly, dans la baie de Martha’s Vineyard. Mais le bateau est introuvable et les Lindbergh, désespérés, n’ont plus qu’à attendre des nouvelles des ravisseurs.

Mais les nouvelles qui arrivent sont funestes. Le 12 mai 1932, Charles junior est retrouvé sans vie dans un bois à quelques kilomètres de la maison des Lindbergh. Le corps est dans un état de décomposition déjà avancé, et l’autopsie révèle que l’enfant est mort depuis plusieurs semaines, d’un violent coup à la tête. Si les circonstances exactes de la mort de Charles junior n’ont jamais été élucidées, tout porte à croire que l’enfant serait tombé de l’échelle le soir de son kidnapping.

 

De suspects en suspects

La police reprend de plus belle son enquête, et revient sur son seul suspect: Violette Sharp. Mais la jeune femme ne supporte plus la pression et se suicide. Quelques semaines plus tard, un autre suspect apparaît. JJ Faulkner dépose dans une banque de Manhattan 3.000 dollars certifiés or provenant de la rançon. Bien sûr, il laisse un faux nom et une fausse adresse. Mais l’enquête conduit à un certain Geissler, qui laisse encore la police dans une impasse après qu’il mette, lui aussi, fin à ses jours.

Bruno Hauptmann - DR

L’enquête piétine jusqu’au mois de septembre 1934, quand un pompiste avertit les enquêteurs qu’un de ses client a payé en dollars certifiés or. Grace au numéro d’immatriculation du véhicule relevé par le pompiste, la police arrive très vite chez Bruno Hauptmann, son  nouveau suspect. La perquisition du domicile d’Hauptmann met à jour une boite contenant 11.000 dollars provenant de l’argent de la rançon versée par les Lindbergh. L’homme est arrêté, mis en garde à vue et questionné. Il nie tout en bloc. L’argent lui aurai été donné par son ex-associé qui a fuit les Etats-Unis pour repartir en Allemagne. Mais cet homme, maintenant, est mort. De plus, deux témoins affirment l’avoir vu à l’époque du crime près de la maison des Lindbergh, dans sa voiture, avec une échelle. La police le place alors en détention préventive, et le force à recopier maintes et maintes fois la demande de rançon trouvée dans la chambre de Charles Junior. Les graphologues attestent que l’écriture est identique. Bruno Hauptmann est envoyé devant le juge.

Bruno Hauptmann est né en Allemagne en 1899. Après la première guerre mondiale, la misère de son pays en ruine le pousse à commettre plusieurs vols à main armée qui l’enverront 5 ans en prison. Il parvient à s’échapper et gagne les Etats-Unis où il trouve un travail de menuisier et se marie. Les affaires marchent bien, et Hauptmann commence à jouer en bourse. Rapidement, il s’associe avec un certain Isidor Fisch, escroc notoire; ce que Hauptmann dit ignorer. En 1934, Fisch part pour l’Allemagne où il meurt d’une tuberculose, laissant à Hauptmann une boite contenant 15.000 dollars. Accusé du meurtre d’un enfant, qui plus est de celui d’un héros national, le passé de Bruno Hauptmann et ses rapports avec Isidor Fisch jouent lourdement en sa défaveur.

 

Le procès

Le procès s’ouvre le 2 janvier 1935. Mais toutes les preuves accusant Hauptmann semblent plus que douteuses. Un ami des Lindbergh, qui avait participé à la transaction lors de la remise de la rançon, affirme que les voix de Hauptmann et celle de l’homme avec qui il a traité sont identiques. Pourtant, lors de l’arrestation de Hauptmann, il avait dit ne pas pouvoir le certifier.

Des deux témoins qui disent avoir vu Hauptmann dans sa voiture près de la résidence des Lindbergh, l’un est atteint de cataracte, et l’autre est un menteur notoire. Certaines rumeurs accuseront la police de les avoir payé pour leur témoignage. Et la liste continue! L’échelle amenée comme pièce à conviction au tribunal n’est pas celle qui a été retrouvée sur la façade des Lindbergh; l’ancien patron de Hauptmann dit que ce dernier n’est pas venu travailler le jour de l’enlèvement, registre de paie à l’appui, alors que ce même registre disait le contraire quelques semaines avant; la police ne déclare qu’une seule empreinte de pas alors qu’elle en avait constaté 2 au début de l’enquête. Quand à l’avocat de la défense, c’est un grand fan de Charles Lindbergh et il ne trouvera à répondre aux accusations que la réinsertion réussie de Hauptmann aux Etats-Unis. L’accusé clame une dernière fois son innocence avant d’être jugé coupable et condamné à la chaise électrique.

Malgré une presse déchainée qui qualifie ce procès de parodie, et les demandes en révision du gouverneur du New Jersey qui est convaincu de l’innocence du menuisier, Bruno Hauptmann est exécuté le 3 avril 1936. Cette affaire poussera le congrès américain à voter une loi faisant du kidnapping un crime fédéral passible de peine de mort.

 

L'affaire Lindbergh en quelques dates

  • 1 mars 1932 : enlèvement dans sa chambre du petit Charles junior
  • Mars 1932 : Paiement d’une rançon de 50 000 dollars aux ravisseurs
  • 12 mai 1932 : découverte du cadavre de Charles Junior
  • Juin 1932 : suicide de Violette Sharp, unique suspect
  • Aout 1932 : suicide de Geissler, possible suspect
  • Septembre 1934 : Arrestation de Bruno Hauptmann, principal suspect
  • 2 janvier 1935 : ouverture du procès de Bruno Hauptmann pour kidnapping et meurtre
  • 13 février 1935 : Bruno Hauptmann est déclaré coupable et condamné à la chaise électrique
  • 3 avril 1936 : exécution de Bruno Hauptmann

Bibliographie

  • Histoire du banditisme et des grandes affaires criminelles de Pierre Guillemot, éditions Famots, 1973
  • Lindbergh, l’ange noir de Bernard Marck, éditions L’archipel, 2006
  • Charles Lindbergh, l’oiseau volage de Michel Benichou, éditions La Rivière, 2005
  • Charles A. Lindbergh : The power and péril of celebrity de Randy Roberts, éditions Brandywine, 2003
  • Kidnap : The story of the Lindbergh case de George Waller, éditions Hamilton, 1961