Marc Marchin

1er décembre 2001, Marie-Agnès Bedot est assassinée sur le pont de Neuilly. Très vite Marc Machin est arrêté, il avoue puis se rétracte. Il est condamné à 18 ans de réclusion criminelle. Pourtant il est sorti libre de la maison d’arrêt de Rouen le 7 octobre 2008. Un autre s’est accusé du meurtre et les analyses ADN ont prouvé qu’il était le meurtrier de Marie-Agnès Bedot.
Récit d’une véritable erreur judiciaire qui remet en cause le sacro-saint aveu.

Nous sommes le 1er décembre 2001. Marie-Agnès Bedot, une mère de famille de 45 ans, traverse le pont de Neuilly pour aller à son club de gym. L’assistante de direction fait une mauvaise rencontre. Elle est assassinée à coups de couteau. La brigade criminelle s’empare du dossier et recherche activement le meurtrier.

Marc Machin

Très vite, elle tourne ses soupçons vers Marc Machin, un jeune marginal de 19 ans, connu du quartier. Il est vrai qu’il n’était pas connu pour être violent mais il est jeune, souvent alcoolisé et il fume régulièrement du shit…. Il est arrêté et mis en garde-à-vue.

Pendant les 48 heures légales de la garde-à-vue, Marc Machin nie toute implication dans ce meurtre. Le délai expire. La garde-à-vue est prolongée.

 

Des aveux, puis la rétractation

Le 14 décembre 2001 Marc Machin craque. Cela fait plus de 2 jours qu’il est en garde-à-vue. Il avoue le meurtre de Marie-Agnès Bedot. On enregistre donc ses aveux, il est présenté devant le juge d’instruction et mis en examen pour l’assassinat de l’assistante de direction.
Mais depuis sa cellule, il se rétracte. Ce n’est pas lui, il a avoué sous la pression, «parce qu’[il] en avai[t] marre des questions, des auditions et de la pression psychologique».

Pourtant personne ne l’écoute.

22 mai 2002, Maria-Judith Araujo est assassinée pont de Neuilly, à coups de tesson de bouteille. Machin nie à nouveau. Mais même ce meurtre étrangement similaire à celui de Marie-Agnès Bedot ne fera pas changer d’avis le juge d’instruction. Marc Machin est jugé en septembre 2004 par la cour d’assises des Hauts-de-Seine à 18 ans de réclusion criminelle.

Peine confirmée en appel par la Cour d’assises d’appel des Yvelines en 2005.

Marc Machin

3 mars 2008. David Sagno, un SDF de 34 ans se rend au commissariat de La Défense pour s’accuser des meurtres de Marie-Agnès Bedot en 2001 et Maria-Judith Araujo en 2002 sur le pont de Neuilly. Très vite, les enquêteurs réalisent qu’ils n’ont pas à faire à un mythomane. Son récit est trop détaillé, trop précis. Il parle même du sac de sport de la première victime. Sac qui n’a jamais été retrouvé.

Des expertises génétiques sont alors faites sur les vêtements de Marie-Agnès Bedot. Elles confirment les aveux de David Sagno. Marc Machin serait donc innocent.

Le 31 mars 2008, l’avocat de Machin, Maître Louis Balling dépose une demande de suspension de peine.

En juin 2008, Marc Machin est effondré, sa demande de remise en liberté est rejetée par la Commission de révision des condamnations pénales. Il reste en prison. Presque 7 ans sous les verrous et la Commission a estimé qu’une libération serait «prématurée». Un mois après elle suspend l’exécution de sa peine. Mais le 4 juillet, Machin s’énerve et frappe un gardien. Il prend 4 mois ferme.

 

Machin en liberté

7 octobre 2008 : Marc Machin est remis en liberté. Il sort de la maison d’arrêt de Rouen et profite de ses premiers moments d’homme libre. Il s’émerveille de tout ce qu’offre la nature, le ciel, les arbres, les fleurs, la rosée matinale…C’est un homme «heureux d’être enfin libre» mais qui a «besoin de se ressourcer, parce qu’[il]en a bavé quand même».

Il sait qu’aujourd’hui, le travail n’est pas fini. Il est libre certes mais toujours condamné aux yeux de la justice pénale.

Dans un entretien, Marc Machin a expliqué: «La justice, je leur pardonne à moitié…en fait… c’est surtout aux enquêteurs de la brigade criminelle que j’en veux». De sa vie de l’autre côté du mur, il déclare: «Aujourd’hui, je suis fier de ne pas m’être suicidé».

Motivé pour être réhabilité, Marc Machin est aujourd’hui libre et heureux. On parle même d’un livre que l’éditeur Arash Derambarsh lui aurait proposé d’écrire.

Mais il faut savoir que depuis le début du XXe siècle, la commission de révision des condamnations pénales (qui est composée de 5 magistrats de la Cour de Cassation) n’a acquitté que 6 dossiers. Le chemin de la liberté est donc encore plein d ‘obstacles pour le jeune Marc Machin.

 

Marc Machin en quelques dates

  • 1er décembre 2001 : meurtre de Marie-Agnès Bedot
  • 14 décembre 2001 : aveux de Marc Machin
  • 15 décembre 2001 : mise en prison de Marc Machin
  • septembre 2004 : la cour d’Assises le condamne à 18 de réclusion criminelle
  • 2005 : en appel la cour réaffirme les 18 ans de prison
  • 25 février 2008 : sortie de prison de David Sagno
  • 4 mars 2008 : David Sagno vient se constituer prisonnier et s’accuse du crime de Marie-Agnès
  • 1er juillet 2008 : la peine de Marc Machin est suspendue par la commission de révision des condamnations pénales
  • 4 juillet 2008 : Marc Machin frappe un gardien, et prend 4 mois ferme
  • 7 octobre 2008 : Marc Machin sort de prison

Étiquettes: Dossier   Erreurs Judiciaires   Marc Marchin