Marcel Barbeault

De 1969 à 1976, huit meurtres relevant du même rituel sont commis dans le périmètre de Nogent-sur-Oise, semant la panique dans la ville et ses environs. En 1976, l’investigation met enfin un nom sur celui qu'on appelle «le tueur de l'ombre», celui de Marcel Barbeault. Comment admettre qu’un père de famille et mari exemplaire de 35 ans ait pu perpétrer tous ces meurtres? Il est condamné pour 2 meurtres avérés à la prison à perpétuité par la cour d’assise de l’Oise en 1981.

Marcel Barbeault est issu d’une famille modeste. Son père cheminot et sa mère femme au foyer ont eu 5 autres enfants avec lesquels il entretient des rapports affectueux. Il rate son certificat d’études et entre à 16 ans comme outilleur dans les ateliers mécaniques des Etablissements Rivière à Creil.

Grand et costaud, il pratique la boxe en amateur avant de s’engager pour 2 ans dans la guerre d’Algérie où il devient brancardier. Décoré à son retour, il souhaite entrer dans la Gendarmerie mais échoue aux épreuves de sélection et retourne donc travailler aux ateliers Rivière.

Agé de 21 ans, il se marie suite à un coup de foudre avec Josiane Vandeponselle, charmante secrétaire rencontrée au cinéma, et s’installe dans une cité HLM neuve avec leurs deux fils nés en 1966 et 1972. Jusque-là, il mène une vie de père de famille exemplaire et il est considéré comme un homme sympathique. Sa vie n’est troublée que par le décès de sa mère en 1968 et de deux de ses frères, dont un s’est suicidé. Un changement d’employeur en 1972 le conduit à travailler comme régleur en horaires tournants à l’usine Saint-Gobain de Rantigny.

En 1974, il est condamné à un mois d’emprisonnement suite à un cambriolage où il est pris en flagrant délit de recel. Il reconnaît qu’il n’en est pas à son coup d’essai. Les Gendarmes découvrent au milieu du butin un calibre 5.5 à balles réelles, qu’il explique détenir pour sa femme, souvent seule à la maison, compte tenu de ses horaires de travail à lui. En dépit d’une dépression nerveuse et de son intention de le quitter, son épouse décide néanmoins de lui donner une deuxième chance.
 

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Marcel Barbeault

Meurtres en série: un rituel identique

Au mois de janvier 1969, trois agressions par balle de femmes sont commises à quelques jours d’intervalle la nuit tombée. Françoise Lecron et Michèle Louvet en réchappent mais le 23 janvier, Thérèse Adam est assassinée d’une balle de 5.5 dans la nuque après avoir été assommée.

Moins d’un an plus tard, le 16 novembre 1969, un soir de pluie, un homme vêtu d’un ciré marron agresse deux femmes dans un pavillon isolé, les entraîne et tue la mère, Suzanne Mérienne d’une balle dans la tempe sous les yeux de sa fille qui parvient à s’échapper. Micheline est la première à pouvoir aider les enquêteurs pour un portrait-robot.

La Police rapproche ces 4 agressions de femmes brunes, et la Presse en fait rapidement ses choux gras, l’agresseur est surnommé le « tueur de l’ombre ».

Trois ans s’écoulent sans que le tueur fasse parler de lui jusqu’à un nouveau meurtre le 6 février 1973 où Annick Delisle, brune également, est abattue d’une balle de 22 long rifle dans la nuque.

Le double meurtre d’un couple d’amoureux enfin, quelques temps plus tard près du cimetière de Laigneville dans la nuit du 28 mai 1873, Eugène Stephan et Mauricette Van Hyfte, assommés et tués de plusieurs balles de 22 long rifle est également rattaché au tueur de l’ombre.

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Portrait robot

Presqu’un an plus tard, le 8 janvier 1974, Josette Routier, brune, matraquée à son domicile est abattue de 2 balles de 5.5 dans la tempe. Un intérêt sexuel de la part du tueur est démontré pour la première fois, la victime ayant été dévêtue et ses sous-vêtements emportés.

En novembre 1975, Julia Gonçalves est tuée selon le même mode opératoire, ainsi que Françoise Jakubowska en janvier 1976. Les 2 dernières victimes ont aussi été dépossédées de leurs sous-vêtements mais n’ont pas été violées.
 

L'enquête et ses recoupements

Pas moins de 250 gendarmes et 50 inspecteurs sont mobilisés depuis le début de l’enquête dans l’Oise sur les meurtres de ces femmes brunes, abattues de nuit à bout portant par une balle de 22 long rifle ou de 5.5. Mais quand l’inspecteur Daniel Neveu arrive en septembre 1974, l’enquête piétine en dépit de centaines d’auditions et de fouilles minutieuses. Les indices sont bien minces : un ciré marron, une empreinte de botte pointure 42, quelques douilles, le portrait robot établi suite au témoignage de Micheline Mérienne.

En 1975, les enquêteurs travaillent sur une plus grande échelle avec l’arrivée du commissaire Jacob, à l’Antenne judiciaire de Creil. La région est systématiquement fouillée, 92 perquisitions sont ordonnées, 1000 personnes entendues.

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Marcel Barbeault

L’inspecteur Neveu établit une hypothèse à partir du meurtre du jeune couple à Laigneville, considéré comme atypique dans la série d’assassinats. Le fait qu’un couple ait été tué au printemps l’amène à penser que le tueur a en fait été dérangé, dans un lieu qui lui est familier, et la découverte d’une balle de 22 long rifle à côté d’un robinet d’eau du cimetière, peu facile à trouver surtout de nuit, vient étayer son raisonnement.

Une dénonciation anonyme traçant le profil précis de Marcel Barbeault permet de compléter la liste des suspects à interroger. Daniel Neveu dresse une liste de des personnes susceptibles de venir se recueillir sur l’une des tombes du cimetière et au mois de novembre 1976, après de nombreux recoupements, il parvient à resserrer le filet sur une liste de 50 suspects. Le 14 décembre 1976, une perquisition au domicile de l’un des derniers suspects, Marcel Barbeault, est ordonnée à son domicile. C’est le jackpot !
 

Des preuves matérielles accablantes

Aucune pièce à conviction dans l’appartement mais le détour des policiers par la cave de Marcel Barbeault est accablant. Ils découvrent une carabine 22 long rifle Gekado soigneusement cachés, un poignard de commando, un ciré de pêcheur marron et un tuyau lourd qui peut faire matraque. Les policiers sont tout de suite frappés par la ressemblance du suspect avec le portrait-robot du «tueur de l’ombre». Pendant l'interrogatoire, Marcel Barbeault nie avec un sang-froid étonnant toutes les accusations portées à son encontre, et indique avoir trouvé la carabine et le ciré dans la cabane d’un fossoyeur au cimetière.

Le 16 décembre 1976, il est présenté devant la juge d’instruction chargée de l’affaire au tribunal de Senlis. Les conclusions de l’analyse balistique de la carabine sont formelles : c’est l’arme qui a abattu Françoise Jakubowska.

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Marcel Barbeault

Mais Marcel Barbeault continue de nier, reconnaissant être un voleur mais non un meurtrier. Interrogé sur sa présence fréquente dans le cimetière de Laigneville, il dit venir entretenir la tombe de sa famille. Mais sur la base de ces preuves et du témoignage occulaire d’une femme de ménage portugaise, Maria D, qui avait été suivie plusieurs reprises depuis le début de l’année 1976 par un homme grand, brun au regard perçant, la Juge d’instruction inculpe Marcel Barbeault pour le meurtre de Françoise Jakubowska. D’autres conclusions de la Balistique, venant confirmer que la carabine a également tué Julia Gonçalves, permettent de l’inculper pour un second meurtre, qu’il nie également.

Le 10 juin 1981, Marcel Barbeault est condamné à l’emprisonnement à perpétuité, et est incarcéré à la prison centrale de Saint-Maur dans l’Indre. C’est aujourd’hui l’un des plus anciens détenus de France, qui continue de nier les faits...
 

Marcel Barbeault en quelques dates

  • 10 août 1941: naissance à Liancourt (Oise)
  • 1957: outilleur aux ateliers des Ets Rivière de Creil
  • 1960-1962: engagement dans la guerre d’Algérie
  • 1962: mariage avec Josiane Vandeponselle
  • 1966 et 1972: naissance de ses 2 fils
  • 1968:décès de sa mère
  • 1972: régleur à l’usine Saint-Gobain de Rantigny
  • 1974:1 mois de prison pour vol
  • 14 décembre 1976: perquisition à son domicile
  • 16 décembre 1976: déféré au tribunal de Senlis
  • 25 mai 1981: début du procès au palais de justice de Beauvais – Cour d’assise de l’Oise
  • 10 juin 1981: condamné à la perpétuité pour les meurtres de Julia Gonçalves et de Françoise Jakubowska,
  • 1983: confirmation de la perpétuité par la Cour de Cassation
  • 2009: incarcéré à la prison centrale de Saint-Maur (Indre)
     

Les victimes du tueur de l’ombre

  • 10/01/1969: Françoise Lecron, a survécu
  • 14/01/1969: Michèle Louvet, a survécu
  • 23/01/1969:Thérèse Adam: assassinée
  • 16/11/1969: Suzanne Mérienne: assassinée
  • 06/02/1973: Annick Delisle, assassinée
  • 28/05/1973: Eugène Stephan et Mauricette Van Hyfte, assassinés
  • 08/01/1974: Josette Routier, assassinée
  • 26/11/1975: Julia Gonçalves, assassinée
  • 06/01/1976: Françoise Jakubowska, assassinée
     

Bibliographie

Georges Simenon : ma vérité sur le tueur de l’Oise.
L’affaire Marcel Barbeault. Un tueur dans l’ombre 
Paris-Match n°1440
31/12/1976, p 54-56
 
Alain Hamon
J’ai lu 1999
 
L’invité de Nogent-sur-Oise
Patrick Reumaux
Grasset
 


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