Dossier /

Marcel Guillaume

Dernier grand représentant des flics de la "vieille école", le commissaire Guillaume (1872-1964) fut le policier le plus célèbre de l'entre-deux guerres, démasquant les plus grands criminels de l’époque. Star de la PJ de 1910 à 1937, amateur de jolies femmes, costaud et actif mais toujours grand humaniste, il inspira à Georges Simenon le personnage du fameux commissaire Maigret.

La carrière de cet écolier d’Epernay (Marne) démarra à Paris au début du 19ème siècle dans un bain de sang: la traque de la bande à Bonnot. Ce groupe anarchiste mené par Jules Bonnot a multiplié les braquages et les meurtres en 1911 et 1912, inventant le hold-up en automobile.

Parmi ses autres faits d’armes, Marcel Guillaume a sondé l'âme mystérieuse de Landru. D’abord condamné pour escroqueries diverses, Landru tua 11 femmes entre 1915 et 1918. Il fut guillotiné en 1922. Selon Marcel Guillaume, c’est le seul meurtrier qui parvint à lui faire baisser les yeux.

Il a aussi arrêté Paul Gorguloff, l'assassin fou du Président Doumer, guillotiné en 1932.

En 1933, Il a confessé Violette Nozière, accusée à 18 ans d'avoir empoisonné ses parents et d’avoir maquillé le crime en suicide. Elle sera condamnée à la peine de mort commuée en peine de prison à perpétuité car les femmes n’étaient plus guillotinées à cette époque.

Enfin, Marcel Guillaume a dévoilé les secrets de l'affaire Stavisky. Le décès dans des circonstances mystérieuses d'Alexandre Stavisky, le beau «Sacha», escroc de haute volée protégé par les milieux politiques et financiers, déclencha une crise politique. Le régime fut soupçonné de corruption et l’affaire Stavisky contribua à la chute du gouvernement Camille Chautemps et au déclenchement en France des émeutes antiparlementaires du 6 février 1934.

 

Une carrière au 36 quai des orfèvres

Au début du XXème siècle, Marcel Guillaume est nommé inspecteur de police au commissariat du quartier de La Chapelle, dans le Xème arrondissement de Paris. Puis, en 1910, il rejoint «le service de sûreté», au 36 quai des Orfèvres, aux côtés du sous-chef de la sûreté Jouin, tué par la Bande à Bonnot, puis de Xavier Guichard.

En 1912, le service de sûreté éclate en une dizaine de districts et il ne reste quai des Orfèvres qu’une brigade spéciale forte d’environ 300 hommes. Cette brigade est divisée en trois sections. À la première section, dite BS1, on confie les enquêtes de sang. C’est l’ancêtre de la brigade criminelle. La BS2, est chargée de réprimer les vols et la BS3 traite des escroqueries, des abus de confiance et de la fausse monnaie. Marcel Guillaume est affecté à la BS1.

Après la première guerre mondiale, Marcel Guillaume, passe le concours de commissaire de la Ville de Paris. Après une courte pénitence en police municipale, il revient au 36 quai des Orfèvres.

Passant les grades de commissaire, puis commissaire divisionnaire, il dirigea la brigade spéciale de la Police Judiciaire de 1930 jusqu’à sa retraite en 1937.

Marcel Guillaume est mort en 1964 après avoir continué une activité de détective privé à Paris après sa retraite de la Police.

 

Un humaniste jamais endurci

Dans ses mémoires, Marcel Guillaume évoque sa vision du métier de policier : «Le policier est paternel et indulgent […] Il calme les affolements, pardonne à la faiblesse […] Il réconforte, ramène l’espérance, parfois même le sourire: il éclaire, il console, il libère.» Marcel Guillaume avoue que devant certaines misères, jamais il n’a pu se cuirasser.

Marcel Guillaume a assisté à un très grand nombre d’exécutions capitales, et à l’évidence, il ne s’en est pas remis. Voici ce qu’il nous en dit : «Le malheureux dort; on lui met doucement la main sur l’épaule… il s’éveille, contemple avec une sorte de stupeur ceux qui se penchent vers lui et l’entourent… Il a bien vite compris et entend à peine la phrase fatidique: «Votre pourvoi a été rejeté. Ayez du courage!»

«Beaucoup acceptent le verre de rhum traditionnel qui les réchauffe, et une cigarette… La dernière, qu’ils fument nerveusement […] Presque tous sont calmes, se montrent dociles, parlent doucement.

«Monsieur de Paris avec ses aides entravent les pieds du patient […] Puis il échancre largement le col de la chemise; le froid des ciseaux provoque chez le condamné des frissons à fleur de peau. Le cou qui va être tranché apparaît obsédant.»

Geroges Simenon à propos de Marcel Guillaume: «Sa façon de vous regarder au milieu du front comme si vous étiez transparent… Et sa façon de vous écouter avec l’air de penser à autre chose… Et de concrétiser soudain la pensée par un “merde!“ sonore…Que pouvait faire mon Maigret à moi? Regarder l’autre et l’imiter.»

Corps massif et regard noir, le commissaire Guillaume fut le principal modèle du héros de Georges Simenon. L'écrivain a rencontré ce policier patron de la brigade criminelle, au tout début des années 1930. A ses côtés, Simenon s'imprègne de l'atmosphère du 36, quai des Orfèvres, assiste à des interrogatoires, à des réunions de chefs de brigade et à des expertises psychiatriques. L'inspecteur Février, collaborateur du commissaire Guillaume au 36 quai des orfèvres, deviendra le fidèle Janvier des romans de Simenon.

 

Marcel Guillaume

  • 1872 Naissance
  • 1913 Commissaire de police
  • 1928 Commissaire divisionnaire
  • 1930- 1937, chef de la" Brigade spéciale " au 36, quai des Orfèvres.
  • 1937 Retraite
  • 1964 Décès

 

Bibliographie

Livres de Marcel Guillaume:

  • Mes grandes enquêtes criminelles: de la bande à Bonnot à l’affaire Stavisky : mémoires.
    Éd. des Équateurs 2005
     
  • 37 ans avec la pègreaux
    éditions des Equateurs