Markus Wolf

Légende du contre-espionnage est-allemand pendant la guerre froide, Markus Wolf est devenu célèbre grâce à quelques exploits comme l’introduction d’une taupe auprès du chancelier Willy Brandt. Patron du renseignement extérieur de la Stasi de 1958 à 1987, l’ « homme sans visage », qui ne s’est fait démasquer qu’en 1979, a tissé un réseau de 4000 agents à travers le monde. Jusqu’à sa mort en 2006, malgré les procès et les pressions, il ne livrera aucun de ses secrets.

Markus Wolf est né le 19 janvier 1923 à Hechingen, dans le Sud Ouest de l’Allemagne. Son père est un juif communiste, médecin et auteur dramatique. En 1933 après l’arrivée d’Hitler au pouvoir, il décide de quitter l’Allemagne et s’installe en Suisse, en France puis en Union Soviétique. Markus Wolf fréquente alors les écoles du parti communiste, apprend le russe et se prend de passion pour ce pays dirigé par Staline.

Il devient Mischa, pur militant communiste, prêt à tout pour la Cause. Il intègre le Komintern, suit la formation des futurs agents clandestins, et travaille dans les services de propagande de l'Armée rouge. Après la guerre, il revient en Allemagne divisée. Il est alors journaliste radio et suit le procès de Nuremberg chargé de juger les criminels de guerre nazis.

 

De l'usage du sexe dans l’espionnage

Après 2 ans à l’ambassade de RDA (République Démocratique Allemande) à Moscou, il participe à la création des services de renseignements extérieurs de la RDA communiste. Il est nommé chef de ce service qui dépend de la Stasi, le ministère de la sécurité d’état. Il dirige ce service de 1958 à 1987. Avec Erich Mielke –chef de la Stasi- il forme une paire d’une redoutable efficacité au service du renseignement est-allemand.

Il dispose de 4000 agents infiltrés à travers le monde et se fait baptiser «l’homme sans visage» par les services secrets occidentaux qui ignorent son identité. La première photo de lui date de 1979: l’hebdomadaire Der Spiegel publia à la «une» sa photo, prise au cours d’une visite à Stockholm. Un dissident est-allemand l’avait reconnu sur le cliché, pris en catimini par les services secrets suédois. 

Parmi ses meilleurs «coups» de contre espionnage pendant la guerre froide: il a placé une taupe est-allemande - Günter Guillaume - dans l'entourage du chancelier de l'Allemagne de l'Ouest - Willy Brandt - qui dut démissionner quand l'affaire éclata au grand jour; il a introduit l'espion Klaus Kuron au coeur de l'office de protection de la Constitution; il a aussi infiltré «Topas», alias Rainer Rupp, au sein de la hiérarchie de l'Otan à Bruxelles.

Il se targua plus tard d’avoir développé l’usage des «espions Roméo», qui parvenaient à leurs fins en séduisant secrétaires ou épouses de diplomate… «Si je rentre un jour dans l’histoire de l’espionnage, ce sera sans doute pour avoir perfectionné l’usage du sexe dans l’espionnage», confia-t-il dans ses Mémoires.

 

Retraite et tribunaux

Il prend sa retraite en 1987 avec le grade de général. En 1989 il participe activement à la Pérestroïka, la politique menée par Gorbatchev.

S’il a caressé des rêves de reconversion politique, il dut déchanter le 4 novembre 1989 lorsque, lors d’une manifestation à Berlin Est, il est sifflé par une foule de 500.000 personnes qui l’identifient toujours à la Stasi.

Pour éviter d’être arrêté, il commence par se réfugier à Moscou avant de se rendre à la justice en 1991. Il est alors brièvement incarcéré puis jugé pour «haute trahison» et condamné à 6 ans de prison. La peine sera finalement levée 2 ans plus tard car la cour constitutionnelle fédérale estima que les espions est-allemands n’avaient fait que servir leur état, la RDA. Enfin en 1997 il est condamné à deux ans de prison avec sursis pour 4 enlèvements commis par ses agents durant la guerre froide.

Pendant ces procès, Markus Wolf a réussi à s'en tenir à ce principe, énoncé dans l'une de ses nombreuses interviews: «Dénoncer des personnes que l'on a soi-même recrutées serait contraire à toutes les règles de l'honneur.» Ainsi, malgré les pressions ou les menaces, l'espion a toujours refusé de divulguer les noms de ses agents. Et si Mischa a publié ses Mémoires en 1998, c'est surtout, dit-il, pour «arrondir des fins de mois devenues difficiles, pas pour trahir des secrets».

Des secrets qu'il emporte dans sa tombe le 9 novembre 2006, c’est-à-dire, clin d’œil de l’Histoire, le jour anniversaire de la chute du mur de Berlin...

 

Markus Wolf en quelques dates

  • 1923. Naissance de Markus Wolf à Hechingen, dans le sud-ouest de l'Allemagne.
  • 1933. La famille Wolf fuit Hitler et s'installe en URSS.
  • 1958. « Mischa » Wolf prend la direction des services secrets extérieurs de la RDA.
  • 1987. A 64 ans, Wolf prend sa retraite en opposition à la ligne dure suivie par Erich Honecker.
  • 1989. Il se réfugie à Moscou pour échapper à la justice
  • 1991. Il se rend à la justice de son pays
  • 1993. Il est emprisonné et condamné à six ans de prison qu’il ne purge pas
  • 1997. Il est condamné à 2 ans de prison avec sursis
  • 1998. Publication de ses Mémoires
  • 2006. Il meurt le 9 novembre

Bibliographie et filmographie

Bibliographie 

  • L’homme sans visage, de Markus Wolf, Editions Plon, 1998
  • Markus Wolf avait une sœur, je l’ai aimée, de Gérard Guégan, Grasset, 1997
  • Le coup d’Etat de Markus Wolf - La guerre des deux Allemagne (1945-1991), de Pierre Faillant de Villemarest, Editions Stock, 1991
  • L’œil de Berlin - entretiens de Maurice Najman avec le patron des services secrets est-allemands, Editions Balland, 1992

 

Filmographie

  • La guerre des loups : Markus Wolf, documentaire de Jean-Michel Meurice, Taxi production, 1994

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