Martine Monteil

Depuis trente ans qu’elle arpente les commissariats, Martine Monteil n’a pas chômé: bandits, proxénètes, dealers, tueurs en série, elle s’est attelée à toutes ces affaires avec détermination et enthousiasme. Et elle a gravi les échelons de la «grande maison» jusqu’aux plus hautes fonctions: la direction centrale de la police judiciaire (PJ), ou le 36 quai des Orfèvres. Elle est ainsi devenue la première femme à occuper cette fonction prestigieuse. Parcours d’une « femme flic» engagée.

D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, Martine Monteil a toujours connu la police. Petite-fille et fille de policiers, elle était bercée le soir par les récits de son père et de ses amis qui passaient à la maison le soir, avant de ressortir  en planque ou en filature… Evidemment cela a influencé son choix au moment des études supérieures, même si elle fut un temps tentée par le sport qu’elle pratiquait à haute dose.

Après une licence en droit, elle s’inscrit à l’institut de criminologie, où elle se passionne pour la psychologie des criminels. Puis, dans les années soixante dix, l’école des commissaires vient tout juste d’être ouverte aux femmes. Elle  réussit le concours. Elles y seront huit femmes parmi une centaine d’élèves. C’est là qu’elle rencontre son futur mari, qui sera inspecteur général des services.  A sa sortie en 1979, elle est affectée à Paris dans un commissariat du 7ème arrondissement, réputé calme. Puis, dès 1982 c’est à la brigade des stupéfiants (ou «stups») qu’elle continue ses investigations. Elle y traque les trafiquants, Indiens, chinois, colombiens, s’appuyant sur des indics difficiles à manier.

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Martine Monteil

Martine Monteil est encore élève commissaire en stage à la 3e brigade territoriale, place du Marché-Saint-Honoré à Paris. Un crime sexuel inexpliqué est commis dans le quartier. Avec la bienveillance de la hiérarchie et les conseils d'un inspecteur principal qui lui sert de tuteur, Martine Monteil épluche les fichiers sur les agressions et les viols. Cela ne mène à aucune piste.

Après un deuxième viol meurtrier, puis un troisième, la psychose s’empare du quartier. La dernière victime est une femme yougoslave. Une enquête de voisinage mène les inspecteurs sur la piste d’un Yougoslave habitant le quartier. Déjà condamné pour viol dans son pays, l'homme est interpellé. Face aux enquêteurs, il reste muet. Profitant d'une pause repas, Martine Monteil et son collègue inspecteur s'introduisent dans la pièce de garde à vue. Après une discussion tout en douceur, jouant sur la sensibilité du tueur, son attachement à son enfant, Martine Monteil l’amène à avouer. Dès lors, il ne s’arrête plus, n’omettant aucun détail de ses crimes. Le lendemain, la photo du jeune commissaire en robe et cheveux blonds fait la «une» de France-Soir. 

 

Des qualités reconnues de tous

Les qualités de la «flic Monteil» sont déjà là: patience, opiniâtreté, rigueur, diplomatie, finesse psychologique. C’est d’ailleurs ces qualités que le commissaire Monteil reconnaîtra aux femmes dans la police, complétant la force masculine nécessaire aux opérations de terrain.

Cette femme a aussi une détermination qui toujours la pousse: même si elle affirme que jamais elle ne s’est «blindée», elle sait transformer la charge émotionnelle provoquée par les images terribles en énergie et en volonté pour poursuivre la lutte et traquer les auteurs des crimes. Elle se donne l’obligation de réussir. Elle pense aussi souvent aux victimes et à leurs familles, avec lesquelles elle prend le temps de tisser une relation, qui se prolonge parfois bien après que les affaires soient élucidées.

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Martine Monteil et Rachida Dati

Martine Monteil est appréciée de ses collègues et de sa hiérarchie. Réputée dure, sévère, mais aussi fédératrice, enthousiaste, fière de son métier, elle a résolument l’esprit de la maison. Elle en gravit rapidement les échelons.

En 1989, elle est à la tête de «La Mondaine », brigade spécialisée dans la répression du proxénétisme. Un de ses faits d’armes est d’avoir réussi à faire tomber Madame Claude, bien connue pour diriger des réseaux de call-girls dans les années 60-70. Elle avait recommencé à «jouer» contre Martine Monteil, elle a perdu. Dans ses équipes, elle fait aussi le ménage: lorsque le commissaire Monteil est informé qu’un inspecteur, numéro 3 de la brigade, informe le milieu sur les enquêtes en cours, elle obtient son départ.

Après la chute de Madame Claude, ses grosses affaires seront la traque des auteurs des attentats terroristes de 1995 à Paris, et des serial killer Mamadou Traoré et Guy Georges.

 

Une ascension irrésistible

Première femme dans tous ses postes, elle devient en 1996 le vingt et unième patron de la brigade criminelle, la fameuses «crim’». Pendant quatre ans, les dossiers les plus brûlants vont lui être confiés, des attentats aux homicides. Elle s’y illustre brillamment, sachant emporter l’adhésion des équipes.

Puis, Martine Monteil va être appelée à prendre des fonctions plus administratives. Même si quitter le terrain lui coûte, elle saute le pas en 2000. En 2002, elle est nommée directrice régionale de la police judiciaire de la Préfecture de police. Enfin, en 2004, elle est la première femme à occuper la fonction de directrice centrale de la police judiciaire, place n°2 de l'institution policière française, derrière le directeur général de la police nationale.

En Juillet 2008, Martine Monteil quitte la filière policière pour devenir, avec le rang de préfète, secrétaire générale de la zone de défense de Paris, collaborateur direct du préfet de police.

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Flic tout simplement - De Martine Monteil

Martine Monteil est aussi une femme de tête. Ses opinions politiques sont connues. A droite, en effet, elle considère l’avoir toujours été par transmission familiale. Gaulliste, d’abord. Plus tard, Elle a soutenu les actions du son ministre de tutelle, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur. Elles les jugeaient bénéfiques pour la police française. Car Martine Monteil est avant tout pragmatique. Elle réclame une société de valeurs, au sein de laquelle la religion, le service militaire et l’éducation auraient un rôle fondateur. Selon elle, les éducateurs, parents et enseignants, ne jouent plus leur rôle.

En abandonnant l’opérationnel, Martine Monteil a politisé son discours. Mais elle reste une Flic, tout simplement (titre de son dernier livre sorti en octobre 2008 aux éditions Michel Lafon).

 

Martine Monteil en quelques dates

  • 1950 Naissance de Martine Feugas à Vincennes
  • 1978 Sortie de l’Ecole nationale supérieure de la police. Devient commissaire de police
  • 1986 Martine Monteil devient commissaire principal
  • 1989 elle prend la tête de la brigade de répression du proxénétisme de Paris, « La mondaine »
  • 1991 elle passe commissaire divisionnaire
  • 1994 chef de la brigade de répression du banditisme de Paris
  • 1996 chef de la brigade criminelle, première femme à occuper ce poste.
  • 2002 elle est nommée directrice régionale de la police judiciaire de la Préfecture de police
  • 2004 première femme à occuper la fonction de directrice centrale de la police judiciaire, place n°2 de l'institution policière française, derrière le directeur général de la police nationale.
  • 2008 elle quitte la filière policière pour devenir, avec le rang de préfète, secrétaire générale de la zone de défense de Paris, collaborateur direct du préfet de police.

Bibliographie

Livres de Martine Monteil

  • 100 ans de police judiciaire,
    aux éditions Michel Lafon
    (2007).
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  • Flic, tout simplement,
    aux éditions Michel Lafon
    (2008)