Mata Hari

Le 15 octobre 1917, un peloton  d'exécution fusille une femme accusée d'espionnage par le gouvernement français. Margaretha Zelle, plus connue sous son nom de scène Mata Hari, devenue pendant la Première Guerre Mondiale ''l'agent H.21'' des services secrets allemands, reste une des espionnes les plus célèbres de l'histoire.

D'origine néerlandaise, Margaretha Zelle, ex-épouse Mac Leod, est depuis 1905 une des célébrités du spectacle. Inspirée par les danses de Java où elle a vécu durant les premières années de son mariage,  elle adopte le surnom de «Mata Hari» qui signifie en malais ''oeil de l'aurore'', se prétend danseuse sacrée hindoue et accède rapidement à une extraordinaire renommée. Elle pense avoir un destin à accomplir, celui de danseuse orientale à Paris. S’inventant un passé  merveilleux, qu’elle modifie au gré de ses fantaisies, de ses conquêtes et de ses besoins d’argent, elle débute sa carrière de danseuse en 1905 au musée Guimet. À 26 ans, Mata Hari devient la coqueluche d’un tout-Paris qu’elle envoûte. La tromperie est totale. La beauté orientale fascine. Mata Hari ose dévoiler ce qu'aucune autre avant elle n'avait jamais montré... Courtisane, elle se préoccupe peu de la nationalité de ses amants. Personnalité flamboyante, elle s'invente ainsi un personnage et une histoire. En ce début de 20ème siècle, elle mène une vie anticonformiste qui la rend forcément suspecte. Symbole d'un Orient érotique fantasmatique, elle est un moment la femme la plus célèbre d'Europe, mais sa gloire s'éteint avec la Belle Époque. Cette femme, amoureuse de la vie, était-elle une espionne?

 

L'agent H.21 démasqué?

Son succès lui assure de  nombreuses relations dans les milieux de la politique, de la diplomatie et de l'armée, aussi bien en France qu'en Belgique, en Italie ou en Allemagne. Lorsque se déclenche la première guerre mondiale, venant d'un pays neutre, elle parcoure librement l'Europe. 

Elle se met à accomplir de nombreux déplacements dans divers pays, à tel point qu'elle est bientôt soupçonnée par les services secrets britanniques de se livrer à des activités d'espionnage. Mais, ne parvenant à réunir contre elle aucun fait concret, les anglais finissent pas faire suivre le dossier aux autorités françaises. Le capitaine Ladoux, chef du IIème bureau du contre-espionnage français, prend personnellement l'affaire en main. Il cherche à réunir des preuves contre la danseuse.  

En 1916, elle noue des contacts avec les officiers alliés et s'éprend d'un jeune capitaine de l'armée russe, un certain Vadim Maslov. Ce dernier, blessé, est conduit à Vittel qui est dans la zone des armées, où se construit un aérodrome ultra secret. Pour le retrouver, Mata Hari est prête à tout. C'est en procédant à des démarches pour un laissez-passer afin d'aller le rejoindre qu'elle fait la connaissance de Ladoux. Persuadé qu'il l'a démasquée, il l'invite à mettre ses relations internationales et ses facultés de déplacement au service de la France. Il lui propose alors une mission imaginaire qui doit la conduire en Belgique en passant par Lisbonne. 

En janvier 1917, Mata Hari entreprend le voyage mais sur le chemin de Lisbonne elle s'arrête à Madrid où se trouve le plus important centre d'espionnage allemand! Elle y séduit alors le major Kalle, un attaché militaire. Celui-ci transmet à Berlin un radiogramme énigmatique : ''L'agent H21 s'est rendu utile...''

Les services secrets français interceptent le message et, en fonction des informations qu'il contenait, furent capable d'identifier H-21 comme étant Mata Hari... Pour ne pas donner l'alerte aux Allemands qui doivent ignorer que les Français connaissent leur code secret, les services du contre-espionnage, sous les ordres de Ladoux, s'abstiennent de la faire arrêter. Elle est néanmoins étroitement surveillée. Six semaines après son retour de Madrid le 13 février 1917, le contre-espionnage français fait une perquisition dans sa chambre de l'hôtel Palace sur les Champs-Élysées. On ne trouve pas de preuve incontestable, mais son sac à main contient deux produits pharmaceutiques dont le mélange pouvait fournir une encre — mais dont l'un n'était autre qu'un contraceptif efficace. Le 14 février, elle est interpellée, suivant les ordres du capitaine Bouchardon. 

Celui-ci ordonne sa mise en détention et la place à la prison pour femmes de Saint-Lazare. Son but est de la faire craquer et d'obtenir d'elle des aveux complets. Mais au fil de leurs entrevues, sa tâche s'avère bien plus complexe qu'il le pensait. Mata Hari lui demande instamment de contacter le capitaine Ladoux. Elle lui raconte comment l'officier l'a recrutée en août 1916...

 

Le conseil de guerre

L'instruction de l'affaire est exceptionnellement longue.

Malgré l'absence de preuves, le procès débute le 25 juillet 1917 devant le 3ème conseil de guerre de Paris. Mata Hari est vêtue d'une robe très attrayante, un moyen bien faible pour détourner de leur devoir les six militaires réunis pour la juger.

Pendant deux jours, l'accusée se défend vaillamment. Elle reconnaît qu'elle a reçu 30 000 marks du chef de l'espionnage allemand, mais que celui-ci étant son amant, il ne s'est agi que d'un cadeau...Tout cela n'est guère convainquant et le réquisitoire du lieutenant Momet, à la sévérité légendaire, est accablant.

Le contexte est difficile, les batailles font rage, les soldats français meurent par milliers...Le peuple veut des coupables. Après seulement dix minutes de réflexion, le conseil de guerre rend sa sentence : Mata Hari est coupable d'intelligence avec l'ennemi. Selon la ''tradition'', elle est condamnée à être passée par les armes devant un peloton d'exécution.

C'est ainsi que le 15 octobre 1917 Mata Hari est fusillée dans les fossés de la forteresse de Vincennes.

Personne ne réclama le corps qui avait pourtant fait tourner tant de têtes...

 

Mata Hari : espionne habile ou amoureuse naïve?

On ne le saura sans doute jamais. 

Cent ans plus tard, les archives du procès n'ont toujours pas été rendues publiques et l'on peut craindre que le dossier à charge ne soit tout à fait creux. Quoi qu'il en soit, le personnage est entré dans l'histoire et des stars de renom comme Greta Garbo, Jeanne Moreau ou Maruschka Detmers lui ont depuis prêté leur personnalité à l'écran.

Photo de Mata Hari

C'est ainsi qu'elle entrera dans la légende, cultivant le mythe de la beauté féminine, utilisant ses charme pour tromper ses amants. Elle a représenté une certaine image de la femme, courtisane futile devenant la Salomé de la trahison, que l'on fusille au vu d'un dossier presque vide. 

Il faut bien convenir que le mythe de la Belle disposée à trahir sur l'oreiller est aussi vieux que le monde...

 

Chronologie

  • 7 août 1876 : naissance de Margaretha Zelle à Leeuwarden, aux Pays-Bas                                                  
  • 1894 : mariage avec un officier de marine néerlandaise, Rudolf MacLeod                                                          
  • 1899 : mort de l'un de ses deux enfants, vraisemblablement empoisonné par une servante, maîtresse de son mari                                                                                                                                            
  • 1903 : Mata Hari se sépare de son mari, violent et alcoolique. Elle fait une arrivée peu remarquée à Paris                                                                                                                                                  
  • Printemps 1905 : Collaboration avec Emile Guimet (fondateur du musée du même nom). Elle triomphe dans un numéro de danseuse exotique. Margaretha Zelle devient Mata Hari, la coqueluche du beau monde. 
  • 1916 : de plus en plus de soupçons pèsent sur la danseuse, qui parcourt librement l'Europe. Elle s'éprend d'un officier russe, Vladim Maslov.                                                                       
  • 2 septembre : elle rencontre le capitaine Ladoux, chef du contre-espionnage français, qui la soupçonne déjà d'être un espion à la solde des allemands. Il lui confie une mission imaginaire dans le but de la confondre.                                                                                            
  • Janvier 1917 : Elle séduit le major Kalle, un attaché militaire allemand qui transmet un message radio à Berlin, décrivant les activités d'un espion, sous le nom de code H-21. Les services secrets interceptent et décryptent le message. Ladoux en est sûr, cet agent est Mata Hari.
  • 13 février : les officiers du contre-espionnage français perquisitionnent sa chambre d'hôtel et trouvent un mélange pouvant servir à faire l'encre sympathique. Mata Hari est arrêtée le lendemain et placée en détention sous les ordres du capitaine Bouchardon. Mata Hari nie farouchement tout acte de traîtrise à l'égard de la France.
  • 25 juillet : Le procès de la prétendue espionne débute devant le 3ème conseil de guerre de Paris. Le sort de Mata Hari est presque joué d'avance. Dix minutes de délibération suffisent à la reconnaître coupable. La sanction est lourde : la mort devant un peloton d'exécution.
  • 15 octobre : Mata Hari est fusillée dans les fossés de la forteresse de Vincennes.

Bibliographie et Filmographie

Bibliographie

  • Mata Hari, la poudre aux yeux d'Anne Bragance, 
    Ed. Belfond,
    1995
  • Mata Hari : songes et mensonges
    de Fred Kupferman, 
    Ed. Complexe,
    2005
  • Mata Hari innocente de Russel Warren Howe, 
    Ed. de l'Archipel,
    2007
  • L'ennemi de Mata Hari : songes et mensonges
    de Michel Leblanc, 
    Ed. France Empire,
    1974
  • Mata Hari la sacrifiée
    de Jean-Marc Loubier, 
    Ed. Acropole,
    2000
  • L'affaire Mata Hari
    de Lionel Dumarcet, 
    Ed. De Vecchi,
    1999
  • Mata Hari, sa vraie histoire
    de Philippe Collas, 
    Ed. Plon,
    2003

 

Filmographie

  • Mata Hari, agent H21  
    réalisé par Jean-Louis Richard 
    avec Jeanne Moreau, Jean-Louis Trintignant, Hella Petri, Claude Rich...
    Genre : Drame
    Durée : 93 mn
    Sortie en 1964
  • Mata Hari 
    réalisé par George Fitzmaurice
    avec Greta Garbo, Ramon Novarro
    Genre : Drame
    Durée : 91 mn
    Format : noir et blanc
    Sortie en 1931
  • Mata Hari, la vraie histoire 
    réalisé par Alain Tasma
    avec Maruschka Detmers, Bernard Giraudeau, Michel Aumont
    Genre : Drame
    Durée : 105 mn 
    Sortie en 2004

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