Omar Raddad

«Omar m’a tuer», en lettres de sang. C’est ainsi que Ghislaine Marchal, la victime, aurait désigné son meurtrier, le 23 juin 1991. Omar Raddad après un procès très médiatisé, a été condamné à 18 ans de réclusion criminelle par la Cour d'assises de Nice. Il nie les faits, et ne cessera de les nier, toujours.

Ghislaine Marchal, âgée de 65 ans, habite dans une villa cossue sur les hauteurs de Mougins, dans les Alpes-Maritimes. Le dimanche 23 juin 1991, des amis l’attendent pour déjeuner. Inquiets de ne pas la voir venir, ils l’appellent en vain au téléphone. Ils préviennent la police. La victime est découverte morte dans la chaufferie de la villa. Elle a été assassinée sauvagement de plusieurs coups de couteau, le crâne fracassé, la gorge entaillée, un doigt sectionné.

Sur la porte de la chaufferie, 2 inscriptions post-mortem en lettres de sang accusent: "Omar m'a tuer" et "Omar m'a t".
Cette énigme va passionner le public, ainsi que cette faute d'orthographe qu'aurait commise la victime en désignant son assassin.
Le fait divers ravit d'emblée les amateurs d'énigmes. La «chambre jaune» de la villa est fermée de l'intérieur par un lit de fer bloquant la fameuse porte. Qui a donc pu écrire la phrase accusatrice si ce n’est la victime elle-même?

Omar Raddad

Veuve, Ghislaine Marchal, vit seule dans sa villa. Elle est la riche héritière de son second mari, Pierre Marchal, propriétaire d'une marque d'accessoires automobiles. Oisive, assez secrète, elle ne fréquente guère que ses voisins et joue au bridge. La victime menait une vie tranquille, sans domestiques, hormis une femme de ménage et ce jardinier, Omar.

Cet Omar que le message accuse est Omar Raddad, un mince jeune homme à l'air un peu absent, pas très bavard. Marocain arrivé en France à l'âge de 23 ans, 5 ans plus tôt, il ne sait ni lire ni écrire, ni en français ni en arabe. Il fait le jardinier dans les riches villas de Mougins qu'on aperçoit, noyées dans la verdure, sur les hauteurs de Grasse.

Peu à peu un mobile se dessine. Omar, qui gagne à peine le SMIC, avait des soucis d'argent. C'est un joueur, un habitué des machines à sous du casino de la Croisette. S'élabore ensuite un scénario: le jardinier serait venu emprunter de l'argent à sa patronne, qui aurait refusé; il l'aurait frappée puis, la croyant morte, se serait enfui. Ghislaine Marchal se serait alors barricadée pour se protéger. Rien n'a été volé dans la villa. Les 5.000 francs retirés la veille par la victime ne sont pas retrouvés.

 

L'inscription au cœur du procès

La signature abandonnée sur la porte de la cave, une deuxième inscription tronquée - «Omar m'a t'»: tout accuse le jardinier. L'emploi du temps de ce dernier est épluché. Or aucun des témoins qu'il invoque ne se souvient de l'avoir vu, ce dimanche, entre midi et 14 heures.

Incroyable affaire où la victime désigne, post mortem, son bourreau, où les bourgeoises d'âge mûr font des fautes d'orthographe, où les enquêteurs se voient offrir, sur un plateau, le prénom de l'assassin. Le soir du meurtre, Omar est placé en garde à vue, puis mis en examen le 27 juin 1991, et écroué à la maison d'arrêt de Grasse. Âgé de 28 ans, il niera toujours les faits.

Immédiatement, des experts en graphologie estiment que la victime, Madame Marchal est bien l'auteur des deux inscriptions dénonçant Omar Raddad. Ces conclusions pèseront lourdement dans le dossier de l'accusation.

La villa de Ghislaine Marchal

Hormis la phrase accusatrice, il n'existe aucune preuve de la culpabilité d'Omar. Aucune trace de sang sur ses vêtements, aucun indice matériel attestant de sa présence, le 24 juin 1991, dans la cave. Avant et pendant le procès, qui s'ouvre le 24 janvier 1994, devant la cour d'assises des Alpes-Maritimes, on se perd en polémiques sur les dates, y compris celle du crime, sur les expertises graphologiques, sur l'infinitif et le participe passé.

Malgré les failles du dossier et les manquements de l'enquête, la Cour d'assises de Nice condamne Omar Raddad à 18 ans de réclusion criminelle par la Cour d'assises de Nice. Le témoignage des 2 graphologues insistant sur le fait que les inscriptions ont bien été écrites par Ghislaine Marchal emporte la conviction des jurés même si cette assurance met mal à l'aise car nul n'ignore que la graphologie n'est pas une science exacte.

 

Un procès médiatisé

Pendant 10 ans, rebondissements, contre-enquêtes, expertises et contre-expertises graphologiques se succèdent, rythmés par les emportements du défenseur d'Omar Raddad, Maître Jacques Vergès. L'avocat crie à l'erreur judiciaire et invoque «une nouvelle affaire Dreyfus». La riche veuve et le jardinier maghrébin: l'Académie française elle-même s'embrase pour le symbole. Jean-Marie Rouart, académicien et alors journaliste au Figaro, prend lui-même la tête d'un comité d'écrivains parisiens pour la révision du procès d'Omar.

En 1997, une nouvelle expertise graphologique demandée par Maître Vergès contredit totalement la première en estimant que Ghislaine Marchal n'est pas l'auteur du message "Omar m'a tuer".

Puis, en 2000, la Commission de révision des condamnations pénales ordonne de nouvelles investigations et notamment, une nouvelle expertise graphologique pour savoir si Madame Marchal est l'auteur des inscriptions. 2 experts sont nommés: Anne Bisotti et Françoise Ricci D'Arnoux.

La presse se passionne pour l'affaire

A l’automne 2000, les 2 graphologues remettent un rapport de 150 pages dans lequel elles se disent incapables de certifier que la victime est bien l'auteur des inscriptions. En revanche, le sang qui a permis la rédaction des messages est bien celui de Ghislaine Marchal.

Enfin, selon une expertise, la trace de main laissée sur la porte comporte le sang de Ghislaine Marchal mais il est mêlé à un ADN masculin. La Commission de révision demande immédiatement, une comparaison des ADN de ce sang avec celui d'Omar Raddad. Ce n’est pas celui d’Omar Raddad. Le doute plane sur l’identité du coupable. Serait-ce son ADN retrouvé sur la porte?

Mais cette fameuse porte a été manipulée par des policiers, des fonctionnaires de la justice, photographiée par des reporters… Peut-être certains ont pu laisser des traces de leur ADN?

2 ans après sa condamnation, Omar Raddad a bénéficié d'une grâce présidentielle partielle: le roi du Maroc, Hassan II, fervent défenseur du jardinier, a plaidé sa cause auprès du Président Jacques Chirac lors d'une visite officielle en France. Il est libéré le 4 septembre 1998, après 7 ans d'emprisonnement, et ne sera pas rejugé: une requête en révision, déposée en janvier 1999, est rejetée en novembre 2002. La justice a fini par désigner un coupable mais la grâce présidentielle, en divisant par deux la peine, a renforcé le soupçon d'erreur judiciaire.

 

L'affaire continue

En 2008, 10 ans après sa libération, Omar Raddad souhaite rapidement présenter une deuxième requête en révision, avec un nouvel avocat, Me Sylvie Noachovitch, qui a remplacé Jacques Vergès. «J'ai l'intention d'aller jusqu'au bout, on s'est arrêté au milieu de la procédure», affirme l’avocate, qui espère déposer sa nouvelle demande de révision vers la fin de l'année 2008. «Les éléments nouveaux (nécessaires pour demander une révision), ils sont là, ce sont les empreintes génétiques», assure Omar Raddad.

Omar m'a Tuer

Le fameux ADN masculin, découvert sur la porte sur laquelle avait été écrit le message "Omar m'a tuer", n'a jamais été identifié. «Il faut que la justice ait, j'espère, un jour un peu le courage d'ouvrir le dossier et de voir à qui appartient cette empreinte génétique. Ça n'est pas tombé là par hasard. Pour moi, la personne qui a écrit, c'est lui qui a tué Mme Marchal», explique l'ancien jardinier. «La seule personne à qui on a demandé (de faire une expertise ADN), c'est moi. Or, elle ne m'appartient pas et la justice s'est arrêtée là.»

En février 2001, les résultats des analyses avaient en effet démontré que l'ADN n'était pas celui d'Omar Raddad.

L’avenir nous dira si la demande de révision du procès sera acceptée. Mais cela n’implique pas qu’Omar Raddad sera acquitté…

 

Omar Raddad en quelques dates

  • 1991: Meurtre de Ghislaine Marchal ; Omar Raddad, le jardinier de Mme Marchal, est inculpé d'homicide volontaire.
  • 1994: Procès d’Omar Raddad ; condamnation à 18 ans de réclusion criminelle par la Cour d'assises de Nice.
  • 1995: La Cour de cassation rejette le pourvoi d'Omar Raddad.
  • 1996: Grace partielle pour Omar Raddad
  • 1998: Libération conditionnelle d'Omar Raddad
  • 1999: Requête en révision auprès de la Cour de cassation.
  • 2000: Nouvelles investigations
  • 2001: La Commission de révision décide de transmettre le dossier à la Cour de Révision.
  • 2002: La Cour de révision confirme la culpabilité du jardinier. Maître Vergès annonce qu'il va saisir la Cour Européenne de Justice.

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