Scotland Yard

Scotland yard, un nom mythique qui évoque les bas fonds londoniens. Le Metropolitan Police Service est la force territoriale qui couvre le Grand Londres à l'exception de la Cité de Londres. Fondée au 19ème siècle, cette institution a été face à de grandes affaires criminelles et ses agents ont su mettre derrière les barreaux de nombreux meurtriers.

L'histoire de la fondation du Metropolitan Police Service ou MET prend racine dans l'histoire de la police en Grande Bretagne. L'un des 1ers systèmes adoptés pour faire respecter la loi sur l'île fut importé par les saxons. Au Moyen-Age ce sont les paroisses qui fournissent les agents de police, élus pour une année. Les grands mouvements sociaux qui s'amorcent au 18ème siècle amènent une grande évolution du système de police, désormais inefficace dans les villes devenues trop grandes.

C'est en 1829 que la Metropolitan Police Force est créée sous l'autorité de Sir Robert Peel. Cette institution couvre tout le secteur du Grand Londres, mais pas la Cité de Londres qui bénéficie de sa propre force de police encore à ce jour.

La 1ère résidence de la MET est au 4 Whitehall Place, où l'un des premiers commissariats est installé. Là, Sir Richard Mayne et le Colonel Charles Rowan ont pour mission d'inventer et de mettre en place tout un système de surveillance pour la ville. C'est de cette maison que vient le nom de Scotland Yard, plusieurs légendes urbaines affirmant soit que la maison ait appartenu aux Rois D'Écosse et à leurs ambassadeurs, soit que la terre sur laquelle est bâtie la maison ait été la propriété d'un certain Scott durant le moyen-âge.

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Le 2nd Scotland Yard sur Victoria Embankment

En 1829, Richard Mayne déclare: «L'objet premier d'une police efficace est la prévention du crime: le suivant est la détection et la punition des contrevenants si le crime est commis.» Voilà qui pose les bases de la MET. La tâche est immense, Londres est une ville sans loi qui grandit à une vitesse folle. Les réticences publiques se font sentir à la création de la MET, certains craignant pour leurs droits civiques et d'expression. Dans les rangs même de la MET, l'ordre est difficile à faire respecter. Il faudra quelques décennies pour installer l'autorité de la MET. Aujourd'hui leur principale mission est décrite ainsi: «Travailler ensemble pour un Londres plus sûr.»

Le développement de l'institution pousse les agents à déménager en 1890 sur Victoria Embankment, c'est le Nouveau Scotland Yard. Les quartiers généraux de la MET seront à nouveaux déplacés en 1967 dans un bâtiment de Norman Shaw sur Broadway street. La structure accueille aujourd'hui  environ 23 départements, du service de police locale à celui de lutte anti-terroriste en passant par la police territoriale, la surveillance des armes à feu, les transports, la brigade des stupéfiants...

 

Quelques cas célèbres

La MET a traité depuis 1829 toute sorte d'affaires criminelles, dont certaines sont encore aujourd'hui de véritables légendes urbaines. Jack l'éventreur fait partie du lot bien sûr, mais l'affaire des jeunes mariées retrouvées dans leurs bains (Brides in Baths) est une histoire devenue célèbre tant l'assassin a pu à son aise changer d'identité, se remarier et répéter ses crimes sans l'ombre d'une inquiétude:

Le 13 juillet 1912, Bessie Williams est retrouvée morte dans son bain, sur High Street à Herne Bay. 5 jours auparavant elle a signé un testament en faveur de son mari, Henry Williams, pour un montant d'environ 2600 livres. Le mari est entendu par les enquêteurs, mais le médecin légiste conclut à une crise d'épilepsie et le jury rend un verdict de mort par mésaventure.

Le 12 décembre 1913, Alice Smith est retrouvée morte dans son bain à Blackpool. Elle aussi avait signé la semaine d'avant une police d'assurance vie de 500 livres en faveur de son mari, Georges Joseph Smith. Son beau père n'était pas très confiant, il trouvait que son gendre avait une très mauvaise apparence. Alice et lui habitait chez les Crossley lorsqu'elle mourut, et Joseph Crossley précisa que le corps de sa protégée avait été retrouvé dans le mauvais sens d'utilisation de la baignoire et que d'après son opinion personne ne pouvait se noyer ainsi dans une baignoire, malgré les conclusions du médecin (crise cardiaque) et le verdict du jury, mort accidentelle.

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George Joseph Smith

Quelques mois plus tard, Margaret Elizabeth Lloyd est retrouvée morte dans les mêmes circonstances à Highgate. Même scénario de l'assurance vie en faveur de son mari John Loyd, même conclusion médicale, même verdict du jury.

Ce fut Joseph Crossley qui écrivit le 1er en janvier 1915 à Scotland Yard pour faire part des similitudes qu'il a remarquées entre l'assassinat d'Alice et celui de Margaret.

L'enquêteur principal, le commissaire Neil prend en compte  les écrits de Crossley et commence à recouper les informations. Il arrête Georges Joseph Smith le 1er février 1915. Il est d'abord accusé de falsification d'identité par rapport aux registres de mariage, mais l'affaire met à jour rapidement le côté obscur du meurtrier. On apprend alors qu'il a déjà été marié 2 fois, mais n'a jamais tué avant Bessie. Jugé coupable de 3 meurtres, il est condamné à mort et exécuté le 13 août 1915 à Maidstone Gaol.

 

Les frères Kray

Un autre cas tristement célèbre est celui des frères Kray, Reginald et Ronald.

Nés en 1933, les frères Kray se font connaître des services de police dans les années 50 pour des agressions. Lors de leur service militaire, ils se distinguent par leur violence extrême et leur rapport très conflictuel avec l'autorité. Ronald est emprisonné en 56 pour une agression, il prend 3 ans. Durant ces années il rencontre Franck Mitchell, on le diagnostique paranoïaque. Son frère fait également de la prison pendant 18 mois pour avoir menacé des témoins. C'est d'ailleurs dans l'univers carcéral que les 2 frères créent leur meilleur réseau. Ils en ressortent encore plus forts qu'ils n'y sont entrés.

Propriétaires d'un club en 1960, le Esmeralda's Barn dans le West End, les jumeaux passent de petites frappes à criminels établis. Ils sont utilisés pour «protéger» de riches businessman. Des règlements de comptes en 1965 font état de la violence des méthodes Kray. Ronald ayant été insulté, une guerre des gangs commence et les assassinats se multiplient. Bien entendu, personne ne veut témoigner et l'affaire reste trouble pour les forces de police.

La même année, tandis que Reginald commandite l'assassinat de Leslie Payne à McVitie, c'est Ronald qui va au rendez-vous pour donner la dernière partie du cash promis pour le meurtre. McVitie n'a pas rempli son contrat, Ronald se laisse attendrir mais Reginald est furieux quand il l'apprend. N'ayant aucune limite, Reginald finit par exécuter McVitie lors d'une soirée. Son corps n'a jamais été retrouvé, comme beaucoup dans la macabre histoire des frères Kray.

Les jumeaux se font finalement arrêter le 9 mai 1968 par le commissaire Read, grâce aux aveux d'un de leurs tueurs. Une fois sous les verrous, les témoins ont commencé à parler, les 2 frères ont donc été condamnés à la prison à vie, et envoyés hors de Londres. 

 

Scotland Yard dans l'univers du polar

Dans l'univers du polar, Scotland Yard est souvent utilisé mais à différentes fins. Sherlock Holmes par exemple prend un malin plaisir à défier les inspecteurs de la MET. Pour cela il lui suffit de ne pas leur communiquer les conclusions auxquelles il arrive avant eux. Les enquêtes sur lesquelles travaille Holmes l'obligent à collaborer avec Scotland Yard mais ses rapports avec l'institution sont complexes et son dédain pour les fonctionnaires manifeste.

De son côté Hercule Poirot peut travailler aux côtés des agents de Scotland Yard, il le fait par exemple avec l'inspecteur Japp à plusieurs reprises. Mais leurs méthodes sont radicalement différentes et Poirot affirme haut et fort que la sienne est meilleure et qu'il ne pourrait jamais travailler pour l'institution.

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Scotland Yard aujourd'hui - DR

Ces 2 exemples renvoient une image mitigée de la MET, les détectives indépendants ayant toujours le dernier mot et toute l'approbation du lecteur. Scotland Yard a été très critiqué dans la littérature policière à sa création, on lui attribuait une certaine lenteur à réagir. Depuis de nombreux contre exemples ont été mis en lumière, il y a même aujourd'hui une série télévisée policière qui porte son nom et relate des cas possiblement traités par la MET.

Il  existe également un jeu de société qui amène des équipes de détectives de Scotland yard à capturer Mister X, un criminel en fuite dans le Grand Londres.  

 

Bibliographie

  • Les affaires de Scotland Yard
    Fabian, Robert
    Corrêa
    1951
     
  • Scotland Yard par son chef (1945 - 1953)
    Sir Harold Scott
    Gallimard
    1955