Faux diplôme, fausse maladie,...
Au début des années 70,
Jean-Claude Romand s'inscrit en fac de médecine mais échoue à l'examen final parce qu'il n'entend pas son réveil. 3 semaines s'écoulent entre ce jour et l'annonce des résultats mais Romand ne dit rien et attend le jour J pour annoncer à tous sa réussite. Son manque de popularité est flagrant puisque aucun de ses camarades ne note l'absence de son nom sur les listes. S'ensuit une année d'étude chaotique, il ne va pas en cours, se laisse totalement aller et prend 20 kilos. Découvert par un de ses amis sur un amas de détritus peu avant Noël, il lui annonce sur le ton de la confidence qu'il a un cancer.
C’est le début de l’engrenage: d’année en année, le mensonge grossit. De 1975 à 1986, Romand s'inscrit 12 fois en 2ème année de médecine. Il ne passe plus d’examen mais continue à suivre les cours, comme les autres étudiants. A l’issue de ces «études», il ment encore en se disant reçu au concours de l'internat de Paris.
Puis il annonce à ses parents qu'il est nommé chargé de recherche à l'INSERM de Lyon, puis détaché avec le titre de maître de recherche auprès de l'OMS à Genève. Il ne peut plus revenir en arrière. Jean-Claude Romand a toujours été secret.
L'annonce d’un cancer lui vaut d'attirer à lui la femme qu'il a toujours désirée, Florence, qui est en fait l'une de ses cousines éloignées qu'il voit depuis des années dans les fêtes de famille. Étudiante en médecine également, elle bifurque en pharmacie après un échec en 1ère année. Les 2 tourtereaux révisent ensemble leurs examens, se font des concours blancs. Romand approfondit son histoire de cancer en précisant que c'est un lymphome, ce qui lui laisse une grande marge de manœuvre puisque la maladie est très capricieuse. Ils se marient et donnent naissance à Caroline en 1985 et Antoine en 1987.
Caroline et Antoine, les enfants de JC Romand
Une vraie double-vie
Romand sépare ses vies, la vraie vie, avec sa famille et sa supposée vie professionnelle. Personne n’avait jamais eu de soupçons au point de vérifier. Même si peut-être, sa femme commençait à avoir des doutes :
«Cela ne m’étonnerait pas qu’on me dise un jour que mon mari est un espion de l'Est», avait-elle dit à une amie, au téléphone, quelques jours avant de mourir. Sous la plaisanterie, pointait le doute, la conscience d’une double vie.
JC Romand et sa femme Florence
En réalité, la vie de Romand est assez décousue, avec sa famille et ses amis il est un brillant médecin et un chercheur reconnu, mais sans eux, il n’est rien. Il erre sur des parkings d’autoroute, marche des heures dans la forêt, passe son temps à la bibliothèque de l’OMS à lire des revues spécialisées. Il utilise d'ailleurs toutes les ressources de l'OMS, de l'agence de voyage aux prospectus innombrables dont il emplit sa maison.
Déclarant à sa femme qu'il ne peut pas être joint au bureau, elle doit pour le contacter, laisser un message sur une boite vocale avec un chiffre entre 1 et 9 pour lui indiquer le degré d'importance de ce qu'elle a à lui dire. Soi disant haut responsable, il s'invente des voyages d'affaires, se terre le temps nécessaire dans une chambre d'hôtel à côté de l'aéroport, passe par la boutique cadeaux et rentre la mine fatiguée du travailleur en décalage horaire. Tout est prévu et sous contrôle.
S’est-il illusionné lui-même, puisque tout le monde le croyait et lui renvoyait cette image ?