Au dessus de tout soupçon

Vivre dans le mensonge continuellement demande une énergie et un aplomb qui, au bout de quelques années, commençaient sans doute à lui faire défaut.
Même s’il avait fait croire à son entourage qu’il était atteint d’un cancer rare, ce qui lui permettait de prétexter un mal de tête ou des souffrances qui lui évitaient de répondre à des questions trop précises. Il suscitait alors la compassion et les questions dérangeantes étaient oubliées. Il était toujours si discret, si prévenant, si désintéressé. Mieux même, son statut de brillant médecin encourageait les confidences.
Ses proches se confiaient à lui pour leurs problèmes de santé, ce qui lui conférait un rôle au dessus de tout soupçon.
Et l’argent alors ?
Comment
Jean-Claude Romand a-t-il pu assumer le train de vie d’un homme qui réussit, achetant une maison confortable dans le pays de Gex, à côté de Genève, roulant dans une belle voiture, scolarisant ses enfants dans une école privée ? Comment sa femme n’a-t-elle pas eu de soupçons quand il déclarait 100 000 francs de revenus sur sa feuille d’impôts, soit ses revenus à elle ?
C’est son statut fictif de fonctionnaire international qui lui permettait de prendre la tangente : il déclarait ses revenus en Suisse et avait accès à des placements très avantageux, affirmait-il. Et sa femme ne voulait pas savoir, comme tous ceux qui lui ont confié leurs économies. Son beau-père, sa famille, ses proches, tous y ont cru. Jamais ils n’ont vu le moindre papier attestant ces placements. Le secret bancaire suisse, sans doute. Et Jean-Claude Romand ponctionnait aussi largement les comptes bancaires de ses parents. Eux aussi fermaient les yeux.