News /

Comment écrit James Ellroy

Dans une interview récente, James "The Dog" Ellroy revient sur la façon dont il a écrit sa trilogie Underworld USA.

Auteur: Squad 13


Dans une interview fleuve donnée au romancier policier britannique David Peace pour le journal The Guardian, James Ellroy aborde la façon dont il a écrit sa trilogie Underworld USA. Un morceau qui vaut le détour pour ceux qui lisent en anglais les mots et la verve de The Dog.

Pour rappel, cette trilogie célèbre relate par la «petite histoire», du côté thriller et fiction, la grande Histoire, liée à la politique américaine des années 60, avec en point d'orgue l'assassinat du Président John Fitzgerald Kennedy à Dallas le 22 novembre 1963. Elle se compose de 3 ouvrages :

  • American Tabloïd, sorti en 1995, couvrant la période 1958-1963 (Assassinat de JFK),
  • American Death Trip, titre original The Cold Six Thousand, en 2001, sur la période 1963-1968 (Assassinat de Martin Luther King),
  • Underworld USA, titre orignal Blood's a Rover, en 2009, période 1968-1972 (Mort de J.Edgar Hoover).
 

La réalité et la fiction

A l'origine, The Dog était impressionné par Libra de Don DeLillo, et pensait que la grande fiction sur l'assassinat de JFK avait été écrite (DeLillo prenait le point de vue du tueur, Lee Harvey Oswald). Mais l'idée lui trottant encore en tête, il remarqua que les prémices de l'assassinat commançant dès 1958, il y avait de la place pour lui. Il rappelle alors un de ses personnages,  le célèbre Pete Bondurant, un escroc au service de la pègre, pour réaliser ce qu'il appelle «le cauchemar privé de la politique publique» (the private nightmare of public policy) : cet intervalle collant aux faits réels et dans lequel il engouffre sa fiction, qui devient alors «vraiment valide».
 
Son Dahlia Noir n'est-il pas l'injection d'éléments de fiction dans les seuls espaces vides laissés par la véritable affaire ? «Je suis capable de prendre de petits bouts d'information et de les infuser avec la vérisimilitude». 

Autre point fort : comment utiliser dans une fiction, et de façon parfois peu avenante, des personnages qui ont véritablement existé et sont toujours vivants ? Ellroy est très clair sur le sujet : en cas de doute, il les paye. « Je voulais d'abord utiliser le véritable privé Fred Otash*, qui avait joué les seconds rôles dans 3 ou 4 autres de mes livres, mais je devais le payer parce que je n'avais pas confiance en lui ». Décédé en 1992,  «je pouvais donc l'avoir gratuitement, mais j'avais déjà créé Big Pete [Pete Bondurant], que j'ai décidé alors d'utiliser».

 

Method Man

Dans une véritable profession de foi et avec beaucoup d'humour, James Ellroy rappelle qu'il n'a jamais eu de famille, donc pas non plus les obligations qui vont avec, ni les dépenses qui sont liées. «Alors je peux avoir une assistante (..) Je n'ai pas d'ordinateur. Elle s'occupe de mes emails». Assistante qu'il a par exemple envoyé en République Dominicaine pour la préparation d'Underworld USA «Elle est revenue avec un diaporama, il y en avait pour 3 heures. Après une heure j'ai dit: Fillette, s'en est trop ! Jesus Christ, je peux voir ! J'ai les cartes, j'ai tout ce dont j'ai besoin ».
 
Et puis il y a ce qu'il appelle «les vieilles recettes» : «J'emploie des chercheurs pour compiler les faits et me les classer par ordre chronologique, pour que je n'écrive pas moi-même d'erreurs. Puis j'extrapole, d'un point de vue fiction». «Je débute avec les notes de recherche. J'ai des pages de notes sur chaque personnage, sur les événements historiques. Rapidement les choses commencent à s'assembler».  Puis les grandes lignes sont placées dans les chapitres, en attente d'être écrits : «Alors je fais une version raccourcie de l'histoire entière, puis je l'épaissis à partir d'une grande trame. Cette trame est seulement : «Chapitre un : Pete Bondurant / Beverley Hills Hotel / Regardant Howard Hughes se faisant un shoot de dope / Direction suivante / Information suivante / Boum, boum, boum».
 

De la tête au coeur

James Ellroy avoue se laisser envahir par ses aventures, ses rencontres et ses dépressions. Les femmes jouent toujours un rôle important dans sa vie, son Ex comme ses nouvelles rencontres. «J'étais en tournée de promo, mon mariage battait de l'aile. Je suis tombé amoureux d'une femme à San Fransisco. Une gauchiste appelée Joan. Joan la Déesse rouge. J'allais mal. Big Time Fucking. Bad. Je me suis barré de LA. Et puis j'ai rencontré une femme mariée et enceinte...»
 
Par contre, Ellroy ne se dit pas influencé par son propre vécu de l'époque qu'il décrit : «Je me rappelle ce temps ; Je me rappelle d'événements précis. Mais je me foutais de tout. J'étais absorbé. Tout ce que je cherchais c'était boire, me droguer, courrir les filles — sans succès. Et lire ». 
 
 
* Fred Otash (1922 – 1992) était un privé de Hollywood qui à l'encontre de toute éthique alimentait egalement le journal a scandale Confidential sur les ennuis des Stars. Il a egalement inspiré le personnage de Jake Gittes (Jack Nicholson) dans Chinatown (Polanski,1974).

Image : Licence Creative Commons / Auteur : Mark Coggins 2009 / Wikimedia Commons - Source : The Guardian 


Étiquettes: James Ellroy   Underworld USA   David Peace  


Commentaires