Emile Gaboriau

Auteur du 19ème siècle, Émile Gaboriau est une figure du paysage littéraire français, et plus particulièrement, du roman policier. Admirateur d'Edgar Allan Poe, qui fut pour lui une source d'inspiration, Émile Gaboriau se lance en 1862 dans l'écriture littéraire, carrière qui lui vaudra d'être considéré comme le père du roman policier moderne. Au travers des destins croisés d'une série de personnages, Émile Gaboriau nous livre avec finesse les vices et les passions de la société du 19ème siècle.

Fils de notaire, Émile Gaboriau naît le 9 novembre 1832 à Saujon en Charente-Maritime. Il fait ses études à Tarascon-sur-Rhône, puis à Saumur. Adolescent, il se découvre une réelle passion pour les Histoires Extraordinaires d'Edgar Allan Poe, qui sera une véritable source d'inspiration pour le futur écrivain. 

Une fois ses études terminées, Émile Gaboriau exerce le métier de clerc d'avoué. En 1852, alors que la France retrouve l'Empire avec Louis-Napoléon Bonaparte, le jeune Emile s'engage dans l'armée, plus précisément dans la cavalerie, d'où il sera réformé en 1856, après un séjour en Afrique. 

Emile Gaboriau décide alors de monter à Paris, à la recherche d'un emploi. En 1859 il entame sa carrière de journaliste en tant que correspondant de la campagne d'Italie de Napoléon III, au sein du quotidien La Vérité. Il y rencontre Paul Féval, fameux auteur de romans-feuilletons, pour lequel Emile travaillera en tant que secrétaire, et plus officieusement, comme nègre. 

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Emile Gaboriau

Inspiré par Féval, qu'il considère comme son mentor, Émile Gaboriau s'essaie à l'écriture. Avec réussite, puisqu'en 1861 et 1862, il publie des recueils humoristiques et plusieurs ouvrages historiques. Durant cette période, il fréquente assidûment les tribunaux, prisons et même morgues, pour y chercher des sources d'inspiration. 

Bien que ses écrits soient tous publiés, ils passent inaperçus : personne ne connaît le nom d'Emile Gaboriau. 

En 1863, il est embauché au sein du quotidien Le Pays, où il continue d'écrire des chroniques. Puis en 1865, il y publie son premier roman-feuilleton policier : L'Affaire Lerouge. 

L'ouvrage paraît sans grands remous, jusqu'à ce que Moïse Millaud, un grand de la finance, l'achète pour qu'il paraisse dans son journal Le Soleil, en 1866. L'Affaire Lerouge aura droit à une renaissance, et sera grandement plébiscité. 

A la suite de ce succès , Le Petit Journal engage Émile Gaboriau par contrat, au sein duquel il est stipulé que le tout jeune romancier devra produire « roman judiciaire » par an.

C'est le début d'une longue carrière d'auteur de romans policiers. 

 

Le tournant d'une carrière...

« Le hasard, voyez-vous, ne sert que les hommes forts et c'est ce qui indigne les sots. » L'Affaire Lerouge

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L'Affaire Lerouge

L'Affaire Lerouge, premier roman d'Emile Gaboriau, est inspiré d'un fait divers qui défraya la chronique en 1865. Une veuve, Mme Lerouge, est retrouvée morte à son domicile, après avoir été cruellement assassinée. Le juge Daburon se charge de l'enquête, assisté par le policier Gévrol et par un agent de la sécurité : Lecoq. Mais l'affaire se révèle être plus ardue qu'il n'y paraît, et le juge Daburon fait appel à un détective amateur à la retraite, Tabaret, connu pour son flair. L'enquête d'assassinat se transformera peu à peu en découverte d'un énorme complot, que le vieux détective Tabaret, dévoilera au grand jour. 

L'Affaire Lerouge met en scène l'agent de sécurité Lecoq, rôle secondaire de ce roman, mais qui deviendra un personnage récurrent chez Émile Gaboriau. Pas à pas, le lecteur le verra gravir les échelons, jusqu'à devenir commissaire. On le retrouve en premier rôle dans Le Dossier 113, intrigue politico-financière, publiée en 1867.

Détective ingénieux aux capacités déductives hors pairs, le commissaire Lecoq a, selon certains, inspiré à Arthur Conan Doyle le célèbre Sherlock Holmes. 

Les romans d’Émile Gaboriau se succèdent : entre 1867 et 1870, Émile Gaboriau publie 5 autres ouvrages pour Moïse Millaud. Parmi ses grands succès, on peut noter Le Crime d'Orcival en 1866, Le Dossier 113en 1867, ou encore Monsieur Lecoq, qui sera adapté au cinéma par Maurice Tourneur en 1914. 

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Monsieur Lecoq

Tous sont accueillis avec ferveur à la fois par la critique et par les lecteurs. Il faut dire qu’Émile Gaboriau innove en matière de roman, puisque toutes ses œuvres reposent sur des investigations très poussées, proches des progrès de la police scientifique à la fin du 19ème siècle : analyse des indices laissés sur les lieux du crime, filatures, interrogatoires et déductions non dénuées de psychologie, méthode d'enquête très innovante pour l'époque. 

Les intrigues mêlent l'aristocratie au monde rural, en passant par le monde ouvrier, mais tous les romans d’Émile Gaboriau ont pour fil conducteur le désordre familial. En auteur habitué aux exigences de la presse du 19ème siècle, Émile Gaboriau sait tenir le lecteur en haleine à coups de fausses pistes et de personnages mystérieux. 

 

Un homme de lettres confirmé

Avant d'être lui-même auteur, Émile Gaboriau était un grand lecteur. Parmi ses sources d'inspiration, Edgar Allan Poe sort du lot. Durant ses études, Émile Gaboriau avait été marqué par Les Histoires Extraordinaires, dont il s'inspirera pour introduire la technique du suivi pas à pas de l'enquête policière. On part du crime, et on fouille dans le passé de la victime pour résoudre l'enquête. 

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Histoires Extraordinaires

Mais on reconnaît surtout au « précurseur de la littérature policière », comme aimait à l'appeler Joseph Kessel, son talent pour jouer avec plusieurs personnages et les faire se croiser dans des intrigues où passions et vices sont au centre de l'action. 

Cette recette aux multiples ingrédients donnera à Émile Gaboriau ses lettres de noblesse, et dès 1870, 2 de ses plus grands succès, L'Affaire Lerouge et le Crime d'Orcival, seront traduits en allemand, anglais et italien. 

Émile Gaboriau meurt en 1873, à son domicile parisien, mais il laissera tout un héritage à la future littérature policière. 70 ans plus tard, André Gide dans son Journal du 4 mars 1943, avouera que « les romans de Conan Doyle ne sont que piquettes auprès des siens. »

En 1876, paraît sa dernière œuvre posthume : Le Petit Vieux des Batignolles, qui deviendra une oeuvre majeure du romancier alors décédé.  

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Le Petit vieux des Batignolles

Le coupable présumé est repéré dès le début, la victime ayant tracé son nom avec son propre sang. L'affaire pourrait être close sans compter sur la perspicacité de l'inspecteur Méchinet et de son second, ici incarné par un médecin, qui est en réalité le narrateur de l'histoire. 

Ce duo n'est pas sans rappeler celui qui sera formé, quelques années plus tard, par Sherlock Holmes et le Docteur Watson. 

Le Petit Vieux des Batignolles sera adapté à la télévision en 2009 par Claude Chabrol, avec Pierre Arditi dans le rôle de l'inspecteur Méchinet. 

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Pierre Arditi

Sans être l'inventeur du genre du roman policier, Émile Gaboriau a su développer ses intrigues de façon innovante. Il a également su créé un archétype de héros débonnaire, qui résout l'enquête en faisant mine de ne pas trop s'y intéresser, déconcertant les autres par ses déductions. 

Le 20ème siècle lui rendra hommage ne serait-ce que par les romans d'Arthur Conan Doyle, ou encore par la série TV Colombo, où là encore, il n'est pas si difficile de déceler dans le célèbre inspecteur, une petite touche d’Émile Gaboriau. 

Dernièrement, il semblerait qu'une adaptation de L'Affaire Lerouge soit en cours, en bande-dessinée cette fois-ci. 

 

Émile Gaboriau en quelques dates

  • 9 novembre 1832 : Naissance à Saujon (alors Charente-Inférieure)
  • 1850 : Émile Gaboriau, alors clerc de notaire, quitte son emploi pour s'engager dans la cavalerie.  
  • 1855 : Chroniqueur dans les petits journaux satiriques La Vérité et Le Tintamarre
  • 1862 : Secrétaire de rédaction et chroniqueur de Jean Diable, journal fondé par Paul Féval
  • 1864 : Gaboriau tient la rubrique des affaires étrangères du journal parisien Le Pays         
  • 1865 : Publication en feuilleton de L'affaire Lerouge dans le journal Le Pays. Moïse Millaud le lui rachète pour son quotidien Le Soleil. 
  • 1866 : Le Crime d'Orcival est publié dans le journal Le Soleil et dans Le Petit Journal. 
  • 1870 : L'affaire Lerouge et Le Crime d'Orcival ont été traduits en allemand, en anglais et en italien
  • 28 septembre 1873 : Mort d'Émile Gaboriau
  • 1876 : L'oeuvre de Gaboriau est éditée en roman chez Dentu.

Bibliographie

  • Les Gens de Bureau
    éditions Dentu, 1862
     
  • Les Comédiennes adorées
    éditions Dentu, 1863
     
  • L'Affaire Lerouge (d'abord dans le Pays en 1863, puis dans Le Soleil, 1864)
    éditions Dentu, 1866
     
  • Le Dossier n° 113 
    éditions Dentu, 1867
     
  • Monsieur Lecoq (2 volumes)
    éditions Dentu, 1869
     
  • La Vie infernale (2 volumes)
    éditions Dentu, 1870
     
  • La Corde au cou
    éditions Dentu, 1873
     
  • L'Argent des autres (2 volumes)
    éditions Dentu, 1873
     
  • Le Petit Vieux des Batignolles (Nouvelle posthume) 
    éditions Dentu, 1876