Le Gang Des Postiches

Pendant 5 ans, le gang des Postiches braque des dizaines de banques, sans même croiser la police.
Les attaques sont non violentes, les malfaiteurs sont déguisés, les coups sont parfaits. Ils attirent presque la sympathie des français !

 

Tout dégénère en 1986, lors du braquage de la rue du Docteur Blanche.

Les grands noms de la police face aux maîtres du hold-up, une histoire qui a passionné les français durant les années 80.

[]
Le gang en plein braquage

Pendant 5 ans, le gang des Postiches braque des dizaines de banques, sans même croiser la police.
Les attaques sont non violentes, les malfaiteurs sont déguisés, les coups sont parfaits. Ils attirent presque la sympathie des français !
Tout dégénère en 1986, lors du braquage de la rue du Docteur Blanche.

Les grands noms de la police face aux maîtres du hold-up, une histoire qui a passionné les français durant les années 80.

 

Qui sont-ils ?

Les membres du gang des Postiches sont d’origine modeste, des quartiers de Belleville et Montreuil, ils lisent beaucoup les journaux et suivent l’actualité, histoire d’être dans les meilleures combines. Ils se connaissent tous depuis longtemps. C'est le milieu de l'Est parisien, ils magouillent depuis qu'ils ont 10 ans. Leur rêve de gamin c'est d'avoir une superbe voiture, beaucoup d'argent et de ne pas travailler. Un rêve qu'ils ont réalisé.
Le noyau dur du gang se compose de Bruno Berliner le beau sourire, André Bellaïche dit Tété le petit tunisien débrouillard, Patrick Geai, apprenti plombier, Miszka le polonais d’Aubervilliers et Robert Marguery dit bichon. Ils recrutent dans leurs connaissances pour certains gros coups.

[]
4 des 5 membres du gang

Les postiches mettent à jour une faille des banques, à savoir que même si elles se sont équipées depuis des années pour lutter contre les hold-up, il reste les petits coffres. Et la France découvre avec eux à quel point il est facile de les piller. Ils récupèrent les films de vidéo surveillance avant de s’enfuir, ils ne laissent donc aucune image, aucun indice, bref, aucune trace sur les lieux du crime.

Ils font leur 1er gros coup en 1975, un braquage audacieux dans le centre de Paris qui dégénère en prise d'otage. Un mort de chaque côté, un otage et un malfaiteur. Puis une cavale de plusieurs années. Puis un second mort dans un contrôle d'identité, Robert Badaoui surnommé Bada. À ce moment là, tous se jurent d'éviter à tout prix les morts dans leurs interventions.

Leur modus opérandi est le suivant : ils entrent grimés, perruques, maquillages, accessoires et lancent une attaque groupée. Personne ne doit pouvoir donner l’alerte, les otages sont emmenés au sous sol, il y en a 1 ou 2 qui gardent la porte, chaque nouveau client est accueilli et conduit en bas. 

[]
Le gang en plein action

Au niveau des coffres, l'ambiance est celle d'un chantier, pendant que 2 surveillent les otages, il y en a un qui ouvre les coffres avec un marteau et un burin. Il jette au sol le contenu et un second trie et ramasse le butin : pierres précieuses, or, lingots, liquide …

Ils ont des scanners pour écouter les fréquences de la police et peuvent s'enfuir à temps.

Anars déçus par 68 qui piquaient déjà les portefeuilles dans les manifestations, ils sont restés dans la rue tandis que les étudiants entraient en fac. Ils entrent véritablement en action le 21 septembre 1981, Mitterrand est au pouvoir depuis le mois de mai et les bourgeois, apeurés par le changement de société et l'avènement d'un gouvernement de gauche ont mis leur argent à l'abri dans les coffres des banques.

 

Tout s'accélère !

Mars 1984, 5 attaques de banques en une semaine, la police commence sérieusement à se mobiliser.Gaston Deferre ministre de l’intérieur tape du point sur la table et organise une réunion au sommet avec laBrigade de Répression du Banditisme (BRB), la Brigade de Recherche et d'Investigation (BRI) et la Police Judiciaire (PJ). À la même heure et avec une pointe de provocation, le gang attaque le crédit commercial de France déguisés en hommes «de la haute» en costume de tweed. La presse s'empare du scandale dès le lendemain.

[]
Gaston Deferre, ministre de l'Intérieur

Raymond Mertz est nommé nouveau chef de la BRB et il découvre avec effroi que le dossier des Postiches est vide. La police n'a pas la moindre idée de l'identité des malfaiteurs. Mertz motive ses troupes et dans les mois qui suivent, 8 hommes masqués sont arrêtés à Paris, 19 à Nice, 2 à Bordeaux et 4 à Neuilly. Mais les hold-ups continuent... Les Postiches ont fait des émules et la police s'est attaquée aux copies, les originaux courent toujours.

Les banques sont alors équipées de nouveaux systèmes d'alarmes avec capteurs sismiques et système d'écoute, c'est le plan Ballon. À la moindre alerte, la BRB et BRI sont alertées et se déplacent.
Et les brigades se déplacent souvent... pour rien !

[]
Les banques sont équipées de capteurs sismiques

Depuis 1981, la police a raté quelques indices. À deux occasions, le gang n'a pas le temps de se procurer la bande de surveillance vidéo du lieu du casse. En 84 par exemple, lors d'un casse à Chennevières-Sur-Marne, alors que les malfaiteurs veulent s'enfuir, les employés de la banque les enferment dans le sas en faisant tomber les rideaux métalliques. Ils doivent se servir de leurs armes pour sortir, briser ensuite un soupirail pour s'enfuir. Ils sont filmés pendant 58 secondes. Suffisamment pour pouvoir établir des portraits de presque tous les membres présents. Paris Match sort les photos quelques semaines plus tard mais la police n'en fait apparemment rien.

Les Postiches fonctionnent par campagnes de braquages et peuvent enchaîner jusqu'à 5 hold-ups en une semaine. Ils partent ensuite au bout du monde, Asie, USA, Afrique, Turquie...

En 1985 par exemple, le gang enchaîne 5 braquages en quelques semaines, bilan, plus de 3 millions de francs. Mais la tension monte, le plan Ballon complique les opérations et le risque de dérapage se fait de plus en plus grand.

 

Le casse de la rue du Docteur Blanche

Pendant 5 ans, la police est sur le carreau. Mais Pierre Touraine, directeur de la PJ, Raymond Mertz, chef de la BRB et Claude Cancès, chef de la BRI sont fermement décidés à passer à la vitesse supérieure.

Le 14 janvier 1986, après avoir été au salon nautique et avoir repéré 2 superbes bateaux pour partir faire le tour du monde, le Postiches décident de monter un beau coup pour financer leur voyage sans toucher à leur capital. C'est le casse de la rue du Docteur Blanche. Le plan ballon est déclenché, 30 voitures se rendent dans le 16eme. Il y a des bruits de casse dans la salle des coffres. Une fois arrivés, les flics sont sûrs de leur coup, cette fois, ils les tiennent. Ils décident de laisser sortir les malfaiteurs, de les prendre en filature, pour les arrêter dans un endroit plus calme. Seule ombre au tableau, les policiers ne connaissent ni les lieux, ni les individus. Le quartier est quadrillé.

Un 1ère filature s'engage car 2 des Postiches sont sortis de la banque. Les inspecteurs Mertz et Cancès restent en planque. Bientôt 2 autres membres du gang sortent et se dirigent... vers la voiture des policiers ! Pris de court, les 2 hommes ne bougent pas. Les criminels pénètrent dans une voiture garée en face de celle des flics et tandis que l'un d'eux s'installe au volant, le 2nd jette un coup d’œil vers la voiture banalisée et repère les flics. C'est l'inspecteur Mertz qui réagit en 1er, fonce sur les malfaiteurs, dégaine son arme et tire. Un des malfaiteurs blessé s’enfuit, il sera arrêté quelques mètres plus loin. Le 2nd se bat avec les policiers, mais finit par être maîtrisé. Au moment où les inspecteurs pensent avoir l'avantage, la situation se retourne.

[]
Claude Cancès

La 1ère voiture qu'ils croyaient partie, n'a fait que le tour du quartier pour repasser devant la 2nde. Sauf que les malfaiteurs se retrouvent nez à nez avec la police qui arrête leur compère blessé. Ils ouvrent le feu immédiatement. Mertz et Cancès sont alertés par le bruit. Lorsqu'ils débarquent dans la rue voisine, les dégâts sont déjà lourds, l'un des flics est mourant, le malfaiteur qu'il essayait d'arrêter est grièvement blessé. S'en suivent une prise d'otage, une course poursuite sur le périphérique, l'évasion des otages et un flic blessé, l'inspecteur Rolland. Les membres du gang s'enfuient. L'affaire fait un tolet, Mertz et Cancès sont sur des sièges éjectables, la presse hurle à la bavure policière et les collègues des 2 inspecteurs les tiennent pour responsables de la mort de leur ami.

Ce sombre épisode permet néanmoins d'identifier le membre du gang qui a été abattu, il s'agit de Bruno Berliner et celui a été blessé au cours de sa fuite, Robert Marguery, qui avait échappé à la police un mois plus tôt dans une histoire d'arme retrouvée dans un hôtel.

C'est la 1ère fois que les enquêteurs peuvent suivre une piste et mettre des éléments en corrélation. Ils retrouvent les empreintes de Patrick Geai et Jean Claude Miszka dans le même hôtel ainsi qu'un jeu de clés. Ils remontent la piste jusqu'à un studio où ils trouvent des éléments d’anciens braquages, les 1ères preuve... Mais ce n'est pas suffisant et l'enquête stagne pendant plusieurs mois.

 

L'assaut final

Les flics pensent avoir identifié 4 des 5 membres du gang, 1 mort, 1 arrêté et 2 en fuite.

Rebondissement le 23 novembre 1986, André Bellaïche et Luigi Esposito s'évadent d'une prison à Rome. Le coup est organisé par Miszka et un certain Duchemin, un hélico de la Croix Rouge se pose dans la cour de la prison embarque les prisonniers et redécolle sans que personne ne fasse rien. C'est de là que vient l'expression s'évader à la française... Les autorités italiennes prennent immédiatement contact avec la police française et les enquêteurs français amassent beaucoup de nouvelles informations. Entre autre une carte ou plutôt un plan avec des séries de chiffres qui ressemble à des codes.

[]
S'évader à la française ... en hélicoptère !

Une fois passés entre les mains des experts, le plan révèle une adresse, un pavillon à Hyères. Après quelques jours de surveillance, l'assaut est donné à 7h du matin. Les 4 hommes sont arrêtés, le gang des postiches est démantelé. Les policiers trouvent un énorme butin dans les murs de la maison, argent liquide, armes, bijoux, pierres, pièces en or...

Interrogés quai des Orfèvres, ils ne lâchent rien. Bellaïche et Geai contestent toute implication dans les braquages français. Miszka reconnaît le casse de la rue du Docteur Blanche mais donne de faux noms quant à ses acolytes. Finalement les enquêteurs n'apprennent pas grand chose.

Patrick Geai est libéré 2 ans plus tard faute de preuves. L'instruction est lente et manque de précision. De nombreux témoins ne seront entendus que très tard. L'inspecteur Rolland par exemple qui avait été pris en otage puis avait été blessé en fuyant, n'est entendu que 4 ans après les faits. Pourquoi ? La question reste entière.

De fait, André Bellaïche, Marguery et Miszka sont libérés 5 ans après les faits. Le procès en assise n'a lieu qu'en 1996 et c'est libres que les membres du gang doivent s'y présenter.

Ils y vont tous sauf Patrick Geai qui est condamné à 30 ans de prison, soit le maximum par contumace. Miszka et Marguery écopent de 12 années de réclusion criminelle, et André Bellaïche prend 8 ans pour recèle, évasion et association de malfaiteurs mais il a obtenu un non lieu pour tous les braquages des Postiches. Patrick Geai reste 14 ans en cavale mais il est finalement arrêté en 2003 porte de Versailles. Il sera rejugé à plus de 50 ans en février 2004. Il nie en bloc mais son ADN est retrouvé sur un paire de lunettes ayant fait irruption dans la bagarre de la rue Blanche et surtout l'inspecteur Rolland le reconnaît sans hésiter le jour du procès.

[]
Une partie du gang, arrêtée en 1986

Bellaïche est libéré fin 1997, il tient un commerce de disques dans Paris et se tient à carreau. Robert Marguery est parti en 1998 rejoindre sa fille en Thaïlande, il a acheté des éléphants et balade les touristes. Miszka a été libéré en 1999, il s'est suicidé en février 2003.

Fin de l'histoire ? Pas tout à fait ! En 2004, on apprend qu'une partie du butin des postiches a été utilisée par Michel Fourniret qui avait croisé en prison un homme qui connaissait les planques des Postiches. Les bacs en marbre des cimetières, voilà où étaient planqués les lingots d'or du gang. Fourniret s'en est servi pour financer ses activités criminelles.

 

Bilbiographie et filmographie

Bibliographie

  • J’avais dix-huit ans
    Elisabeth Franger
    Ramsay
    2004
     
  • Les Postiches, un gang des années 80
    Patricia Tourancheau
    Fayard
    2004
     
  • Un flic innocent en prison
    Dominique Loiseau et Michel Naudy
    Bernard Pascuito éditeur
    2005
     
  • Ma vie sans postiche
    André Bellaïche
    Editions First
    2007
     
  • Les nouvelles affaires criminelles de l'Orne
    Jean-François Miniac
    Éditions de Borée
    2009
     

Filmographie

  • Le Dernier gang
    Ariel Zeitoun
    2007
     
  • À tout de suite
    Benoît Jacquot
    2004